Investir dans la transition énergétique en évolution

31 mars 2026 | Deirdre Cooper

La transition énergétique mondiale entre dans une nouvelle phase. La baisse des coûts des technologies propres, l’augmentation de la demande d’électricité et les progrès de l’électrification modifient où et comment la transition se déroule. Et si le soutien politique et les engagements en faveur du climat restent importants, les principaux moteurs de la décarbonation sont désormais l’économie et la technologie.

Deux dynamiques sont particulièrement importantes. Tout d’abord, les marchés émergents sont devenus le moteur de la transition énergétique, principalement parce que les technologies propres constituent désormais souvent l’option la moins coûteuse pour la production d’électricité et le développement industriel. Dans les économies avancées, la forte accélération de la demande en électricité, attribuable en grande partie à l’intelligence artificielle, rend plus urgent que jamais le recours à de nouvelles sources d’énergie, la modernisation du réseau et une utilisation plus efficace de l’énergie, que ce soit dans les processus de fabrication des semi-conducteurs ou pour le refroidissement des centres de données.

Ensemble, ces tendances redéfinissent l’éventail des opportunités qui s’offrent aux investisseurs tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique.

Fondamentaux versus sentiment

Ces dernières années, le climat d’investissement dans les secteurs des technologies propres a été morose. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. De nombreuses entreprises de premier plan qui contribuent à la décarbonation ont continué d’afficher une forte croissance de leurs bénéfices.

L’écart entre l’évolution des bénéfices et celle du cours des actions a entraîné un décalage notable, en particulier chez les entreprises qui bénéficient d’avantages concurrentiels durables et qui tirent parti des tendances de croissance structurelles.

Plus récemment, les marchés des technologies propres ont commencé à se redresser. Si ce rebond s’explique en partie par un redressement technique après une période de survente, nous estimons qu’il existe de solides arguments pour penser que certaines entreprises du secteur de la décarbonation sont en passe d’enregistrer une croissance durable.

Cela sexplique en partie par la croissance rapide du marché de leurs produits et services: lAgence internationale de lénergie (AIE) prévoit que la valeur des marchés mondiaux des technologies propres pourrait plus que tripler dici 2035, pour atteindre plus de 2 000milliards de dollars américains par an, grâce à la baisse continue des coûts et à la demande croissante en électricité et en solutions defficacité énergétique.

Les marchés émergents comme nouveau moteur de croissance

Les marchés émergents sont de plus en plus au centre de la transition énergétique. Contrairement aux phases précédentes qui étaient largement motivées par la politique climatique, l’adoption de technologies propres dans de nombreuses économies en développement est guidée par la compétitivité des coûts. L’énergie solaire, l’énergie éolienne, les batteries et les véhicules électriques ont atteint – et, dans de nombreux cas, dépassé – la parité des coûts par rapport aux alternatives à base de combustibles fossiles. Cela élargit les opportunités d’investissement dans la décarbonation dans les pays en développement.

La Chine joue un rôle essentiel dans cette évolution. Son envergure et son efficacité de production ont permis de réduire les coûts des technologies propres à léchelle mondiale. On estime que la fabrication de panneaux solaires, déoliennes et de batteries coûte au moins 40% plus cher aux États-Unis et en Europe quen Chine, et jusquà 25% plus cher en Inde. Par conséquent, les exportations chinoises de technologies propres permettent à des pays dAsie, dAmérique latine et dAfrique de sélectrifier et de sindustrialiser à moindre coût.

Près de la moitié des exportations chinoises de technologies propres sont désormais destinées aux marchés émergents, notamment à des pays comme lInde, le Brésil et la Thaïlande. Selon lAIE, les exportations chinoises de technologies propres pourraient dépasser les 340 milliards de dollars par an dici 2035.

Demande croissante d’électricité sur les marchés développés

Parallèlement, les marchés développés connaissent une évolution structurelle de la demande en électricité. Après des décennies de consommation relativement stable, la consommation délectricité aux États-Unis et en Europe est en forte hausse. Parmi les principaux moteurs, on peut citer lintelligence artificielle, les centres de données, les systèmes de chauffage et de climatisation électriques, les véhicules électriques et, dans une certaine mesure, la relocalisation industrielle. Aux États-Unis, la consommation délectricité devrait augmenter denviron 38% au cours des deux prochaines décennies, contre une hausse de seulement 9% au cours des 20années précédentes.

Cette forte croissance a accru limportance des services publics, des gestionnaires de réseau et des spécialistes de lefficacité énergétique. Laccès à une énergie fiable et abordable est devenu un obstacle majeur pour les promoteurs de centres de données et les utilisateurs industriels, les grandes entreprises technologiques citant de plus en plus souvent la disponibilité de lélectricité comme un frein à leur expansion.

Les services publics capables de fournir une production d’énergie renouvelable à faible coût, d’investir dans la modernisation du réseau et de gérer la hausse de la demande sont donc bien placés pour connaître une croissance, tout comme les entreprises qui proposent des solutions d’efficacité énergétique pour l’informatique et les processus industriels.

Technologie, électrification et efficacité

Les progrès technologiques élargissent également les marchés de la décarbonation. Aujourdhui, plus de 75% de la demande finale en énergie est considérée comme techniquement électrifiable. Cela ouvre dimportantes perspectives dans les domaines de lélectrification industrielle, des semi-conducteurs de puissance et des technologies de gestion de lénergie.

L’efficacité est un levier tout aussi important. À mesure que la demande en électricité augmente, il devient essentiel de réduire l’intensité énergétique pour limiter la hausse des émissions et la pression sur les infrastructures. Les technologies qui permettent une utilisation plus intelligente de l’énergie – du matériel informatique économe en énergie pour les centres de données à l’automatisation industrielle de pointe – joueront un rôle central dans cette prochaine phase de la transition.

Au-delà des systèmes énergétiques, linnovation fait également son apparition dans des secteurs tels que lagriculture. Les systèmes alimentaires représentent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et les technologies dagriculture de précision offrent des solutions pour améliorer la productivité tout en réduisant limpact environnemental.

Implications pour les investisseurs

Pour les investisseurs, cette « transition de la transition » – qui marque le passage d’une adoption dictée par les politiques publiques à une adoption dictée par les fondements économiques, et d’un leadership des marchés développés à une accélération des marchés émergents – souligne l’importance de se concentrer sur les facteurs fondamentaux plutôt que sur le sentiment à court terme. À mesure que la décarbonation s’inscrit davantage dans une logique de rentabilité et de progrès technologique plutôt que dans une approche politique, la prochaine phase de la transition énergétique pourrait s’avérer plus vaste, plus rapide et plus résiliente que ne le prévoient actuellement les marchés.


Clause de non-responsabilité de l’AIR

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Auteur

author's photo

Deirdre Cooper

Responsable des actions durables
Ninety One

Deirdre est responsable des actions durables chez Ninety One. Deirdre est une figure de proue dans la promotion et la mise en œuvre de l’investissement durable, en particulier des investissements visant à lutter contre le changement climatique. La stratégie « Global Environment » de Ninety One, qu’elle codirige, investit dans des entreprises qui favorisent la transition vers une économie à faible intensité carbone afin de tirer parti de la croissance structurelle générée par la décarbonation. Avant de rejoindre Ninety One en 2018, Deirdre était associée, gestionnaire de portefeuille et responsable de la recherche chez Ecofin. Avant de rejoindre Ecofin, Deirdre était banquière d’affaires chez Morgan Stanley, où elle a dirigé les activités de couverture du secteur européen des énergies renouvelables et mis en place une division dédiée à la banque d’investissement et aux investissements pour compte propre. Elle se passionne depuis longtemps pour l’investissement durable et a travaillé bénévolement dans le secteur de la microfinance, tant aux États-Unis qu’au Pakistan. Elle est membre du comité consultatif du Centre for Climate Finance and Investment de l’Imperial College. Elle est membre du comité de lecture du rapport « World Energy Outlook » de l’AIE. Deirdre a obtenu une maîtrise en administration des affaires à la Harvard Business School, où elle a bénéficié d’une bourse Baker, ainsi qu’une licence en sciences actuarielles à l’University College Dublin.