Quel est le principal obstacle dans l’adoption de l’IR? Probablement nous…

13 mai 2019 | David Rutherford

Il est tentant de regarder la rapide progression des solutions d’investissement responsable (IR) et de conclure que nous faisons tout ce qu’il faut.

Au Canada, les actifs IR enregistrent effectivement une nette augmentation (+33 % au cours des deux dernières années) et s’établissent aujourd’hui à 2 billions $. Les actifs des fonds communs de placement orientés sur l’IR progressent au même rythme et représentent aujourd’hui plus de 11 G$. De plus, il est quasiment certain que cette croissance se poursuivra au cours des deux prochaines années, selon un rythme modéré à soutenu. Ces excellentes nouvelles, ainsi que d’autres informations tout aussi encourageantes, ont été révélées par le dernier Rapport de tendances de l’investissement responsable publié par l’AIR.

Les praticiens IR que nous sommes peuvent donc se reposer et regarder la vague continuer de grossir. Cette attitude passive ne nous correspond pas vraiment et ne serait de toute façon pas dans notre intérêt. Tant mieux. Les principaux obstacles à une adoption plus large de l’IR persistent effectivement, malgré cette formidable croissance, et particulièrement la crainte d’un rendement inférieur. Tant que nous n’avons pas réglé ce problème, l’IR n’atteindra pas son plein potentiel.

Alors, comment faire pour passer à la vitesse supérieure?

Commençons par observer les différences entre les investisseurs institutionnels et les épargnants individuels dans l’adoption de l’IR. Le marché institutionnel, faisant vraisemblablement fi des préjugés sur le rendement des actifs IR, démontre une tendance extrêmement favorable qui surpasse clairement celle observée pour les investisseurs individuels. En effet, le Rapport de tendances de l’investissement responsable a conclu que les gestionnaires de régimes de retraite et d’autres fonds institutionnels privilégiaient l’IR pour les avantages procurés sur les plans de la maîtrise du risque, du rendement potentiel et du devoir fiduciaire de façon générale.

Sur le marché des particuliers, la progression paraît également soutenue, mais moins généralisée. Cependant, des questions résultent de la déconnexion apparente entre ces épargnants individuels et les conseillers, car ils ont clairement exprimé leur soutien envers les sociétés tenant compte des facteurs ESG dans l’exploitation de leurs activités et ont même déclaré qu’ils s’attendaient pleinement à ce que leur conseiller intègre ces aspects environnementaux sociaux et de gouvernance dans la gestion de leur portefeuille. Pourtant, selon Allianz Global Investors, seulement 14 % des conseillers présentent à leurs clients l’IR de façon proactive lorsqu’ils les rencontrent.

Les doutes habituels entourant les rendements, l’étendue de la gamme de solutions offertes et le prétendu manque d’intérêt de leurs clients – qui n’en parlent pas spontanément – expliqueraient cette réticence des conseillers à miser sur l’IR. Nous savons à quel point tout ceci est inexact. On dirait que toutes ces années où nous nous sommes creusé la tête pour remettre en cause ces idées reçues, en apportant des preuves claires et apparemment irréfutables, n’auraient servi à rien.

En réalité, leurs réticences pourraient avoir une autre cause, qui est de plus en plus souvent évoquée. Malgré le potentiel de l’investissement responsable pour le développement de leur activité, nombre de conseillers ont expliqué qu’ils n’abordaient pas cette question avec leurs clients, car ils ne savaient tout simplement pas comment faire. Comment est-ce possible? Probablement que nous (les fournisseurs et promoteurs de solutions IR) ne les aidons pas.

Tout dépend effectivement de la façon dont nous abordons ce sujet. Habituellement, nous positionnons l’IR par rapport à des valeurs, en expliquant qu’il s’agit « de la chose à faire », ou par rapport à des faits, en démontrant la supériorité de l’IR en matière d’investissement. Les deux approches risquent en réalité d’inhiber plutôt que de favoriser l’adoption.

Lorsque nous nous plaçons sur le plan des valeurs, nous demandons aux conseillers et aux investisseurs de croire à ce que nous croyons. C’est évidemment délicat. Comme tout le monde, ils ont déjà leurs propres croyances, souvent bien enracinées. Si celles-ci ne correspondent pas aux valeurs de l’IR, il y a peu de chances qu’ils changent d’opinion, du moins à court terme.

Lorsque nous nous plaçons sur le plan des faits, le risque de dissociation est encore plus élevé. La question du rendement des placements IR trouve un certain écho parmi les investisseurs institutionnels, mais la plupart des épargnants individuels demeurent persuadés que la catégorie procure une performance inférieure. Ils changeront difficilement d’avis, même si nous leur assénons toutes nos données. Les conseillers qui ont investi pour le compte de leurs clients avec succès (et c’est probablement le cas pour tous grâce au marché haussier dont nous avons bénéficié) ne seront en effet probablement pas très disposés à entendre qu’ils ont fait fausse route depuis le début.

Alors, que faire?

La solution à ce dilemme se trouve dans la façon dont nous structurons la conversation IR. Au lieu de rester sur le quoi ou le comment de l’IR, il vaudrait mieux amorcer la conversation visant les investisseurs en expliquant ce que la démarche peut effectivement leur apporter. Ainsi, on arrive en plein cœur du sujet : les besoins des investisseurs.

Une conversation centrée sur les besoins place les conseillers dans une position beaucoup plus favorable, pour l’IR également. Quel conseiller n’a, par exemple, jamais parlé à un investisseur du besoin de gérer le risque ou de dénicher de nouvelles opportunités de croissance? Il s’agit de besoins universels qui peuvent être comblés de différentes façons grâce aux solutions IR. D’autres besoins naissants peuvent de plus n’être satisfaits que par des solutions IR, comme celui d’avoir un impact positif au-delà du rendement procuré.

Structurer la conversation de manière à placer les besoins du client en priorité permet aussi au conseiller de démontrer une réelle valeur, un aspect non négligeable dans un monde post-MRCC2.

En définitive, le secret pour que l’IR réalise la percée que nous souhaitons tous consiste à réussir la connexion avec notre audience. Nous avons atteint un certain niveau de réussite en abordant l’IR comme nous l’avons fait jusqu’à présent. Est-ce suffisant pour que cette croissance se poursuive ou est-ce qu’un angle d’approche différent pourrait accélérer significativement l’adoption de l’IR?

En recentrant nos conversations sur l’éventail des besoins que les solutions IR peuvent structurellement combler, nous permettrons aux conseillers d’aborder beaucoup plus facilement la question et aurons bien plus de chances de dissiper les préjugés qui entravent une adoption plus généralisée de l’investissement responsable.

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Les opinions exprimées aux présentes sont celles de l’auteur et pas nécessairement celles de Placements NEI.

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

 

Auteur

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David Rutherford

Vice-président exécutif, recherche
Mackenzie Investments

David Rutherford mène depuis longtemps une carrière dans les domaines de la communication et du développement durable. Il supervise actuellement la recherche en matière de développement durable chez Mackenzie Investments, avec pour mission de fournir des analyses pertinentes aux gestionnaires de placements et à l’équipe de gestion responsable de Mackenzie, ainsi que de façonner le leadership éclairé de l’organisation en proposant des points de vue novateurs sur des thèmes généraux et transversaux qui touchent les conseillers et les investisseurs.    Avant de rejoindre Mackenzie en 2025, il a occupé pendant près de dix ans diverses fonctions chez Placements NEI et sa société mère, Aviso. Parmi les tâches confiées à David figuraient notamment la refonte de l’image de marque de NEI, axée spécifiquement sur l’héritage de l’organisation en matière d’investissement responsable, ainsi que la direction de l’équipe chargée de l’investissement responsable au sein de NEI, avec pour mission de mieux faire connaître les activités et la valeur ajoutée de cette équipe auprès des conseillers et des investisseurs. David a également piloté l’élaboration d’une stratégie globale en matière de développement durable pour l’ensemble d’Aviso.    Auparavant, David a dirigé des équipes chargées du marketing, de la communication, des services créatifs et de l’assistance de direction au sein de plusieurs sociétés de services financiers basées au Canada et aux États-Unis – notamment lors d’un précédent passage chez Placements Mackenzie –, tant dans le domaine de la gestion d’actifs que dans celui du courtage. Avant de se lancer dans le secteur des services financiers en 2000, David était écrivain, peintre et journaliste.   David est titulaire d’un diplôme de premier cycle en urbanisme et aménagement du territoire de l’Université métropolitaine de Toronto (anciennement Ryerson); il a obtenu une maîtrise en médias et communication à la London School of Economics, où il a étudié l’impact des technologies numériques sur les relations humaines; il est également titulaire d’un diplôme d’études supérieures en responsabilité sociale et développement durable de l’Université de Toronto, où il a remporté le Prix Capstone du président pour l’innovation dans les pratiques ESG.