L’investissement d’impact au Canada prend de la maturité

12 novembre 2018 | Kelly Gauthier

Au cours des dix dernières années, l’industrie de l’investissement d’impact s’est définie et redéfinie à plusieurs reprises. Dans de nombreuses régions, l’investissement d’impact a la réputation d’englober toutes les formes de stratégies d’investissement responsable dans toutes les catégories d’actifs.

Mais au Canada, le concept a tendance à se diviser en fonction des catégories d’actifs, les stratégies « d’investissement d’impact » faisant référence aux investissements sur les marchés privés et les stratégies « ESG » et « ISR » aux investissements sur les marchés publics.

Comme tout préadolescent, l’investissement d’impact fait actuellement preuve d’une maturité toute juvénile. Le Canada pourrait être décrit comme un « tardif » par rapport à certains comparateurs mondiaux – moins mature, avec moins d’options d’investissement et moins de capital engagé. L’investissement d’impact entre dans l’adolescence, chargé d’émotions, alimenté par une croissance naissante et prêt à changer le monde. Le scepticisme reste élevé chez les « plus âgés et les plus sages », qui considèrent que l’investissement d’impact est une exubérance juvénile. Mais ils continuent à sous-estimer le potentiel du transfert massif de richesse d’une génération à l’autre ainsi que les priorités de la nouvelle génération, qui diffèrent grandement des leurs.

Alors, comment cette jeune industrie va-t-elle faire ses preuves et mûrir pour devenir l’adulte générateur de changement que nous attendons désespérément?

Concentrez-vous sur l’impact, pas sur le nom

Peu importe comment vous l’appelez, le principe fondamental est le même. Les investisseurs individuels et institutionnels souhaitent de plus en plus susciter des changements sociaux et environnementaux positifs grâce à leurs investissements, dans toutes les catégories d’actifs, et ils ne se soucient guère que ce concept soit nommé investissement « d’impact », « responsable », « durable », etc. Ils souhaitent, et continueront à exiger, des options pour toutes les classes d’actifs. Les investisseurs recherchent des opportunités d’investissement attrayantes offrant des rendements et un impact; ils ne veulent pas écouter un jargon compliqué ni se limiter à une classe d’actifs.

Oui, il est important de créer des conventions de dénomination appropriées, si cela ne fait pas obstacle à l’investissement.

Bâtir des produits et des stratégies d’impact

Jusqu’à présent, les investisseurs d’impacts se sont principalement concentrés sur le capital-investissement et la dette privée alors qu’ils exploraient cet espace émergent. Grand nombre d’entre eux incorporent également des alternatives telles que l’immobilier à vocation sociale, les infrastructures et l’agriculture dans leurs portefeuilles. La prochaine frontière de l’investissement d’impact est sans aucun doute les actions publiques. Les gestionnaires de placements innovants créent des portefeuilles personnalisés d’actions à impact élevé axées sur des domaines tels que les titres sans combustibles fossiles, l’énergie verte, l’égalité homme femme, la diversité dans les conseils d’administration et la justice sociale, pour ne citer que quelques exemples. Ce ne sont pas de simples stratégies ESG ou ISR, elles vont bien au-delà du filtrage négatif, du principe du « premier de classe » et de l’analyse des risques ESG.

Ils recherchent le caractère intentionnel de l’impact social ou environnemental inscrit dans l’ADN de l’entreprise détenue et ensuite mesuré. Toutefois, les portefeuilles personnalisés destinés aux investisseurs privés accrédités et aux fondations ne permettront pas à eux seuls d’atteindre l’ampleur du changement que nous visons. Pour que l’investissement d’impact devienne une « norme », il est nécessaire que les institutions financières et les gestionnaires d’actifs intègrent cette réflexion dans des produits destinés aux investisseurs particuliers et institutionnels.

Mesurer l’impact

La mesure de l’impact fait l’objet de nombreux débats. Les investisseurs d’impact sont divisés sur le concept, sa structure et sa nécessité. Du côté plus sophistiqué du spectre, les investisseurs ont mis sur pied une structure détaillée de mesure d’impact reposant sur des systèmes informatiques et liés à des rapports financiers et stratégiques. D’autre part (et plus généralement), les investisseurs ont du mal à suivre de manière cohérente une poignée d’indicateurs d’impact. Nous constatons un effet d’entraînement avec les cadres mondiaux tels qu’IRIS et les objectifs de développement durable, qui sont essentiels pour créer une approche commune de la mesure entre les investisseurs et les entités émettrices. Nous continuerons de voir une variété d’approches de mesure d’impact basées sur la capacité et la perspective. Ce qui est important, c’est que nous mesurions l’impact d’une manière ou d’une autre et que nous continuions à plaider en faveur d’investissements qui auront un impact toujours plus important.

Infrastructure de l’investissement d’impact

L’investissement à impact doit être soutenu par des mentors et des modèles exemplaires pour atteindre son plein potentiel au fur et à mesure qu’il se développe. L’investissement d’impact peut être extrêmement bénéfique en exploitant les plates-formes, systèmes et canaux de distribution sur lesquels repose la finance traditionnelle. Professionnels de la finance et de l’investissement, investisseurs, entrepreneurs : nous comptons sur votre sagesse, votre soutien, votre ingéniosité et votre ouverture d’esprit. L’investissement d’impact est la prochaine génération de l’investissement. Investissez dans son succès.

Grandir n’est pas facile : c’est maladroit et imparfait, caractérisé paradoxalement par l’insécurité et la confiance excessive. Pourtant, la jeunesse apporte clarté, perspective et innovation. Investir dans l’impact au Canada est sur le point d’engendrer des changements sociaux et environnementaux durables, mais il faut d’abord sortir de l’enfance et atteindre la maturité.

Le parcours ne sera pas sans embuches, mais pour notre bien-être et celui des générations à venir, il est important de garder le cap. La détermination, l’itération et le parti pris pour l’action verront l’investissement d’impact mûrir. Nous verrons l’impact pris en compte dans toutes les catégories d’actifs, dans une multitude de produits et de stratégies. Nous aurons des offres de services et une gestion d’actifs approfondies. Et plus important encore, nous aurons l’impact positif auquel nous aspirons. Cet adolescent sera un adulte bien plus vite que nous le croyons!

Clause de non-responsabilité
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Auteur

Kelly Gauthier

Managing Director, Impact Advisory
Rally Assets

Kelly Gauthier is the Managing Director of Impact Advisory at Rally Assets, leading its portfolio of responsible and impact investment projects. She works with a range of asset owners to design and implement their approach to responsible and impact investing, strategically integrating responsible and impact investing into their existing investment and portfolio strategies. Prior to joining Rally Assets, Kelly worked for Mercer Investment Consulting on the Responsible Investment team, where she advised global institutional investors. Kelly also draws on her experiences in international development, social venture capital, and as a management consultant. Kelly serves as a member of the Board of Directors of the Responsible Investment Association (RIA) and of Access Community Capital Fund, where she chairs the Investment Committee. Kelly has an MBA from the Rotman School of Management at the University of Toronto and a B.Sc. in Engineering from Queen’s University.