La transition énergétique mondiale entre dans une nouvelle phase. La baisse des coûts des technologies propres, l’augmentation de la demande d’électricité et les progrès de l’électrification modifient où et comment la transition se déroule. Et si le soutien politique et les engagements en faveur du climat restent importants, les principaux moteurs de la décarbonation sont désormais l’économie et la technologie.
Deux dynamiques sont particulièrement importantes. Tout d’abord, les marchés émergents sont devenus le moteur de la transition énergétique, principalement parce que les technologies propres constituent désormais souvent l’option la moins coûteuse pour la production d’électricité et le développement industriel. Dans les économies avancées, la forte accélération de la demande en électricité, attribuable en grande partie à l’intelligence artificielle, rend plus urgent que jamais le recours à de nouvelles sources d’énergie, la modernisation du réseau et une utilisation plus efficace de l’énergie, que ce soit dans les processus de fabrication des semi-conducteurs ou pour le refroidissement des centres de données.
Ensemble, ces tendances redéfinissent l’éventail des opportunités qui s’offrent aux investisseurs tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique.
Fondamentaux versus sentiment
Ces dernières années, le climat d’investissement dans les secteurs des technologies propres a été morose. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. De nombreuses entreprises de premier plan qui contribuent à la décarbonation ont continué d’afficher une forte croissance de leurs bénéfices.
L’écart entre l’évolution des bénéfices et celle du cours des actions a entraîné un décalage notable, en particulier chez les entreprises qui bénéficient d’avantages concurrentiels durables et qui tirent parti des tendances de croissance structurelles.
Plus récemment, les marchés des technologies propres ont commencé à se redresser. Si ce rebond s’explique en partie par un redressement technique après une période de survente, nous estimons qu’il existe de solides arguments pour penser que certaines entreprises du secteur de la décarbonation sont en passe d’enregistrer une croissance durable.
Cela s’explique en partie par la croissance rapide du marché de leurs produits et services : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la valeur des marchés mondiaux des technologies propres pourrait plus que tripler d’ici 2035, pour atteindre plus de 2 000 milliards de dollars américains par an, grâce à la baisse continue des coûts et à la demande croissante en électricité et en solutions d’efficacité énergétique.
Les marchés émergents comme nouveau moteur de croissance
Les marchés émergents sont de plus en plus au centre de la transition énergétique. Contrairement aux phases précédentes qui étaient largement motivées par la politique climatique, l’adoption de technologies propres dans de nombreuses économies en développement est guidée par la compétitivité des coûts. L’énergie solaire, l’énergie éolienne, les batteries et les véhicules électriques ont atteint – et, dans de nombreux cas, dépassé – la parité des coûts par rapport aux alternatives à base de combustibles fossiles. Cela élargit les opportunités d’investissement dans la décarbonation dans les pays en développement.
La Chine joue un rôle essentiel dans cette évolution. Son envergure et son efficacité de production ont permis de réduire les coûts des technologies propres à l’échelle mondiale. On estime que la fabrication de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries coûte au moins 40 % plus cher aux États-Unis et en Europe qu’en Chine, et jusqu’à 25 % plus cher en Inde. Par conséquent, les exportations chinoises de technologies propres permettent à des pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique de s’électrifier et de s’industrialiser à moindre coût.
Près de la moitié des exportations chinoises de technologies propres sont désormais destinées aux marchés émergents, notamment à des pays comme l’Inde, le Brésil et la Thaïlande. Selon l’AIE, les exportations chinoises de technologies propres pourraient dépasser les 340 milliards de dollars par an d’ici 2035.
Demande croissante d’électricité sur les marchés développés
Parallèlement, les marchés développés connaissent une évolution structurelle de la demande en électricité. Après des décennies de consommation relativement stable, la consommation d’électricité aux États-Unis et en Europe est en forte hausse. Parmi les principaux moteurs, on peut citer l’intelligence artificielle, les centres de données, les systèmes de chauffage et de climatisation électriques, les véhicules électriques et, dans une certaine mesure, la relocalisation industrielle. Aux États-Unis, la consommation d’électricité devrait augmenter d’environ 38 % au cours des deux prochaines décennies, contre une hausse de seulement 9 % au cours des 20 années précédentes.
Cette forte croissance a accru l’importance des services publics, des gestionnaires de réseau et des spécialistes de l’efficacité énergétique. L’accès à une énergie fiable et abordable est devenu un obstacle majeur pour les promoteurs de centres de données et les utilisateurs industriels, les grandes entreprises technologiques citant de plus en plus souvent la disponibilité de l’électricité comme un frein à leur expansion.
Les services publics capables de fournir une production d’énergie renouvelable à faible coût, d’investir dans la modernisation du réseau et de gérer la hausse de la demande sont donc bien placés pour connaître une croissance, tout comme les entreprises qui proposent des solutions d’efficacité énergétique pour l’informatique et les processus industriels.
Technologie, électrification et efficacité
Les progrès technologiques élargissent également les marchés de la décarbonation. Aujourd’hui, plus de 75 % de la demande finale en énergie est considérée comme techniquement électrifiable. Cela ouvre d’importantes perspectives dans les domaines de l’électrification industrielle, des semi-conducteurs de puissance et des technologies de gestion de l’énergie.
L’efficacité est un levier tout aussi important. À mesure que la demande en électricité augmente, il devient essentiel de réduire l’intensité énergétique pour limiter la hausse des émissions et la pression sur les infrastructures. Les technologies qui permettent une utilisation plus intelligente de l’énergie – du matériel informatique économe en énergie pour les centres de données à l’automatisation industrielle de pointe – joueront un rôle central dans cette prochaine phase de la transition.
Au-delà des systèmes énergétiques, l’innovation fait également son apparition dans des secteurs tels que l’agriculture. Les systèmes alimentaires représentent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et les technologies d’agriculture de précision offrent des solutions pour améliorer la productivité tout en réduisant l’impact environnemental.
Implications pour les investisseurs
Pour les investisseurs, cette « transition de la transition » – qui marque le passage d’une adoption dictée par les politiques publiques à une adoption dictée par les fondements économiques, et d’un leadership des marchés développés à une accélération des marchés émergents – souligne l’importance de se concentrer sur les facteurs fondamentaux plutôt que sur le sentiment à court terme. À mesure que la décarbonation s’inscrit davantage dans une logique de rentabilité et de progrès technologique plutôt que dans une approche politique, la prochaine phase de la transition énergétique pourrait s’avérer plus vaste, plus rapide et plus résiliente que ne le prévoient actuellement les marchés.
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