ESG et COVID-19: quatre tendances du marché

29 juillet 2020 | Dustyn Lanz

La pandémie mondiale nous a tous touchés à un niveau profondément personnel. Elle a fait des ravages sur notre société et notre économie en détruisant la demande et en entraînant une quasi-interruption du commerce. Alors que la distanciation physique et les réunions par vidéoconférence sont la nouvelle norme pour les activités sociales, la volatilité et l’incertitude sont la nouvelle norme pour les marchés.

Fondamentalement, nous avons affaire à une crise de santé publique – une crise pour les gens. Pour les investisseurs à long terme, cela soulève des questions sur les mesures que les entreprises prennent pour assurer la sécurité, le bien-être et l’emploi de leur personnel. Après tout, les entreprises sont composées de personnes, et les entreprises les plus résilientes seront celles qui protégeront et conserveront leurs employés talentueux pour se mettre en position de réussir lorsque la reprise commencera.

La pandémie a une multitude d’impacts sur les marchés, y compris le marché de l’investissement responsable (IR), qui intègre des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Voici quatre tendances du marché à surveiller à la croisée de l’ESG et de la COVID-19.

Le « S » passe au premier plan

Comme Benjamin Franklin l’a dit un jour, « il faut beaucoup de bonnes actions pour se bâtir une bonne réputation, et une seule mauvaise pour la perdre ». Étant donné la nature axée sur les personnes de cette crise, la réputation des entreprises pourrait prospérer ou s’effondrer en fonction de la façon dont elles traitent leurs employés et leur communauté. Les études montrent que plus de 80 % de la valeur marchande est basée sur des actifs incorporels tels que la marque et la réputation. À l’ère de la COVID-19, cela met en lumière le « S » dans ESG.

Dans les crises passées, les employés étaient souvent considérés comme des ressources jetables. Mais à l’ère des médias sociaux, des divulgations ESG et des chefs de la direction dénonçant la primauté des actionnaires, il est moins acceptable pour une entreprise publique de construire une stratégie de marge basée sur les licenciements. Plus de 330 investisseurs institutionnels gérant plus de 9,5 billions de dollars d’actifs l’ont clairement exprimé dans une déclaration publique sur la manière dont les entreprises réagissent à la pandémie. Les bailleurs de fonds demandent aux entreprises de prendre toutes les mesures possibles pour retenir les travailleurs, car un chômage débridé ne fera qu’aggraver la crise.

La santé et la sécurité des employés, y compris le bien-être mental, passent également au premier plan. La flexibilité est devenue essentielle pour les considérations relatives à la garde des enfants. Ainsi, alors que les facteurs sociaux avaient auparavant été éclipsés par le changement climatique dans l’espace ESG, ils passent maintenant au premier plan alors que l’on se rappellera des entreprises pour la façon dont elles traitaient leurs employés et les communautés dans lesquelles elles opèrent.

Les investisseurs et les consommateurs peuvent suivre les bonnes actions des entreprises canadiennes dans une nouvelle base de données organisée par la Canadian Business for Social Responsibility and Upswing Solutions.

En outre, la discrimination raciale est devenue très visible ces derniers mois, alors que les journalistes citoyens partagent des vidéos de violence et de brutalité contre les communautés noires et autochtones, souvent aux mains de policiers. Mais l’injustice raciale va bien au-delà de la violence et de l’application de la loi. Des formes non violentes de discrimination raciale et d’iniquité sont présentes dans de nombreux aspects de la société, y compris les entreprises dans lesquelles nous investissons, soulignant encore l’importance des questions sociales dans l’investissement responsable. Apprenez-en davantage ici sur le rôle que les investisseurs peuvent jouer dans la promotion de la diversité et de l’inclusion.

L’ESG apporte l’alpha

Les répercussions économiques de la pandémie ont été énormes. Alors que les marchés boursiers se sont effondrés dans le premier trimestre de 2020, ils ont rebondi dans second. Après l’explosion de l’ESG en 2019, motivée par l’idée que les facteurs ESG sont importants, il est naturel pour les investisseurs de se demander comment les investissements responsables se comportent par rapport au marché plus large en 2020.

Sur le marché canadien, les données pour le premier trimestre de 2020 indiquent que les fonds d’IR ont perdu moins que leurs homologues dans le ralentissement du marché, ce qui renforce encore les arguments en faveur de l’intégration des enjeux ESG dans les décisions d’investissement. Selon les données fournies par Fundata, 83 % des fonds d’IR ont eu un rendement supérieur au rendement moyen de leur classe d’actifs au premier trimestre, et 80 % des fonds d’IR ont connu une performance supérieure au cours de la période d’un an se terminant le 31 mars 2020. Alors que le marché a rebondi au deuxième trimestre, les fonds d’IR ont toujours bien résisté par rapport à leurs pairs issus de fonds conventionnels : 60 % des fonds d’IR canadiens ont surpassé le rendement moyen de leur catégorie d’actifs au cours de la période de trois mois, avec plus de 86 % des fonds d’IR surperformant sur la période d’un an se terminant le 30 juin 2020.

De même, sur le marché américain, une analyse de Morningstar a révélé que 72 % des fonds d’actions d’IR se classaient dans la moitié supérieure de leur catégorie au 2e trimestre et que les 26 fonds indiciels d’actions issus d’IR ont connu une performance supérieure à celle de leurs pairs respectifs issus de fonds indiciels conventionnels.

Les preuves suggèrent que les facteurs ESG apportent l’alpha dans les stratégies actives et passives. Dans le contexte d’une pandémie, ces données étayent l’argument selon lequel l’intégration des enjeux ESG dans les décisions d’investissement peut renforcer la gestion des risques et conduire à une surperformance financière.

Les actifs sont toujours versés dans les fonds ESG

Jon Hale, responsable de la recherche sur le développement durable chez Morningstar, a récemment analysé les flux vers les fonds communs de placement et les FNB sur le marché américain. Malgré le ralentissement, les données montrent que les fonds d’IR ont établi un record pour les flux entrants au cours du premier trimestre. Les 314 fonds d’IR sur le marché américain ont attiré des flux nets d’environ 10,5 milliards de dollars américains au premier trimestre, dépassant le précédent record établi au quatrième trimestre de l’année dernière. Des recherches de Morgan Stanley et Bloomberg ont révélé des tendances similaires.

Nous observons une tendance similaire au Canada, les entrées de fonds d’investissement responsable au premier trimestre dépassant l’ensemble de 2019. Les entrées nettes dans les FNB axés sur l’ESG ont atteint 740 millions de dollars, dépassant largement les 142 millions de dollars investis en 2019. Les données disponibles montrent que les investisseurs restent intéressés par les fonds ESG, et peut-être encore plus dans le contexte pandémique, qui crée un sentiment d’urgence autour des questions sociétales.

Les opportunités d’investissement d’impact sont à la hausse

La pandémie met en lumière les investissements d’impact, alors que des opportunités uniques se présentent aux investisseurs pour aider à résoudre la crise en allouant des capitaux aux organisations qui aident les personnes les plus touchées par la COVID-19. Par exemple, ImpactAssets, basé aux États-Unis, gère un fonds de bienfaisance (FDB) qui fournit un financement aux entreprises sociales naissantes et aux organisations à but non lucratif dans le besoin pendant la récession économique. La société estime qu’elle verra plus de 143 millions de dollars américains investis par son FBD d’ici la fin du second trimestre, soit plus que le total pour l’ensemble de 2019.

Ici, au Canada, Vancity a d’abord lancé un nouveau produit qui permet aux investisseurs de détail de soutenir directement les personnes les plus touchées par la COVID-19. La coopérative de crédit basée en Colombie-Britannique a lancé son dépôt à terme Vancity Unity le 23 mars « pour maximiser l’aide financière disponible pour les gens afin qu’ils puissent se remettre sur pied » pendant cette période de difficultés financières. Les investisseurs bénéficient d’un taux de rendement fixe tout en contribuant à faire face aux conséquences sociales négatives de la pandémie dans leur communauté.

Ces signaux du marché indiquent que les opportunités d’investissement d’impact sont à la hausse alors que les investisseurs cherchent à aider leurs communautés à traverser la crise.

Conclusion

Les preuves suggèrent que la COVID-19 a renforcé les arguments en faveur de l’intégration des facteurs ESG dans les décisions d’investissement, et que le mouvement général du marché vers l’ESG ne sera pas entravé par ce ralentissement. Au contraire, cette crise est susceptible d’accélérer l’adoption de stratégies ESG et d’impact à mesure que les enjeux sociaux passent au premier plan et que les investisseurs ressentent l’urgence de produire un impact et d’aligner leurs investissements sur les objectifs sociétaux.

Cet article a été initialement publié dans Investment Executive et a été republié avec autorisation.

Auteur

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Dustyn Lanz

Chef de la direction
Responsible Investment Association

Dustyn Lanz est chef de la direction de l’Association pour l’investissement responsable (AIR) - une organisation canadienne qui fait la promotion de l’intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d’investissement. Dustyn a régulièrement été cité dans les médias nationaux, dont la CBC News, le Globe and Mail, BNN Bloomberg et d’autres médias canadiens, comme un expert en investissement responsable par CBC News, le Globe and Mail, BNN Bloomberg et d'autres médias canadiens.

Dustyn est également chroniqueur pour Investment Executive et collaborateur au Globe and Mail, où il écrit sur des sujets liés à l’investissement responsable et à la finance durable. Il a souvent agi à titre de conférencier dans certaines des plus grandes conférences et les écoles de commerce du Canada, et il est membre du 30 % Club du Canada, un réseau de dirigeants qui vise à atteindre un équilibre entre les sexes dans le leadership d’entreprise.

En 2014, Dustyn a contribué au lancement des premières désignations financières du Canada pour les conseillers financiers ayant une expertise en investissement responsable. En 2016, il a reçu le prix Clean50 Emerging Leader Award pour sa contribution au développement durable au Canada, et en 2018, il a été nommé sur la « Hot List » du Wealth Professional Magazine de 50 influenceurs de l’industrie canadienne de l’investissement.

Avant de rejoindre l’AIR en 2013, Dustyn a travaillé pour le Center for International Governance Innovation, où il a mené des recherches pour renforcer la gouvernance du système financier mondial. Ses travaux écrits ont été publiés par d’importants groupes de réflexion et revues universitaires au Canada et à l’étranger. Il détient un baccalauréat de l’Université York et une maîtrise de l’Université de Waterloo.