Combler le fossé: relever les défis environnementaux des villes grâce à des investissements dans l’adaptation et la résilience

Maisons emportées par les inondations, lignes électriques et chaussées qui se déforment sous l’effet de la chaleur extrême, sécheresse menaçant l’approvisionnement alimentaire et affectant les ressources en eau… Ces catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes, et leur coût économique est faramineux.

Rien qu’en 2024, le monde a connu plus de 150 événements météorologiques extrêmes causant des pertes économiques estimées à USD 320 mia, soit 40% de plus que la moyenne annuelle sur dix ansi.

Alors que l’impact du changement climatique et de la dégradation de l’environnement s’accentue, investir dans l’adaptation et la résilience (A&R) – via le renforcement de la fiabilité des réseaux électriques grâce à des modélisations et à des simulations avancées, la modernisation des bâtiments à l’aide de technologies énergétiques efficaces ou l’installation de stations de pompage des eaux pluviales – devient tout aussi important qu’agir en vue de limiter la hausse des températures.

A cet égard, il convient de noter que les investissements dans l’A&R ne visent pas seulement à atténuer l’impact immédiat du changement climatique en tirant parti d’un potentiel de rendement attractif.

Les entreprises fondées sur un modèle économique répondant à la demande croissante de solutions d’adaptation offrent réellement des opportunités d’investissement intéressantes.

Point d’inflexion

A ce jour, les solutions d’adaptation n’ont pas séduit les investisseurs.

Le secteur a attiré un peu plus de USD 30 mia de capitaux en 2024, un chiffre éclipsé par les centaines de milliards de dollars que les experts estiment nécessaires pour réduire l’impact financier du changement climatique dans les prochaines décennies.

Le manque d’engagement des entreprises peut s’expliquer par le dilemme suivant: plus on intervient tôt, plus l’incertitude est grande. Or, les entreprises ne veulent pas consacrer des dépenses excessives à des enjeux qu’elles maîtrisent mal, et préfèrent temporiser. Cela étant, plus on attend, plus on s’expose à des risques ultérieurs.

Graphique 1 – Le dilemme de l’adaptation

Exemples de gestion de l’adaptation au changement climatique

Source: JP Morgan, «Renforcer la résilience grâce à l’adaptation au changement climatique» (Building Resilience Through Climate Adaptation), 2025

Il est encourageant de constater que le fossé commence néanmoins à se réduire.

Selon un rapport du London Stock Exchange Group, 34% des moyennes et grandes entreprises de l’indice FTSE All World font déjà référence à des mesures d’adaptation dans leurs publications annuelles.

Les dépenses dans ce domaine ont progressé de 21% (TCAC) sur les quatre dernières années, les entreprises qui ont adopté des solutions d’adaptation générant plus de USD 1000 mia de revenus verts l’an dernier.

Graphique 2 – Croissance et secteurs liés à l’adaptation et à la résilience

Capitalisation boursière et croissance des revenus du segment de l’adaptation et de la résilience (USD mia)

Source: LSEG, données au 12.05.2025

Selon une estimation prudente du cabinet de conseil Tailwind, si chacune des 10 000 sociétés cotées en bourse dépensait USD 50 mio dans des investissements liés à la résilience climatique, la demande potentielle des entreprises dépasserait USD 500 mia par aniv. [1]

Les acteurs de la technologie représentent l’une des principales sources d’investissement dans les stratégies d’adaptation et de résilience. De fait, les risques de chaleur extrême, de sécheresse et d’inondation menacent leurs activités.

Les exploitants de centres de données dans des régions arides telles que l’Arizona devront investir dans des systèmes de refroidissement efficaces, des panneaux solaires, des systèmes intelligents de gestion et de recyclage de l’eau, tout en concevant des bâtiments durables et écologiques.

Ces mesures devraient réduire les risques de sécheresse et garantir un fonctionnement 24 heures sur 24 en cas de conditions météorologiques extrêmes, mais aussi limiter les émissions. En économisant l’eau et l’énergie, ces acteurs baisseront leurs coûts et allégeront la pression sur les réseaux électriques et les systèmes d’approvisionnement en eau locaux.

Une étude du World Resources Institute (WRI) a révélé que chaque dollar investi dans l’A&R générait plus de 10 dollars de bénéfices sur dix ans. Sur cette base, les bénéfices potentiels excéderaient USD 1400 mia, avec un rendement annuel moyen de 27%. Une partie de ces bénéfices reviendra directement aux investisseurs.

Mais l’intérêt de ces investissements dépasse les seuls gains financiers. Selon cette même étude, les projets A&R versent généralement un «triple dividende» découlant de performances positives en matière environnementale, sociale et financière.

Par ailleurs, on observe que les gains financiers et non financiers des projets A&R sont souvent d’ampleur égale, mais que seulement 8% des analyses de projets d’investissement en reflètent tous les avantages en un seul chiffre. Cela suggère que les taux de rendement sociétaux sont nettement sous-estimés dans les évaluations économiques de la plupart des investissements ciblant des solutions d’adaptation.

En résumé, les investissements A&R offrent une protection efficace des actifs, de nouvelles sources de croissance et un potentiel de rendement attractif, tout en contribuant à bâtir une économie plus résiliente face au changement climatique pour les décennies à venir.


Sources

  1. Tailwind, Taxonomy for Climate Adaptation and Resilience Activities, 2024

Clause de non-responsabilité de l’AIR

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Analyse du « trilemme » du GNL au Canada

Le départ du premier navire du terminal de LNG Canada, le 30juin 2025, a marqué le début dune nouvelle ère pour le Canada. Cest à ce moment-là que nous avons rejoint une poignée de pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), une source dénergie qui a rapidement pris de limportance dans le nouvel ordre énergétique mondial.

L’arrivée du Canada sur le marché du GNL soulève plusieurs questions importantes :

  • Dans quelle mesure les exportations de GNL sont-elles essentielles pour permettre au Canada de concrétiser ses ambitions en matière de leadership énergétique?
  • Le GNL canadien est-il la clé de la résilience et de la sécurité énergétiques pour les pays dont l’approvisionnement traditionnel en gaz naturel a été perturbé?
  • Et, ce qui est particulièrement important pour les investisseurs responsables, le GNL peut-il devenir un « combustible de transition » vers les énergies renouvelables et faciliter la décarbonation à long terme du système énergétique mondial?

Le rôle du GNL dans le futur paysage énergétique mondial

L’intérêt croissant pour le GNL est lié à l’augmentation constante de la demande mondiale en énergie. Parmi les facteurs qui stimulent la demande, on peut citer la croissance économique et l’industrialisation des marchés en développement, la transition mondiale vers l’électrification des transports et du chauffage, ainsi que la nécessité de répondre aux besoins énergétiques des centres de données alimentés par l’intelligence artificielle. Le facteur déterminant, cependant, est la croissance démographique. La population mondiale devrait atteindre près de 10 milliards d’individus d’ici 2050, dont une grande partie vivra dans les centres urbains en pleine expansion d’Asie et d’Amérique latine. Le GNL a un rôle crucial à jouer pour répondre à cette demande. Mais pour bien comprendre ce rôle, il faut considérer le GNL à la lumière de ce qu’on appelle le « trilemme énergétique » : ces trois facteurs distincts et souvent contradictoires que sont l’abordabilité financière, la sécurité et la durabilité.

L’avantage inégal du GNL en matière de durabilité

Commençons par l’aspect le plus important pour le public de l’AIR : la durabilité. De tous les combustibles fossiles, le gaz naturel est celui dont la combustion est la plus propre, puisqu’il émet environ 45 % de CO₂ en moins que le charbon. Si la réduction des émissions de carbone est l’objectif principal, le gaz constitue une option intéressante pour remplacer le charbon. En effet, dans certaines régions où le gaz a remplacé le charbon, les émissions à l’échelle du réseau ont été considérablement réduites.

Une utilisation accrue du GNL pourrait-elle contribuer à réduire les émissions de carbone à l’échelle mondiale? L’Institut Fraser estime que si le Canada doublait sa production actuelle de gaz naturel et exportait ces volumes supplémentaires vers l’Asie sous forme de GNL, utilisé en remplacement direct et équivalent du charbon, les émissions mondiales de GES pourraient être réduites de près de 630 millions de tonnes par an, soit une réduction équivalente à 89 % des émissions totales de GES du Canada. Étant donné que plusieurs pays s’apprêtent à accroître considérablement leur capacité d’exportation de GNL, le potentiel de réduction des GES est considérable. Mais ce n’est qu’un potentiel.

Répondre à la question du GNL comme combustible de transition : ce n’est pas si simple

Considérer le GNL uniquement sous l’angle du développement durable, c’est oublier que le monde n’a pas seulement besoin de plus de GNL, mais aussi de plus d’énergie provenant de toutes les sources. Ce n’est là qu’une des critiques formulées à l’encontre de la thèse du « carburant de transition ». Il s’agit ensuite d’évaluer la durée nécessaire de cette transition : une transition trop longue renforcerait la dépendance au gaz naturel et au GNL, ce qui risquerait de freiner les investissements dans les énergies renouvelables. De plus, le gaz naturel et GNL ne sont pas équivalents : le traitement du GNL génère des émissions supplémentaires considérables par rapport à celles produites dans la chaîne d’approvisionnement traditionnelle du gaz naturel. De plus, les fuites de méthane (le méthane est à la fois le principal composant du gaz naturel et le deuxième gaz à effet de serre le plus important, avec un impact potentiel sur le réchauffement climatique 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 100 ans) sont particulièrement importantes dans le cas du GNL. Produit à travers une série de systèmes distincts, le GNL présente de nombreux risques de fuites de méthane. Bien que ces risques puissent être contrôlés, ils ne peuvent être éliminés.

Le GNL est-il sécuritaire et abordable?

Cela nous amène à nous pencher sur les questions de sécurité énergétique et d’accessibilité financière. L’Europe est considérée comme un marché important pour le GNL, malgré les engagements de longue date de l’UE en matière de climat. Pourtant, ce sont les questions de sécurité qui occupent désormais le devant de la scène dans le domaine énergétique, comme c’est de plus en plus le cas dans toutes les régions de notre monde en pleine mutation. Les deux facteurs sont complémentaires. Le développement des énergies renouvelables réduit les besoins en gaz naturel, ce qui renforce le principe européen consistant à éviter la dépendance vis-à-vis d’une énergie dont l’Europe ne dispose pas – ce qui correspond précisément à la définition de la sécurité énergétique. [1]

Le marché le plus prometteur est celui de l’Asie, où la consommation de GNL devrait doubler d’ici 2050, sous l’effet de la croissance économique et de l’accès limité au gaz naturel acheminé par gazoduc. Mais l’application du trilemme du GNL sur les marchés asiatiques est complexe. La Chine est à la fois le plus grand consommateur de charbon au monde et le leader mondial dans le domaine des énergies renouvelables. Et sur d’autres marchés, comme l’Inde, l’abandon du charbon n’est peut-être même pas une option envisageable. De nombreux pays d’Asie sont également des acheteurs opportunistes d’énergie, guidés par les prix, ce qui réduit l’importance des facteurs de durabilité dans leurs décisions d’achat d’énergie. [2]

L’impact potentiel d’une offre mondiale de GNL en forte expansion

Dans ce contexte, le secteur mondial du GNL connaît une expansion rapide, avec des projets visant à multiplier par près de cinq la capacité de liquéfaction entre 2025 et 2028 par rapport à la période quadriennale précédente. Cette expansion rapide comporte un risque évident de saturation, l’AIE prévoyant un excédent de l’offre susceptible de « faire baisser les prix internationaux du gaz et de créer les conditions d’une concurrence acharnée entre les fournisseurs ». Il est difficile de savoir si la demande sera suffisante pour combler cet écart, surtout compte tenu des progrès attendus (et de la baisse des coûts) dans le domaine des technologies renouvelables et du stockage par batterie.

La froide réalité des ambitions du Canada en matière de GNL

Alors, qu’est-ce que cela signifie pour le Canada? Il a fallu 15 longues années, marquées par de nombreuses controverses, pour que la première installation de LNG Canada passe de l’obtention des autorisations et des permis à l’expédition de la première cargaison de GNL. Au cours de la même période, les États-Unis ont, à eux seuls, construit des installations d’exportation de GNL dont la capacité totale est huit fois supérieure à celle de LNG Canada. Le Canada dispose certes d’avantages géographiques, produit peut-être son GNL avec une empreinte carbone moindre, et le GNL peut (si le méthane est géré correctement) générer des émissions nettement inférieures à celles du charbon thermique, mais les acheteurs évalueront les facteurs de prix, de sécurité et de durabilité de manière inégale et dynamique.

Pour s’imposer dans le secteur du GNL, le Canada devra compter sur une demande en forte hausse pour tous les types d’énergie (en particulier sur les marchés asiatiques, où le pays bénéficie d’un avantage géographique pour l’exportation de GNL) et être en mesure d’accélérer la mise en place d’infrastructures de GNL afin de répondre à ce besoin. Compte tenu de l’histoire du GNL au Canada, cela est loin d’être certain. Par ailleurs, bien que ce point ne soit pas abordé en détail ici, le consentement et la participation des peuples autochtones aux projets canadiens liés au GNL constituent un élément essentiel à prendre en considération. Les investisseurs responsables doivent également tenir compte des implications d’un éventuel décalage temporel : lorsque des infrastructures de GNL, conçues pour une durée de vie de 30 à 50 ans, se heurtent à l’intégration rapide prévue des énergies renouvelables, les actifs immobilisés deviennent un risque important.

En bref, le GNL n’est pas un slam dunk. Mais, après les longs retards qui ont fait que le Canada est arrivé tardivement sur le marché du GNL, le premier navire, chargé d’une promesse bien plus lourde que sa cargaison, a enfin pris la mer. Le Canada est maintenant officiellement dans le jeu du GNL.


Sources

  1. Interview with Luke Sussams – Jefferies
  2. Interview with Baltej Sidhu – National Bank

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Le contenu de cet article (y compris les faits, les opinions, les avis, les recommandations, les descriptions ou les références à des produits ou à des titres) ne doit pas être utilisé ou interprété comme un conseil en investissement, une offre de vente ou la sollicitation d’une offre d’achat, ni comme une approbation, une recommandation ou un parrainage d’une entité ou d’un titre quelconque. Bien que nous nous efforcions d’en assurer l’exactitude et l’exhaustivité, nous n’assumons aucune responsabilité quant à la fiabilité de ces informations. Le présent article peut contenir des informations prospectives qui reflètent nos attentes ou prévisions actuelles ou celles de tiers concernant des événements futurs. Les informations prospectives sont intrinsèquement soumises, entre autres, à des risques, des incertitudes et des hypothèses qui pourraient faire en sorte que les résultats réels diffèrent matériellement de ceux exprimés dans le présent document. Ces risques, incertitudes et hypothèses comprennent, sans s’y limiter, les facteurs économiques, politiques et de marché généraux, les taux d’intérêt et de change, la volatilité des marchés des actions et des capitaux, la concurrence commerciale, les changements technologiques, les changements de réglementation gouvernementale, les changements de législation fiscale, les procédures judiciaires ou réglementaires inattendues et les événements catastrophiques. Nous vous invitons à examiner attentivement ces facteurs et d’autres encore et à ne pas accorder une confiance excessive aux informations prospectives. Il ne peut être attendu que ces informations sont en toutes circonstances mises à jour, complétées ou révisées, que ce soit à la suite de nouvelles informations, d’un changement de circonstances, d’événements futurs ou autres.

Clause de non-responsabilité de l’AIR

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Investir dans la transition énergétique en évolution

La transition énergétique mondiale entre dans une nouvelle phase. La baisse des coûts des technologies propres, l’augmentation de la demande d’électricité et les progrès de l’électrification modifient où et comment la transition se déroule. Et si le soutien politique et les engagements en faveur du climat restent importants, les principaux moteurs de la décarbonation sont désormais l’économie et la technologie.

Deux dynamiques sont particulièrement importantes. Tout d’abord, les marchés émergents sont devenus le moteur de la transition énergétique, principalement parce que les technologies propres constituent désormais souvent l’option la moins coûteuse pour la production d’électricité et le développement industriel. Dans les économies avancées, la forte accélération de la demande en électricité, attribuable en grande partie à l’intelligence artificielle, rend plus urgent que jamais le recours à de nouvelles sources d’énergie, la modernisation du réseau et une utilisation plus efficace de l’énergie, que ce soit dans les processus de fabrication des semi-conducteurs ou pour le refroidissement des centres de données.

Ensemble, ces tendances redéfinissent l’éventail des opportunités qui s’offrent aux investisseurs tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique.

Fondamentaux versus sentiment

Ces dernières années, le climat d’investissement dans les secteurs des technologies propres a été morose. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. La hausse des taux d’intérêt et les incertitudes quant au soutien de l’État ont pesé sur les valorisations des entreprises. De nombreuses entreprises de premier plan qui contribuent à la décarbonation ont continué d’afficher une forte croissance de leurs bénéfices.

L’écart entre l’évolution des bénéfices et celle du cours des actions a entraîné un décalage notable, en particulier chez les entreprises qui bénéficient d’avantages concurrentiels durables et qui tirent parti des tendances de croissance structurelles.

Plus récemment, les marchés des technologies propres ont commencé à se redresser. Si ce rebond s’explique en partie par un redressement technique après une période de survente, nous estimons qu’il existe de solides arguments pour penser que certaines entreprises du secteur de la décarbonation sont en passe d’enregistrer une croissance durable.

Cela sexplique en partie par la croissance rapide du marché de leurs produits et services: lAgence internationale de lénergie (AIE) prévoit que la valeur des marchés mondiaux des technologies propres pourrait plus que tripler dici 2035, pour atteindre plus de 2 000milliards de dollars américains par an, grâce à la baisse continue des coûts et à la demande croissante en électricité et en solutions defficacité énergétique.

Les marchés émergents comme nouveau moteur de croissance

Les marchés émergents sont de plus en plus au centre de la transition énergétique. Contrairement aux phases précédentes qui étaient largement motivées par la politique climatique, l’adoption de technologies propres dans de nombreuses économies en développement est guidée par la compétitivité des coûts. L’énergie solaire, l’énergie éolienne, les batteries et les véhicules électriques ont atteint – et, dans de nombreux cas, dépassé – la parité des coûts par rapport aux alternatives à base de combustibles fossiles. Cela élargit les opportunités d’investissement dans la décarbonation dans les pays en développement.

La Chine joue un rôle essentiel dans cette évolution. Son envergure et son efficacité de production ont permis de réduire les coûts des technologies propres à léchelle mondiale. On estime que la fabrication de panneaux solaires, déoliennes et de batteries coûte au moins 40% plus cher aux États-Unis et en Europe quen Chine, et jusquà 25% plus cher en Inde. Par conséquent, les exportations chinoises de technologies propres permettent à des pays dAsie, dAmérique latine et dAfrique de sélectrifier et de sindustrialiser à moindre coût.

Près de la moitié des exportations chinoises de technologies propres sont désormais destinées aux marchés émergents, notamment à des pays comme lInde, le Brésil et la Thaïlande. Selon lAIE, les exportations chinoises de technologies propres pourraient dépasser les 340 milliards de dollars par an dici 2035.

Demande croissante d’électricité sur les marchés développés

Parallèlement, les marchés développés connaissent une évolution structurelle de la demande en électricité. Après des décennies de consommation relativement stable, la consommation délectricité aux États-Unis et en Europe est en forte hausse. Parmi les principaux moteurs, on peut citer lintelligence artificielle, les centres de données, les systèmes de chauffage et de climatisation électriques, les véhicules électriques et, dans une certaine mesure, la relocalisation industrielle. Aux États-Unis, la consommation délectricité devrait augmenter denviron 38% au cours des deux prochaines décennies, contre une hausse de seulement 9% au cours des 20années précédentes.

Cette forte croissance a accru limportance des services publics, des gestionnaires de réseau et des spécialistes de lefficacité énergétique. Laccès à une énergie fiable et abordable est devenu un obstacle majeur pour les promoteurs de centres de données et les utilisateurs industriels, les grandes entreprises technologiques citant de plus en plus souvent la disponibilité de lélectricité comme un frein à leur expansion.

Les services publics capables de fournir une production d’énergie renouvelable à faible coût, d’investir dans la modernisation du réseau et de gérer la hausse de la demande sont donc bien placés pour connaître une croissance, tout comme les entreprises qui proposent des solutions d’efficacité énergétique pour l’informatique et les processus industriels.

Technologie, électrification et efficacité

Les progrès technologiques élargissent également les marchés de la décarbonation. Aujourdhui, plus de 75% de la demande finale en énergie est considérée comme techniquement électrifiable. Cela ouvre dimportantes perspectives dans les domaines de lélectrification industrielle, des semi-conducteurs de puissance et des technologies de gestion de lénergie.

L’efficacité est un levier tout aussi important. À mesure que la demande en électricité augmente, il devient essentiel de réduire l’intensité énergétique pour limiter la hausse des émissions et la pression sur les infrastructures. Les technologies qui permettent une utilisation plus intelligente de l’énergie – du matériel informatique économe en énergie pour les centres de données à l’automatisation industrielle de pointe – joueront un rôle central dans cette prochaine phase de la transition.

Au-delà des systèmes énergétiques, linnovation fait également son apparition dans des secteurs tels que lagriculture. Les systèmes alimentaires représentent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et les technologies dagriculture de précision offrent des solutions pour améliorer la productivité tout en réduisant limpact environnemental.

Implications pour les investisseurs

Pour les investisseurs, cette « transition de la transition » – qui marque le passage d’une adoption dictée par les politiques publiques à une adoption dictée par les fondements économiques, et d’un leadership des marchés développés à une accélération des marchés émergents – souligne l’importance de se concentrer sur les facteurs fondamentaux plutôt que sur le sentiment à court terme. À mesure que la décarbonation s’inscrit davantage dans une logique de rentabilité et de progrès technologique plutôt que dans une approche politique, la prochaine phase de la transition énergétique pourrait s’avérer plus vaste, plus rapide et plus résiliente que ne le prévoient actuellement les marchés.


Clause de non-responsabilité de l’AIR

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.