Quel est le lien entre intégration des critères ESG et devoir fiduciaire ?

Qu’est-ce qu’un représentant fiduciaire ? Un représentant fiduciaire est une entité à laquelle un pouvoir ou des biens sont confiés pour le compte d’une autre. Le devoir fiduciaire comprend le respect de la confidentialité, l’obligation d’éviter tout conflit et celle de ne pas tirer profit de sa position.

Lors de notre sondage annuel sur les attitudes à l’égard de l’investissement responsable, les investisseurs institutionnels ont cité le devoir fiduciaire comme raison principale de l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur approche de placement.

Par contre, parmi la minorité de ceux qui n’utilisent pas les principes ESG, beaucoup sont d’avis que cela n’est pas compatible avec l’obligation fiduciaire de maximiser les rendements. C’est aux États-Unis que ce point de vue est le plus courant, suivis du Canada et de l’Asie. La confusion entourant le devoir fiduciaire et l’intégration des critères ESG découle peut-être des récents changements dans le monde des placements et le droit.

Auparavant, les facteurs ESG étaient généralement considérés comme non financiers. Les juristes se sont donc demandé si les représentants fiduciaires devaient les ignorer afin de respecter leurs obligations. Autrement dit, ils ont posé la question : le devoir fiduciaire permet-il de tenir compte des facteurs ESG ? Certains investisseurs institutionnels, qu’ils soient propriétaires d’actifs ou gestionnaires de placements, limitent la portée de leur devoir fiduciaire et estiment que celui-ci exclut la prise en compte des facteurs ESG dans les processus de placement.

Le contexte juridique a commencé à changer en 2005. Cette année-là, l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement (IF PNUE) a commandé un rapport, surnommé le « rapport Freshfields ». Celui-ci affirmait que les gestionnaires pouvaient tenir compte des facteurs ESG sans enfreindre leur devoir fiduciaire. Après avoir examiné les lois d’un certain nombre de pays parmi les plus développés au monde, les auteurs du rapport ont conclu que l’intégration des paramètres ESG dans l’analyse des placements, dans le but de formuler des prévisions de résultats financiers plus fiables, est clairement autorisée, voire requise, dans tous les territoires.

Ce rapport a confirmé que les facteurs ESG peuvent être pris en compte et a préparé le terrain pour l’évaluation de leur importance relative. Dans son rapport de 2014 sur les devoirs fiduciaires des intermédiaires de placement, la Law Commission du Royaume-Uni a reconnu ces préoccupations et cherché à les dissiper. Elle a indiqué qu’elle souhaitait éliminer les préjugés une fois pour toutes. D’après elle, rien n’empêche les fiduciaires de tenir compte des facteurs environnementaux, sociaux ou de gouvernance lorsqu’ils sont, ou peuvent être, importants sur le plan financier. S’il autorise les représentants fiduciaires à prendre en considération les facteurs ESG, le rapport n’en fait pas une obligation. Ainsi, la Commission précise qu’elle ne croit pas utile de dire que les critères ESG ou les facteurs éthiques doivent toujours être pris en compte.

Le Royaume-Uni n’est pas le seul pays à composer avec ce genre de problèmes. En 2021, Freshfields a publié un rapport intitulé « A Legal Framework for Impact » (un cadre juridique pour l’impact) qui analyse le droit américain. Le rapport conclut que de l’avis général, surtout en ce qui concerne la gestion des caisses de retraite, lorsqu’un facteur environnemental, social ou de gouvernance a des répercussions substantielles sur l’atteinte des objectifs de placement d’un investisseur, celui-ci est tenu de le prendre en compte de façon appropriée dans l’exercice de ses fonctions visant la réalisation de l’objectif financier.

Aux États-Unis, deux règles du ministère du Travail (DOL) de 2020 ont mis en péril la prise en compte des critères ESG en vertu des devoirs fiduciaires exigés par la loi ERISA, une loi régissant l’épargne-retraite en milieu de travail. Les règles, qui portaient sur la prise en compte des facteurs pécuniaires et non pécuniaires dans la sélection des placements, et sur le rôle du vote par procuration dans le devoir fiduciaire, ont été établies vers la fin de l’administration Trump et considérées comme des obstacles à la prise en compte des facteurs ESG dans les décisions d’investissement et de vote. Cependant, sous l’administration Biden en 2021, le ministère du Travail a confirmé qu’il ne poursuivrait pas l’application de ces règles et en a finalement proposé de nouvelles, plus claires, faisant ainsi rapidement marche arrière.

Au Canada, l’Association pour l’investissement responsable (AIR) note : « L’évolution de la responsabilité fiduciaire en ce qui concerne les enjeux ESG a amené le gouvernement de l’Ontario à modifier la réglementation régissant les investissements des fonds de pension en 2016, obligeant les caisses de retraite à inclure dans leurs énoncés des principes et procédures en matière de placement des informations indiquant si et comment les facteurs ESG seront intégrés dans leur processus décisionnel. »

Pour les investisseurs signataires des PRI (Principes pour l’investissement responsable), une initiative de l’ONU qui promeut l’investissement responsable, les obligations fiduciaires de loyauté et de prudence exigent la prise en compte des questions ESG. Le groupe PRI fonde sa position sur trois points : 1) l’intégration des critères ESG est une norme de placement ; 2) les enjeux ESG sont importants sur le plan financier ; et 3) les politiques et les cadres réglementaires exigent de plus en plus l’intégration des critères ESG. Selon le groupe PRI, les investisseurs qui ignorent les enjeux ESG manquent à leur devoir fiduciaire et s’exposent de plus en plus à des poursuites.

Comme on peut le voir, les avis juridiques sur les critères ESG et le devoir fiduciaire évoluent rapidement. Mais les changements ne se limitent pas aux avis juridiques. Ils reflètent ceux que connaît le milieu des placements, où les grands enjeux ESG occupent une place grandissante dans le processus de prise de décisions.

À RBC Gestion mondiale d’actifs, toutes nos équipes des placements intègrent les critères ESG importants à leur approche de placement. Nous croyons pouvoir améliorer le rendement à long terme corrigé du risque de nos portefeuilles en agissant comme un gestionnaire actif, dynamique et responsable, conscient de son devoir fiduciaire.


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Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

La croissance inclusive : un cadre multi-actifs sur les droits des autochtones et la réconciliation dans les investissements

Alors que le Canada continue de faire face à de dures vérités sur les expériences passées et présentes des peuples autochtones, les gouvernements, les entreprises et les particuliers cherchent à contribuer à la réconciliation de multiples façons, avec plus ou moins de succès. Le secteur de l’investissement peut être un important levier de progrès ; des sondages récents et des recherches universitaires se joignent à un chœur croissant exhortant les marchés des capitaux à en faire plus. Les gestionnaires de placements multi-actifs peuvent aborder les droits autochtones et le rapprochement dans le processus d’investissement en utilisant différents outils et véhicules de placement, propres à chaque catégorie d’actifs. Nous proposons ci-dessous des idées sur la manière dont les investisseurs peuvent intégrer les droits des autochtones dans une optique multi-actifs.

Gestion des risques liés aux placements en actions

La pertinence financière est généralement la principale optique à travers laquelle les investisseurs en actions considèrent les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour de nombreuses industries, les relations avec les Autochtones pourraient avoir une incidence sur les résultats des investissements. Les entreprises du secteur de l’énergie, des mines et des services publics sont depuis longtemps confrontées à des risques financiers, opérationnels et d’atteinte à la réputation liés à de mauvaises relations avec les autochtones. Les manifestations et les retards de construction, les contestations judiciaires et les sentiments négatifs du marché peuvent avoir des conséquences financières réelles pour les entreprises qui gèrent mal leur permis d’exploitation dans les communautés autochtones. Le Dakota Access Pipeline et le Keystone XL Pipeline sont deux des nombreux exemples récents qui illustrent ces risques en matière d’investissement. En effet, aux États-Unis, en mars 2021, le secteur des industries extractives était confronté au plus grand nombre de controverses concernant des impacts négatifs présumés sur les populations autochtones, tels que la dégradation de l’environnement, les problèmes liés aux droits de l’homme et les inégalités sociales.¹

Plusieurs outils sont disponibles pour mettre en place un processus d’investissement qui prend en compte et intègre les droits des autochtones et les relations avec ces peuples. Les données, par exemple, sont particulièrement importantes pour les gestionnaires d’actifs ayant de gros portefeuilles d’actions – c’est-à-dire potentiellement des milliers d’entreprises – dans des fonds actifs et passifs. Ces investisseurs doivent être en mesure d’identifier et de surveiller en permanence, de manière efficace et à grande échelle, les entreprises présentant un risque élevé ou des performances historiques médiocres dans ce domaine. Bien que le secteur extractif dans son ensemble soit généralement connu pour faire face à des risques associés aux relations avec les Autochtones, toutes les entreprises n’exercent pas nécessairement leurs activités dans des communautés autochtones, sur de terres autochtones traditionnelles ou à proximité de celles-ci. En outre, des données sur les entreprises qui ont mis en œuvre des politiques et des programmes de bonnes pratiques, comme celles qui sont conformes à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et au Consentement préalable, libre et éclairé (CPLÉ), ou sur celles qui font l’objet de controverses, peuvent aider à cibler l’engagement. Elles peuvent également aider à suivre les progrès des entreprises du portefeuille au fil du temps.

Les activités d’intendance telles que l’engagement et le vote par procuration sont également des mécanismes efficaces pour exercer une influence sur les questions autochtones au sein des entreprises bénéficiaires. En plus de plaider en faveur de l’engagement envers la DNUDPA et le CPLÉ, les investisseurs pourraient encourager les entreprises à mieux signaler l’impact de leurs activités sur les communautés autochtones. La définition de lignes directrices claires en matière de vote par procuration et de politiques sur les relations avec les autochtones peut améliorer la communication des attentes des investisseurs. Le fait de soutenir des propositions connexes ou de voter contre des administrateurs dans des situations où des controverses sont présentes ou lorsque des politiques progressistes font défaut souligne également la responsabilité des investisseurs sur ce sujet.

Titres à revenu fixe et cadre d’impact

Pour les investisseurs en dette, l’exploitation des données et l’engagement sont également des moyens de gérer les risques de baisse découlant de mauvaises relations avec les autochtones, tant chez les émetteurs privés que chez les émetteurs non privés. Mais il existe des possibilités de contribuer à un impact positif plus directement dans le secteur des titres à revenu fixe. Le marché des obligations vertes, sociales et durables se développe rapidement. En 2021, les émissions de créances sous différents labels de durabilité ont dépassé 1 500 milliards de dollars américains à l’échelle mondiale, doublant ainsi par rapport aux 747 milliards de dollars américains de 2020. Certains analystes s’attendent à ce qu’elles atteignent 2,5 billions de dollars en 2022. Ces instruments ont le potentiel de faire progresser la réconciliation avec les communautés autochtones, pour autant que les obligations soient structurées conformément aux principes reconnus.

Les investisseurs qui souhaitent participer à ces obligations doivent appliquer un processus de diligence raisonnable fondé sur des cadres établis – tels que ceux définis par l’International Capital Market Association. Les cadres devraient préciser l’utilisation acceptable du produit pour s’assurer que l’impact des investissements répond aux besoins des communautés autochtones. Ils peuvent également inclure l’utilisation de catégories de procédures qui identifient les activités qui soutiennent le progrès socio-économique et l’autonomisation des peuples autochtones, et/ou des catégories comme le logement abordable et l’accès aux soins de santé. Les cadres obligataires devraient également inclure des mesures quantifiables et mesurables pour que les émetteurs soient tenus responsables des objectifs fixés.

Un partenariat réel dans des actifs réels

Si la prise en compte des droits et des questions autochtones dans les investissements en actions et en titres à revenu fixe peut produire des avantages socio-économiques pour les communautés autochtones, l’influence de l’investisseur sur les résultats réels est, au mieux, tangentielle. Cependant, dans les investissements alternatifs, en particulier dans les actifs réels, la capacité des investisseurs à contribuer à l’indépendance économique des peuples autochtones peut être beaucoup plus directe. Par exemple, les investisseurs immobiliers peuvent louer des terres directement aux peuples autochtones pour le développement de nouvelles propriétés – un arrangement à long terme qui peut générer de la richesse pour les investisseurs et la communauté locale. En outre, les stratégies immobilières peuvent établir des cadres de diligence raisonnable pour les gestionnaires et des critères de sélection qui tiennent compte des droits des autochtones, en particulier pour les gestionnaires et les propriétés situées au sein ou à proximité des communautés autochtones. 

Les projets d’infrastructure peuvent également être des occasions de collaboration avec les peuples autochtones. En fait, la capacité de remporter des contrats et d’obtenir l’approbation réglementaire des gouvernements peut dépendre de la propriété et de la participation des autochtones, via des sièges au conseil d’administration, par exemple, où ils sont en mesure de gérer ces projets aux côtés des investisseurs. L’approche et la structuration des projets de cette manière – en particulier les projets liés à l’industrie de l’énergie ou ayant un impact sur le capital naturel – peuvent être essentielles à une transition inclusive et équitable vers une économie à faible émission de carbone.

Il ne s’agit en aucun cas d’une liste exhaustive des moyens dont disposent les gestionnaires multi-actifs pour promouvoir les droits des autochtones dans le processus d’investissement. L’innovation en matière d’investissement peut jouer un rôle dans cet espace. Nous devons également aller au-delà des industries communes étant donné la nature systémique de cette question au Canada et à l’étranger. En outre, une véritable réconciliation exige que la communauté des investisseurs réfléchisse et agisse de manière significative au-delà des investissements – dans le cadre des efforts de diversité et d’inclusion des organisations, des politiques d’achat des fournisseurs et de l’engagement avec les organisations autochtones. Tout cela pour dire qu’il y a encore beaucoup de travail à faire.


Sources :
[1] Block, Samuel. (Avril 2021). Native Americans’ Pivotal Role in US Climate Change Agenda. Recherche ESG du MSCI. Ce rapport contient des informations (les « Informations ») provenant de MSCI Inc, de ses sociétés affiliées ou de fournisseurs d’informations (les « Parties de MSCI ») et peut avoir été utilisé pour calculer des scores, des notations ou d’autres indicateurs. Les informations sont destinées à un usage interne uniquement et ne peuvent être reproduites/rediffusées sous quelque forme que ce soit, ni servir de base ou de composant à des instruments ou produits financiers ou à des indices. Les Parties de MSCI ne garantissent pas l’originalité, l’exactitude et/ou l’exhaustivité des données ou des informations contenues dans le présent document et rejettent expressément toute garantie expresse ou implicite, notamment de qualité marchande et d’adéquation à un usage particulier. Les Informations ne sont pas destinées à constituer un conseil d’investissement ou une recommandation pour prendre (ou s’abstenir de prendre) une décision d’investissement et ne peuvent être considérées comme telles, ni comme une indication ou une garantie de performance future, une analyse, une prévision ou une prédiction. Aucune des Parties de MSCI n’est responsable des erreurs ou omissions liées aux données ou informations contenues dans le présent document, ni des dommages directs, indirects, spéciaux, punitifs, consécutifs ou autres (y compris le manque à gagner), même si elles ont été informées de la possibilité de tels dommages.


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Mesure de l’impact social : les placements au service des collectivités

En matière d’investissement durable, l’industrie de la gestion d’actifs s’est historiquement concentrée sur les facteurs de gouvernance et sur les facteurs environnementaux. Le mouvement vers la mesure de l’empreinte environnementale des entreprises est très visible : les engagements publics d’investisseurs de toutes tailles et formes, de gestionnaires d’actifs et d’entreprises à atteindre le zéro émission nette se multiplient. Cependant, la mesure de l’impact social des placements est tout aussi importante pour le secteur financier et les discussions qui ont lieu à l’échelle mondiale autour de la création d’un monde plus durable. Pour que les gestionnaires d’actifs accomplissent des progrès significatifs dans la réalisation des objectifs de durabilité, nous devons investir d’une manière qui tient compte non seulement de l’environnement, mais aussi des personnes et des collectivités.

Certaines initiatives, comme les Principes pour l’investissement responsable (PRI) et le Global Real Estate Sustainability Benchmark (GRESB), ont établi des cadres permettant à notre industrie de suivre les progrès autour des facteurs ESG. Auparavant privés de renseignements détaillés sur la diversité du personnel d’une entreprise ou les émissions de ses bâtiments à l’échelle mondiale, les investisseurs se tournent vers ces cadres pour suivre les répercussions de leurs portefeuilles sur le monde. Cela a mené à des rapports plus normalisés sur les facteurs environnementaux, de même que sur la diversité, l’équité et l’inclusion. En effet, les investisseurs arriment les questions de contrôle préalable aux normes mondiales les plus élevées.

Mais les impacts sociaux des placements ne sont pas toujours faciles à quantifier. Le gestionnaire d’actifs peut jouer un rôle important dans la collecte de renseignements sur le financement des projets et des entreprises. Il peut notamment aider ces entreprises à améliorer les façons dont elles affectent la vie des gens. En augmentant la quantité de données qu’il recueille sur l’impact social, tout en offrant aux investisseurs et à leurs placements des moyens d’influer positivement sur le monde, le gestionnaire d’actifs a la possibilité de faire œuvre utile.

Les sociétés de gestion d’actifs peuvent et doivent utiliser la technologie et les ressources à leur disposition pour sensibiliser les investisseurs aux impacts sociaux de leurs portefeuilles. Dans le cadre de ses travaux visant à rendre notre monde plus équitable, BentallGreenOak (BGO), qui fait partie de Gestion SLC, a mis au point un outil d’évaluation de l’impact social : c’est l’une des premières applications fondées sur des données propres aux facteurs sociaux dans le secteur des titres de participation et de créance immobiliers. Conformément aux objectifs de développement durable établis par l’Organisation des Nations Unies et à d’autres pratiques exemplaires internationales, la création de cet outil a aidé BGO à évaluer le profil social de ses actifs, y compris leur incidence sur la santé et le bien-être, la croissance économique et les inégalités dans nos collectivités. L’outil a été lancé en 2020 dans plus de 400 propriétés, qui représentent un actif géré de plus de 27 milliards de dollars US à l’échelle mondiale.

Grâce au temps et aux ressources consacrés à la création et à l’expansion de cet outil, nous avons une nouvelle perspective sur ce qui contribue à l’excellence du rendement social des actifs. Par exemple, nous réfléchissons davantage à l’évolution constante du transport urbain et à la façon dont nos bâtiments pourront accueillir davantage de vélos et d’autres moyens de transport écologiques. Nous constatons aussi à quel point nos investissements dans les espaces communs (salles de réunion, installations récréatives, options de restauration saine et de conditionnement physique, etc.) sont appréciés et sont devenus essentiels pour l’acquisition et la rétention des locataires. En outre, alors que nous nous lançons dans des plans de renouvellement des actifs, nous explorons comment nous pouvons favoriser la lumière naturelle, l’air frais et l’expression artistique dans nos environnements intérieurs. La nécessité de composer avec la COVID-19 nous a poussés à accélérer, à l’échelle de nos portefeuilles, nos plans de mise en place de pratiques d’exploitation exemplaires et de nouvelles dépenses en capital pour pallier les contrecoups actuels et futurs de maladies infectieuses.

Le gestionnaire d’actifs d’aujourd’hui est un mobilisateur socialement responsable qui doit être capable d’intégrer ses actifs dans le tissu social de sa collectivité afin de garantir une croissance et une valeur ajoutée à long terme. Nous sommes appelés de plus en plus à faire une introspection honnête sur les personnes et les talents que nous avons rassemblés pour mener à bien notre parcours ESG, et à réévaluer nos lacunes en matière de diversité, d’équité et d’inclusion. Dans la mesure où nous continuons à investir dans des établissements culturels et commerciaux dynamiques et cosmopolites, la composition de notre effectif doit également refléter cette même richesse et cette diversité. Ce sont nos investisseurs et nos locataires qui nous responsabilisent sur ce plan. Nous apprenons chaque jour à quel point nous sommes meilleurs lorsque des dirigeants de diverses origines, générations et identités contribuent aux décisions que nous prenons dans la salle du conseil et dans nos installations. Les immeubles peu performants qui deviennent désuets au fil du temps souffrent presque toujours d’un détachement de leur environnement communautaire et de leur cadre social. Être victime de ce phénomène est un véritable défi existentiel qui ne peut plus être pris à la légère.

En créant cet outil, nous avons également appris à intégrer des équipes ayant divers niveaux d’expérience en matière de placements ESG dans le processus de mesure de l’impact social. En tant qu’entreprises socialement responsables, nous sommes tous des adeptes de l’ESG et nous devons tous être parfaitement conscients du rôle que nous jouons en matière d’excellence dans ce domaine. Le chemin vers un monde plus durable est sinueux et les acteurs de notre industrie se sont engagés dans cette voie à différentes étapes de leur carrière et de différentes façons. En tant que gestionnaires d’actifs, nous devons aller à la rencontre de nos propres employés là où ils en sont dans leur parcours, en créant des outils et des programmes qui les aideront à revoir la façon dont ils abordent les impacts sociaux de leurs portefeuilles.

La maxime « c’est un marathon, pas un sprint » peut être appliquée aux défis externes qui se sont présentés lorsque nous avons lancé l’outil exclusif d’évaluation de l’impact social de BGO. Les données sociales, que les normes internationales incitent les investisseurs à demander, présentaient des lacunes. Mais plus important encore, un manque de compréhension de l’importance de mesurer les impacts sociaux dans un portefeuille est ressorti. Les normes de tierces parties peuvent aider à suivre les progrès des entreprises mondiales, mais elles ne leur fournissent pas toujours des moyens d’apporter des changements. Des plans d’action sont essentiels pour les entreprises des secteurs qui ont une empreinte sociale et environnementale importante dans le monde, comme les sociétés industrielles. Un des éléments clés de cet outil est qu’il fournit des stratégies sur mesure quant à la façon dont chaque actif et, en définitive, les portefeuilles peuvent améliorer leur impact social au fil du temps. À l’heure actuelle, le secteur financier n’a pas toutes les réponses quant à son rôle dans l’amélioration de ce paysage. Nous devons continuer à innover et à faire évoluer nos propres processus de placement afin que nos clients sachent comment leur argent est mis au service de nos collectivités. Nous devons être transparents dans nos communications avec les clients, en leur donnant plus de renseignements concrets sur les progrès que nous pouvons tous réaliser en matière d’équité sociale grâce aux placements.


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© 2022, Gestion SLC.

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Carboneutralité : les moyens de l’atteindre doivent être inclusifs

Lorsqu’il s’agit de trouver une nouvelle solution, c’est généralement le « comment » qui suscite le plus de débats. Il en va de même avec la voie vers la carboneutralité. La plupart d’entre nous acceptent la science du réchauffement climatique. La plupart d’entre nous comprennent que sans mesures correctives, la planète et ses habitants seront en danger. Il existe un consensus sur le fait que nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre à zéro net d’ici 2050. Il n’y a aucune objection crédible à la raison pour laquelle nous devons agir. Ni lorsqu’il est question du « quand ». Là où le bât blesse, c’est le « comment ».

L’histoire, l’expérience et la position dans le monde façonnent les opinions. En tant que gestionnaire d’investissement actif, nous avons nos propres racines en Afrique du Sud. Nous avons été le premier gestionnaire d’investissement d’origine africaine à signer la Net Zero Asset Managers Initiative. Nous l’avons fait parce que nous croyons en l’objectif – et parce que nous croyons qu’il existe un chemin particulier vers sa réalisation.

Investir en vue d’un rendement actif et d’un rendement net nul dans le monde réel est un défi. Nous apprenons de nouvelles disciplines pour les industries et les entreprises que nous évaluons. Nous devons comprendre leurs modèles de durabilité et comment ils affectent les valeurs de l’entreprise. L’évaluation des voies de transition et de l’engagement des entreprises et des pays en faveur de l’objectif « zéro émission nette » nécessite une analyse, une connaissance approfondie du secteur et, surtout, un engagement actif.

C’est en appelant à un engagement actif que nous nous distinguons d’une approche de la carboneutralité qui est malheureusement encore courante dans les marchés développés.

De nombreux investisseurs des marchés développés sont d’avis que le moyen d’atteindre zéro émission nette consiste simplement à nettoyer les portefeuilles. En d’autres termes, en se désinvestissant de pays et en vendant des entreprises caractérisées par des émissions élevées. Oui, cela nettoiera sûrement un portefeuille. Ce que cela ne fera pas, c’est nettoyer le monde réel.

Voyons un peu.

Imaginez que la « pureté du portefeuille » devienne la norme. Nous nous retrouverions avec un ensemble de portefeuilles de pays développés concentrés sur un nombre restreint d’actifs. Au même moment, le reste de la planète serait laissé à lui-même, avec des actifs en proie à de mauvais propriétaires et à des pratiques irresponsables d’allocation de capital. Nous garantirions un monde de zéro net partiel, qui, à son tour, garantirait un zéro net nul. Les émissions ne seraient pas réduites d’ici 2050. Elles augmenteraient de façon exponentielle.

Le désinvestissement peut démontrer un manque de compréhension ou de sincérité à l’égard de la crise climatique, car il exacerbe la crise.

Alors que les émissions des marchés émergents augmentent, les États-Unis et l’Europe ont contribué à eux deux à 62 % des émissions historiques mondiales cumulées. Étant donné qui est le principal responsable des émissions au fil du temps, ce serait un acte de lâcheté de la part des pays riches, de leurs investisseurs, des propriétaires d’actifs et des institutions que d’abandonner le reste. Ce serait comme retirer l’échelle d’une maison en feu. Cela aurait pour effet de priver les marchés émergents de capitaux d’investissement au moment même où ils ont besoin de 2500 milliards de dollars supplémentaires par an pour financer leur transition énergétique.

L’électricité constitue un exemple principal d’un secteur où un engagement et un financement positifs pourraient entraîner des changements monumentaux.

De nombreux marchés émergents dépendent des combustibles fossiles pour la production d’électricité. L’électricité par habitant provenant de ces combustibles est de 89 % en Afrique du Sud, de 74 % en Inde et de 61 % en Indonésie. Entre-temps, en 2019, le prix de l’électricité produite par l’énergie solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne terrestre est passé sous le prix de l’électricité produite par le gaz et le charbon. Oui, une transition vers les énergies renouvelables sur ces marchés serait une entreprise formidable. Mais oui, une transition doit aussi avoir lieu. Pas seulement pour le bénéfice de ces pays, mais pour s’assurer que le monde entier devienne carboneutre.

D’où notre point de vue selon lequel nous devons nous engager activement. Cela signifie qu’il faut rester investi, même dans certains pays à fort taux d’émission – mais avec les réserves essentielles que sont un horizon temporel fixe pour le changement et des objectifs immuables pour atteindre le net zéro. Nous devons exiger des entreprises des plans de transition clairs jusqu’en 2050 pouvant être mesurés et contrôlés. Ce que nous demandons, c’est de la patience, car une vraie solution prendra du temps.

En tant que communauté mondiale de l’investissement, nous devrions nous concentrer sur la facilitation et la fourniture de financements de transition.

En tant qu’investisseurs, nous encourageons l’engagement de capitaux pour aider à financer le vaste changement qui s’impose. Nous encourageons également un engagement à affiner les moyens de mesurer les progrès réalisés par rapport aux objectifs climatiques. Nous aimerions voir la création d’instruments financiers qui aident les allocateurs de capitaux à aligner les portefeuilles sur une décarbonisation réelle et inclusive. Ces instruments canaliseraient les capitaux vers les entreprises et les projets qui rapprocheraient l’économie mondiale de la neutralité carbone et laisseraient les pays les plus pauvres effectuer une transition vers le zéro net. Une transition inclusive, financée de manière juste et efficace, profitera à tous. Il n’y a pas d’alternative viable.


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Ninety One est un gestionnaire d’investissement indépendant et mondial, doublement coté à Londres et à Johannesburg. Créée en Afrique du Sud en 1991 sous le nom d’Investec Asset Management, la société s’est séparée du groupe Investec en 2020 et est devenue Ninety One. Ninety One gère plus de 190 milliards de dollars et propose des stratégies actives en matière d’actions, de titres à revenu fixe, d’actifs multiples et d’alternatives aux institutions, aux conseillers et aux investisseurs individuels du monde entier.

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Il est temps de faire de l’Economie Circulaire une réalité

Les ressources naturelles de notre planète sont physiquement limitées. L’exploitation intensive de la nature, à un rythme toujours plus rapide, empêche celle-ci d’avoir le temps de se régénérer, conduisant à son épuisement et à son appauvrissement. Notre modèle économique linéaire, qui consiste à extraire, produire, consommer et jeter, participe fortement à la destruction de notre environnement.

Figure 1 – Notre modèle économique linéaire n’est pas durable sur le long-terme

Source: Amundi Asset Management

L’explosion démographique et économique que nous avons connue au cours du XXe siècle ainsi que l’avènement de la consommation de masse, qui a inondé le marché de produits peu chers et facilement remplaçables, ont exercé une pression trop forte sur notre environnement. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme.

En effet, cette économie linéaire a négligé deux points importants : nos réserves naturelles sont limitées et la nature a besoin de temps pour se régénérer et continuer à produire. Selon les experts scientifiques, à ce rythme d’extraction, certaines matières premières ne seront plus disponibles d’ici 50 ans alors que la demande ne cessera d’augmenter, en partie due à une population mondiale qui devrait atteindre 9 milliards d’habitants en 2050.

Le modèle linéaire consistant à produire toujours plus et à jeter de grandes quantités de déchets, tout en recyclant de façon minime, est en contradiction avec les limites planétaires. La production mondiale de déchets était estimée à 1,3 milliard de tonnes par an en 2012 contre 2,01 en 2018 (+55%) et devrait atteindre 3,40 milliards de tonnes d’ici 2050 dans un scénario de statu quo (+160%). En 2018, on estime qu’à l’échelle mondiale, environ 37 % des déchets sont enfouis dans des décharges, 33 % sont mis en décharge à ciel ouvert, 11 % sont traités par incinération moderne et seulement 19 % font l’objet d’une valorisation des matériaux par recyclage et compostage. La société de consommation a donné naissance à une société de déchets.

Figure 2 – Près de 2 Terres étaient nécessaires au vu de la demande en biens de consommation en 2019 vs 1 en 1969

Source: EarthOvershootDay.org

Dans ces circonstances, comment aider les entreprises à passer d’un modèle linéaire à un modèle circulaire pour limiter les atteintes à notre environnement ?

L’avènement de l’Economie Circulaire

Il faut donc passer d’un modèle linéaire à un modèle circulaire qui limitera les atteintes à l’environnement et permettra à la nature de se régénérer. Ce modèle circulaire peut se faire par l’allongement de la durée de vie des produits et notamment par l’éco-conception, la réparabilité, la durabilité et le marché de l’occasion. Cette economie circulaire doit également inclure un meilleur traitement des déchets et permettre de réutiliser les matières premières pour créer de nouveaux produits… et ainsi boucler la boucle !

L’economie circulaire est une solution qui connaît un succès croissant ces dernières années : le concept s’est propagé d’un petit cercle d’initiés à un nombre croissant d’entreprises et de citoyens.

Cependant, définir l’economie circulaire n’est pas chose aisée et il n’existe pas aujourd’hui de définition universelle. Chez Amundi, nous considérons que l’economie circulaire est un changement de modèle économique qui permet de produire des biens de consommation durables, tout en protégeant la nature – en lui laissant le temps de se régénérer – et en assurant le bien-être des individus.

Ce nouveau modèle économique se traduit par :

  • Une meilleure gestion et utilisation des ressources naturelles
  • Des biens conçus et produits pour durer
  • Des consommateurs informés des impacts environnementaux de leurs achats et qui consomment de manière raisonnée
  • Un système plus efficace de traitement des produits en fin de vie permettant d’obtenir davantage de matières premières secondaires.

Chaque étape de la production d’un produit doit donc être revue à la lumière de la définition mentionnée ci-dessus :

Figure 3 – L’economie circulaire propose un nouveau modèle économique qui redéfinit chacune des étapes de production d’un produit

Source: Amundi Asset Management

Les investisseurs ont un rôle clé à jouer dans la concrétisation de l’economie circulaire

En tant qu’investisseurs, la promotion de l’economie circulaire est non seulement une occasion de dissocier croissance économique et dégradation de l’environnement mais aussi une opportunité financière de stimuler l’innovation et la compétitivité. En effet, les recherches montrent que l’economie circulaire offre une opportunité économique de 4,5 trillions de dollars en réduisant les déchets, en stimulant l’innovation et en créant des emplois.  Les nouveaux modèles commerciaux axés sur la réutilisation, la réparation, le reconditionnement et les modèles de partage offrent également d’importantes possibilités d’innovation.

Pour que ces perspectives se concrétisent, les entreprises doivent repenser l’ensemble de leur modèle économique et de leur stratégie commerciale, ce qui nécessite le soutien des investisseurs.

En effet, dans une vision court-termiste, les entreprises ont intérêt à perpétuer le modèle linéaire, car leur chiffre d’affaires est basé sur la production et la vente à grande échelle. L’economie circulaire, en revanche, propose un nouveau modèle dans lequel le bien a été conçu pour durer et dans lequel sa longévité est essentielle. Cette longévité se traduit à nouveau par l’éco-conception, la réparabilité, la durabilité et la recyclabilité et nécessitera une redéfinition complète de la stratégie des entreprises. Ce changement n’est pas simple et ne peut certainement pas se produire du jour au lendemain. C’est le rôle des investisseurs de soutenir et encourager cette transition circulaire.

Nos recommandations aux entreprises pour le déploiement d’une stratégie circulaire

Pour encourager la circularité, les investisseurs doivent affuter leurs recommandations et partager les bonnes pratiques pour inspirer aux entreprises la volonté de changer de modèle. Cependant, il est important de relever qu’il n’existe pas de modèle circulaire unique, mais plutôt une multitude de systèmes qui fonctionnent ensemble pour créer une stratégie circulaire. Ainsi, il n’y a pas une recette unique pour transformer le business-model d’une entreprise en un modèle circulaire vertueux. Cette mise en garde faite, il y a tout de même un ingrédient commun à toutes les recettes : le concept de circularité doit être au cœur de la stratégie de l’entreprise.

Sur la base de notre travail de Recherche et de campagnes d’engagements menées avec les entreprises, nous avons détaillé, ci-dessous, les principales bonnes pratiques identifiées pour la mise en place d’un modèle circulaire.

La promotion de l’economie circulaire doit être portée par la Direction de l’entreprise

L’economie circulaire doit être fortement intégrée dans le modèle commercial de l’entreprise. Cela signifie que la circularité n’est pas simplement assimilée à la stratégie ESG générale, mais qu’elle est au centre de la stratégie et sous la supervision directe du PDG et du conseil d’administration. Les mises à jour de la stratégie d’economie circulaire doivent être présentées au conseil d’administration au moins une à deux fois par an.

La stratégie economie circulaire doit se traduire en objectifs clairs

Les entreprises doivent établir des engagements forts et clairs en matière d’economie circulaire et définir des objectifs quantitatifs.

De nombreuses entreprises développent des objectifs pour augmenter la recyclabilité des matériaux utilisés mais elles doivent également se concentrer sur l’augmentation de la quantité de contenu recyclé utilisé dans les nouveaux produits (c’est-à-dire commencer à considérer les produits et matériaux de seconde main comme de nouvelles ressources et non comme des déchets).

Les objectifs quantitatifs doivent également aller au-delà des objectifs basés sur les matériaux et se concentrer sur des objectifs de produits entièrement circulaires. Si la théorie est évidente pour de nombreux secteurs, la pratique peut se révéler plus compliquée car techniquement difficile ou coûteuse à mettre en œuvre.

Quoi qu’il en soit, ces théories ne deviendront une réalité que si les entreprises consacrent des ressources, humaines et financières, pour lever ces derniers freins. C’est pourquoi nous soutenons la mise en place d’objectifs quantitatifs en nombre de produits lorsque les solutions circulaires sont techniquement possibles et que nous soutenons également le développement d’objectifs de R&D/Capex pour allouer les ressources aux domaines qui nécessitent des innovations.

La réussite d’une stratégie economie circulaire dépend de la mobilisation de tout un chacun au sein de l’entreprise

Une véritable stratégie circulaire nécessite que toute l’entreprise soit mobilisée. Cela inclut les équipes internes, les équipes de conception, le départements des achats ainsi que les équipes de logistique, de vente et de marketing.

Nous recommandons des formations internes pour permettre aux employés d’intégrer les principes de circularité dans leur travail quotidien, mais aussi des formations techniques, par exemple, pour approfondir le concept d’éco-conception dans la phase de conception de produits ou de communication avec les clients afin qu’ils deviennent une partie prenante active dans le processus circulaire.

La circularité nécessite également une collaboration avec les parties prenantes externes, y compris les fournisseurs et les experts tiers. Les entreprises doivent s’assurer que les fournisseurs sont des partenaires dans cette révolution circulaire. Nous avons remarqué que des partenariats solides avec un noyau dur de fournisseurs de longue date aident les entreprises à mieux intégrer la circularité dans leurs activités. Pour les domaines où l’innovation technique est encore nécessaire, nous encourageons les entreprises à travailler avec leurs pairs, les experts en circularité et les ONG pour aborder collectivement ces problèmes et trouver des solutions.

La fin de vie des produits doit être pensée dès leur conception

Enfin, en ce qui concerne la fin de vie des produits, nous encourageons les entreprises à y penser dès le début (c’est une boucle après tout !). Concevoir un produit qui peut se désassembler afin de permettre la réparation et de récupérer les matières premières est essentiel pour donner le coup d’envoi de ce cycle circulaire.

Pour y parvenir, il faut prendre en compte un grand nombre d’éléments, notamment la recyclabilité et la longévité des composants individuels par rapport à la recyclabilité des produits dans leur ensemble. Il faut également tenir compte de la manière dont les produits et les composants sont collectés et de la manière dont ces matériaux sont réintégrés dans le système d’origine. Ce n’est certes pas une tâche facile, et ce d’autant plus qu’elle sera différente pour chaque matériau, produit, entreprise et secteur. Afin que ces étapes soient possibles, elles doivent être pensées dès le début, et non à la fin, par les équipes en charge de la conception du produit.

Conclusion

La véritable circularité est certainement plus facile en théorie qu’en pratique mais les impacts négatifs de notre modèle linéaire en font un modèle obsolète. Les entreprises doivent imaginer de nouvelles façons de produire, plus durables. La mise en place d’une stratégie circulaire répond à cet objectif et aidera les entreprises à atténuer leurs impacts négatifs sur l’environnement tout en étant compétitives.

Oui, des défis techniques existent, mais notre travail chez Amundi a montré que le déploiement de l’economie circulaire par les entreprises s’est accéléré au cours des dernières années et que des solutions techniques commencent à se généraliser pour passer du prototype à la production à plus grande échelle.

Ce sont finalement les entreprises ambitieuses dans l’adoption de stratégies circulaires qui sont les moteurs du changement et de l’innovation. Alors, nous osons dire aux entreprises : agissez maintenant !


Clause de non-responsabilité de l’AIR
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Comment investir dans l’anti-consumérisme

La crise climatique nous rattrape rapidement, et au cœur de cette crise se trouve le consumérisme. C’est la raison pour laquelle la planète a trop de plastique et de CO2, perd trop d’arbres, et utilise plus d’eau douce que la Terre ne peut en produire. Selon The World Counts, sur une échelle mondiale, nous avons besoin de l’équivalent de 1,8 planète Terre pour répondre à notre demande de ressources et absorber nos déchets.   

Si tous les habitants de la Terre consommaient au même rythme que les consommateurs occidentaux, nous aurions besoin de cinq Terres pour subvenir à nos besoins. Et le nombre de consommateurs augmente rapidement. D’ici à 2030, le nombre de consommateurs à l’échelle planétaire sera de 5,6 milliards, contre 4,3 milliards à l’heure actuelle. The World Counts définit un consommateur comme étant « quelqu’un capable d’acheter des biens et services au-delà de la satisfaction des besoins de base. Il s’agit plus précisément d’une personne disposant de plus de 10 $US par jour pour vivre – également dite de classe moyenne ». Si rien ne change, nous serons à court d’eau douce, et nous n’aurons plus d’arbres et de fruits de mer dans les 30 à 80 prochaines années.

Il n’est pas facile d’écrire sur l’anti-consumérisme et l’investissement responsable. Fondamentalement, le principe général de l’investissement consiste à acheter des entreprises qui selon vous connaîtront une croissance de leurs ventes, en augmentant la production des biens ou des services qu’elles vendent. Investir dans l’anti-consumérisme semble être un paradoxe. Alors où se situe l’intersection entre investissement et anti-consumérisme? Existe-t-il une intersection?

Le secteur technologique semble être un bon point de départ, bien que les grandes entreprises technologiques puissent difficilement être considérées comme étant anti-consommation.

Apple Inc. promeut son objectif d’être neutre en carbone d’ici 2030, et a le mérite d’avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre chaque année depuis 2015, mais leur activité principale consiste à produire et à vendre des téléphones, des tablettes et des ordinateurs. Par conséquent, ils ont émis 22,6 millions de tonnes métriques de gaz à effet de serre en 2020.

Alphabet Inc. (la société mère de Google) et Meta Platforms Inc. (propriétaire du service de médias sociaux Facebook) tirent la majeure partie de leur argent de la publicité, des publicités qui favorisent la consommation, tandis que l’activité d’Amazon.com Inc. repose principalement sur la consommation. Les grandes sociétés technologiques jouent évidemment un rôle important, et elles ont leur place dans certains portefeuilles IR, mais pas pour promouvoir l’anti-consumérisme. La plupart des fonds technologiques détiennent une combinaison de certains acteurs technologiques à très forte capitalisation, voire la totalité d’entre eux. Là encore, il est difficile d’investir dans une perspective anti-consumériste.

Qu’en est-il des entreprises du secteur de l’alimentation et de l’eau? La nourriture et l’eau sont, tout d’abord, des nécessités de base pour la survie de l’homme, donc les entreprises du secteur de l’alimentation et de l’eau répondent au moins aux besoins de l’homme, plutôt qu’à ses désirs.

Cela nous amène vers des entreprises telles que Xylem Inc, qui se concentre sur la création de « systèmes d’eau durables, efficaces et autonomes », en augmentant l’utilisation de la technologie et de l’analyse des données. Puis nous avons Halma plc, qui se présente comme étant « un groupe mondial de sociétés technologiques qui sauvent des vies » , comprenant un groupe de sociétés d’analyse et de traitement de l’eau. L’une d’entre elles est Hydreka, qui produit des équipements et des logiciels pour l’optimisation et la surveillance de l’eau. Helma (et ses filiales, comme Hydreka) est un composant du FNB iShares Global Water Index (TSX: CWW), qui suit l’indice S&P Global Water, offrant une exposition à « 50 sociétés du monde entier qui sont impliquées dans des activités liées à l’eau ».

En ce qui concerne les entreprises alimentaires, beaucoup sont liées à l’agriculture et aux engrais, mais on peut facilement soutenir qu’elles contribuent en réalité à la surconsommation, et c’est un fait qu’elles contribuent à d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Une étude de l’Université du Michigan a révélé que 10 à 30 % des émissions carbone d’un ménage proviennent de la nourriture, et, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, près de 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent de l’agriculture animale, dont 65 % du bœuf.

Ce que nous mangeons est important dans la lutte contre le changement climatique. Deux des plus grandes entreprises qui proposent des alternatives à la viande sont Beyond Meat Inc. et Impossible Foods. Beyond Meat est cotée en bourse mais ce n’est pas le cas d’Impossible Foods, je me concentrerai donc ici sur Beyond Meat.

L’ingrédient numéro un du produit « Beyond Burger » de Beyond Meat est la protéine de pois, dont la production entraîne des émissions de GES nettement inférieures à celles du bœuf. Selon Our World in Data, la production de 100 grammes de protéines de bœuf entraîne 50 kg d’émissions de GES, alors que 100 grammes de protéines de pois entraînent 0,44 kg d’émissions de GES.

Beyond Meat a demandé à l’Université du Michigan d’étudier le cycle de vie du Beyond Meat Burger et a constaté que « le Beyond Burger génère 90 % moins d’émissions de gaz à effet de serre, nécessite 46 % moins d’énergie, a >99 % moins d’impact sur la pénurie d’eau et 93 % moins d’impact sur l’utilisation des terres qu’un quart de livre de bœuf américain ». Le Fonds Desjardins SociéTerre Actions positives compte actuellement Beyond Meat parmi ses placements. Espérons que d’autres se joindront à Beyond Meat une fois que la société sera mieux établie.

Investir dans l’anti-consumérisme n’est pas facile, mais ce n’est pas impossible. En tant qu’investisseurs responsables, l’essentiel est de réfléchir à ce que produisent nos investissements et à comment ils favorisent le consumérisme, ou mieux encore, comment ils ne favorisent pas le consumérisme.


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Le parcours vers la carboneutralité sera circulaire

La nécessité d’atteindre nos objectifs de carboneutralité est au cœur des sujets qui retiennent l’attention des investisseurs à l’heure actuelle, et avec raison. Les changements climatiques sont sans doute la plus grande menace qui pèse sur notre société. J’emploie l’expression « sans doute », car la gravité d’une autre crise mondiale s’impose rapidement en tant qu’éventuelle menace plus directe et plus imminente; elle commencera assurément à occuper une place importante dans la conversation sur les facteurs ESG. Il s’agit de la crise de la biodiversité.

Mis à part la boucle de réaction que partagent ces deux enjeux (l’accélération des changements climatiques augmentera la perte de biodiversité et l’augmentation de la perte de biodiversité nuira à notre capacité d’atténuer les risques liés au climat), ils ont également ceci en commun : ils sont insurmontables à moins d’adhérer aux principes de la circularité.

Le concept de la circularité est plutôt simple. Il repose sur trois principes de base : éliminer les déchets et la pollution, conserver les produits et les matériaux en usage, et régénérer les systèmes naturels. Voilà les principes qui régissent le monde naturel.

Le problème est que notre modèle économique actuel est essentiellement linéaire. Nous récoltons une ressource naturelle, nous en fabriquons quelque chose et lorsque nous n’en avons plus besoin, nous jetons cette chose. Les exceptions à ce modèle tendent à confirmer la règle : la plupart des produits que nous créons sont destinés à un site d’enfouissement ou à un incinérateur, ou sont dispersés dans l’environnement sous forme de pollution. Songez à la prolifération des plastiques dans les océans; on s’attend à ce que d’ici 2050, il y ait plus de plastique dans nos océans que de poissons. Si quelqu’un se demande si nous sommes réellement en situation de crise de la biodiversité, les données à elles seules devraient dissiper tout doute.

Du point de vue économique, la valeur à la fin de la vie linéaire d’un produit est nulle. Plus précisément, il s’agit d’une valeur négative, car il y a habituellement un coût associé à l’élimination adéquate. Toute la valeur intégrée au produit – de l’extraction à la conception à la fabrication – disparaît. Le modèle économique circulaire implique de repenser la conception des produits et de leurs composantes afin de réduire la consommation de ressources et l’utilisation de produits chimiques nocifs, en maintenant leur valeur maximale pendant la plus longue période possible au moyen de pratiques durables, de la réutilisation et de la réparation, pour ultimement régénérer le capital naturel. Selon le comité d’experts sur l’économie circulaire au Canada, à l’heure actuelle, notre économie n’est circulaire qu’à hauteur de 6,1 %. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire.

Notre approche à l’égard des risques liés aux changements climatiques et à la biodiversité a également été linéaire : un prolongement inconscient de notre économie actuelle qui consiste à récolter, à fabriquer et à éliminer. Prenons la volonté de décarboniser notre système énergétique et de remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables. L’approche ne révolutionne pas les façons de faire établies – nous remplaçons tout simplement les intrants. De toute évidence, la familiarité, c’est justement ce qui rend l’approche intéressante. Sans sous-estimer l’ampleur de l’innovation réalisée à ce jour, force est d’admettre que cette innovation s’opère dans les limites d’un modèle économique que nous comprenons et avec lequel nous sommes à l’aise.

Amazon se prête à une étude de cas. La société a pour objectif une livraison neutre en carbone d’ici 2030, et sa récente entente avec le fabricant de camions électriques Rivian visant 100 000 fourgonnettes ne constitue que le début de cette transformation. Presque tous les grands constructeurs automobiles comprennent ce qui les attend et bon nombre d’entre eux promettant d’offrir des véhicules 100 % zéro émission d’ici les 15 prochaines années. De même, la volonté de décarboniser nos réseaux électriques au moyen du passage aux énergies renouvelables est un engagement de base des entreprises et des gouvernements. À première vue, ces engagements et ces cibles témoignent d’excellents progrès et nous en avons besoin. Mais leur logique demeure fondée sur le modèle économique linéaire et c’est là que doit se faire l’évolution.

Selon la Fondation Ellen MacArthur, un groupe qui s’est donné pour mission d’accélérer la construction d’une économie circulaire, la décarbonisation de notre système énergétique ne nous permettra d’atteindre que 55 % de notre objectif zéro net d’ici 2050. Les 45 % restants sont liés au carbone intégré dans la production de matériaux, de produits et d’aliments, et dans la gestion des terres. Autrement dit, en l’absence de changement dans la façon dont nous produisons les choses, un réseau 100 % sans carbone et un monde où ne circulent que des véhicules zéro émission nous amèneront seulement à mi-chemin du parcours vers l’objectif. Pour ce qui est d’Amazon, qu’arriverait-il si l’entreprise devenait un canal de réparation et de réutilisation, permettant aux consommateurs de prolonger la durée de vie d’un produit? Qu’arriverait-il si elle allait au-delà de la question de ses propres emballages, ce qui est important, et qu’elle abordait les répercussions en amont et concevait des plans de fin de vie pour les produits qu’elle expédie? Qu’arriverait-il si l’entreprise s’engageait non seulement à l’égard d’un bilan zéro émissions nettes, mais également à l’égard d’une politique zéro déchet? Amazon prend des mesures en ce sens et est désormais membre de la Fondation Ellen MacArthur. C’est une bonne chose.

De toute façon, un modèle économique circulaire pourrait nous être imposé, car notre approche de décarbonisation linéaire montre déjà des failles en raison des contraintes de ressources. La transition vers les véhicules électriques, le stockage d’énergie à grande échelle, les parcs solaires et éoliens et la progression de l’économie numérique en général représentent une croissance exponentielle de la demande de minéraux clés. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), une voiture électrique type nécessite six fois plus de ressources minérales qu’une voiture traditionnelle; un parc éolien terrestre nécessite neuf fois plus de ressources minérales qu’une centrale au gaz. Selon le scénario de développement durable de l’AIE, la demande de lithium est multipliée par 40, et celle du graphite, du cobalt et du nickel, par 25. La demande de cuivre augmente quant à elle de plus du double.

Les répercussions sur la biodiversité, la sécurité de l’eau et les droits des Autochtones et des collectivités de la croissance effrénée du secteur minier visant à répondre à cette demande devraient être suffisantes pour nous amener à repenser notre approche. Même si nous étions prêts à revivre les erreurs du passé, il est peu probable que nous puissions répondre à cette demande uniquement par l’exploitation minière. La disponibilité des ressources finira par nous arrêter. La dure vérité de l’offre et de la demande laisse entrevoir une tendance circulaire.

La nature nébuleuse de l’économie circulaire constitue un défi de taille pour le milieu des placements. Elle ne peut pas se résumer à des mesures simples comme des tonnes d’émissions de CO2. De plus, le principe présente certains des défis systémiques que les investisseurs ont eu beaucoup de mal à relever dans d’autres domaines. La promesse d’une économie circulaire exige un changement systémique, des politiques et règlements gouvernementaux à l’établissement de normes sectorielles, en passant par la création d’un écosystème commercial circulaire. Les investisseurs ont jusqu’à présent eu du mal à aborder les enjeux systémiques, et les changements climatiques nous forcent maintenant à réfléchir en fonction des systèmes. Cela dit, le moment est peut-être opportun.

Malgré les difficultés inhérentes, la circularité recèle des occasions d’affaires. Selon Accenture, la transition vers une économie circulaire pourrait générer une production économique annuelle de l’ordre de 4,5 billions de dollars américains d’ici 2030. Une étude réalisée par l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement auprès de 222 sociétés européennes de 14 secteurs révèle que plus une société devient circulaire, plus le risque de défaut de paiement sur sa dette diminue sur des horizons d’un an et de cinq ans. L’économie circulaire comporte à la fois un volet offensif et un volet défensif. Par où commencer?

Il serait utile de définir les bonnes mesures; si nous n’avons pas encore atteint la fatigue liée au cadre ESG, nous nous en rapprochons certainement. Le moment est peut-être mal choisi pour proposer la création d’un « groupe de travail sur les divulgations financières liées à la circularité » (les violations de marques de commerce à elles seules devraient nous mettre en garde). Mais je ne crois pas que ce soit nécessaire.

Heureusement, la terminologie de l’économie circulaire se prête bien au monde des facteurs ESG. Tout repose sur les flux de matériaux, les ressources et les intrants énergétiques, les risques liés à la chaîne d’approvisionnement et l’innovation des modèles d’affaires. Alors que nous nous dirigeons vers la normalisation des cadres ESG (nous pouvons remercier le Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité), les investisseurs doivent s’assurer que les mesures de la circularité sont à l’avant-plan. Le secteur bancaire devrait être un allié naturel à cet égard. Dans le cadre des efforts visant à harmoniser les portefeuilles de prêts et les produits financiers avec un avenir net zéro, les investisseurs devraient demander aux banques de mesurer activement, de divulguer et de fixer des cibles pour l’économie circulaire. Nous devrions veiller à ce que les engagements du secteur financier visant à stimuler la croissance des technologies à faible intensité carbone incitent également ces secteurs de croissance à adopter la circularité.

Le plastique est un autre segment propice à l’économie circulaire. Le Pacte canadien sur les plastiques (PCP) constitue une initiative importante à laquelle les investisseurs devraient adhérer et ceux-ci devraient encourager les sociétés de leur portefeuille à en faire autant. Le PCP est une collaboration entre plusieurs intervenants qui réunit des entreprises, des gouvernements, des ONG et d’autres acteurs clés de la chaîne de valeur du plastique qui travaillent ensemble vers l’atteinte d’un ensemble de cibles exploitables pour 2025, comme augmenter le taux de recyclage du plastique, d’un faible 9 % à l’heure actuelle à 50 %; atteindre un contenu recyclé de 30 % pour tous les emballages en plastique; et s’assurer que tous les emballages en plastique sont conçus pour être réutilisables, recyclables ou compostables. Les investisseurs devraient encourager les sociétés de leur portefeuille à adhérer au PCP afin de constituer la masse critique nécessaire pour provoquer des changements au niveau des systèmes.

Il existe de nombreuses autres occasions d’intégrer le concept de la circularité à notre réflexion. Circular Economy Leadership Canada fournit un leadership éclairé, une expertise technique et des plateformes de collaboration pour accélérer la transition vers une économie circulaire au Canada, et il s’agit d’une excellente ressource que nous devrions tous utiliser et soutenir. La circularité est un sujet naissant en matière d’investissement et d’engagement, mais elle cadre parfaitement avec les efforts vers un bilan net zéro et l’urgence de contrer la perte de biodiversité. Si vous sentez qu’il manque quelque chose à bon nombre des engagements en faveur d’un bilan net zéro et de la biodiversité actuellement formulés, c’est le cas, il manque la circularité. Il s’agit d’un sujet dont nous n’avons pas suffisamment parlé, mais nous devons vraiment commencer.


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Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Les émissions de portée 3 : La prochaine frontière des engagements relatifs au climat

Dans un rapport récent du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), on trouve un reflet troublant de notre réalité environnementale actuelle et future, et l’appel à l’action est clair : le monde doit atteindre l’objectif de zéro émission nette, et ce, rapidement. Pour les entreprises et les investisseurs, la voie à suivre exige d’aller bien au-delà des émissions opérationnelles (émissions de portée 1 et 2) et d’adopter une stratégie qui tient aussi compte des émissions générées dans l’ensemble de la chaîne de valeur (émissions de portée 3).

Dans le cadre du protocole des gaz à effet de serre, les émissions de portée 3 peuvent être divisées en 15 catégories, les deux catégories les plus importantes étant la catégorie 1 (biens et services achetés) et la catégorie 11 (utilisation de produits vendus). Malheureusement, les rapports sur les émissions de portée 3 sont peu fiables.

En date d’août 2021, seulement 40 % des entreprises de l’indice MSCI Monde tous pays (MSCI Monde TP) déclaraient une certaine quantité d’émissions de portée 3, contre 65 % pour celles de portée 1 et 2. La grande majorité des données ne tiennent pas compte de toutes les catégories de la portée 3. La capacité de brosser un portrait précis des émissions de portée 3 réelles d’une entreprise est donc limitée. Ce défi peut découler de plusieurs facteurs, comme la difficulté à recueillir des données exactes sur les émissions de portée 3, la volonté d’éviter une éventuelle double comptabilisation et le sentiment général selon lequel les émissions de portée 3 ne devraient pas être la responsabilité d’une entreprise.

Compte tenu de ces lacunes dans les données et de l’incertitude des entreprises, les investisseurs ont d’importantes occasions d’intensifier leurs efforts en matière d’engagement envers le climat et de s’attaquer à ce problème avec plus de rigueur.

Les secteurs qui passent inaperçus

Habituellement, lorsque les investisseurs mobilisent les émetteurs à l’égard des changements climatiques, ils mettent l’accent sur les secteurs traditionnellement considérés comme produisant des émissions élevées, comme le pétrole, le gaz et les services publics. Toutefois, en ce qui concerne les émissions de portée 3, ils doivent également être conscients des risques que posent certains secteurs qui passent inaperçus, comme celui de la technologie.

Selon des modèles d’estimation des émissions de portée 3, ces dernières représentaient 92 % de l’ensemble des émissions des entreprises de l’indice MSCI Monde Technologies de l’information, contre 87 % pour les entreprises de l’indice MSCI Monde Énergie. Pour mettre les choses en perspective, dans le cadre de l’initiative des objectifs fondés sur des données scientifiques, les entreprises qui fixent ce type d’objectifs doivent inclure les émissions de portée 3 si celles-ci représentent plus de 40 % de leurs émissions de portée 1, 2 et 3 combinées.

Il est important que les investisseurs comprennent d’où proviennent ces émissions de portée 3. Dans le secteur de la technologie, ces émissions sont liées au réseau fournissant l’électricité qui alimente les produits devenus omniprésents dans la vie quotidienne. Le réseau du Canada est considéré comme l’un des plus propres au monde. L’électricité provient principalement de sources non émettrices, comme l’hydroélectricité ainsi que l’énergie nucléaire, solaire et éolienne, tandis qu’environ 20 % proviennent de sources émettrices de carbone, comme le charbon, le pétrole et le gaz.

Toutefois, l’électricité produite à partir de combustibles fossiles représente 63 % du total mondial et le charbon en est la principale source (37 %). Ainsi, chaque fois qu’une personne branche son téléphone pour le recharger, ouvre une session de télétravail ou branche son véhicule électrique, l’électricité qu’elle utilise peut représenter une source importante d’émissions de gaz à effet de serre.

L’incidence des émissions de portée 3 sur les portefeuilles

Les entreprises dont la majeure partie des émissions de portée 3 se retrouvent dans la catégorie 11 (utilisation de produits vendus) font face à des risques liés à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, soit parce que les clients passent à des produits à faibles émissions, soit parce que les taxes sur le carbone sont plus élevées, ce qui peut influer sur leurs flux de trésorerie. De même, les entreprises dont la majeure partie des émissions de portée 3 font partie de la catégorie 1 (biens et services achetés) pourraient également composer avec des contraintes de flux de trésorerie en raison de l’augmentation des coûts d’approvisionnement.

Bien que les émissions de portée 3 aient toujours été difficiles à quantifier et à mesurer, plusieurs nouveaux outils existent aujourd’hui pour faciliter l’analyse des entreprises et des portefeuilles, y compris des modèles d’estimation raffinés pour les émissions de portée 3. Même si ces méthodes évoluent et s’améliorent toujours, elles peuvent permettre aux investisseurs de comparer les entreprises d’un même secteur et d’une même région, ce qui les aide à mieux déterminer les entreprises sur lesquelles concentrer leurs efforts en matière d’engagement envers le climat.

Encourager la communication, une première étape essentielle

Peu importe le secteur, encourager la communication sur les émissions de portée 3 représente une première étape essentielle pour les entreprises qui ne mesurent pas ces émissions ou ne produisent pas de rapports à ce sujet à l’heure actuelle. Quant aux entreprises qui rendent compte de ces émissions, les investisseurs peuvent également examiner les catégories des émissions de portée 3 qui sont incluses et essayer de comprendre les difficultés auxquelles ces entreprises ont fait face relativement à la production de ces données.

La transparence en matière d’émissions n’est pas le seul levier qui favorise l’engagement. Les investisseurs peuvent aussi chercher des renseignements sur la façon dont les entreprises prévoient réduire les émissions de portée 3 au fil du temps. Ils peuvent se renseigner auprès des entreprises émettrices au sujet des pratiques de gestion, qu’il s’agisse d’un constructeur automobile qui fabrique des véhicules moins énergivores, d’un fabricant de technologies qui réduit l’intensité énergétique de son matériel ou d’un raffineur qui collabore avec ses fournisseurs.

Au fil du temps, nous croyons que les habitudes de consommation favoriseront les produits qui ont une empreinte carbone globale plus faible et que la production rattrapera graduellement cette demande. Entre-temps, toutes les entreprises ont la responsabilité collective de comprendre leurs émissions de portée 3, tandis que les investisseurs sont responsables d’encourager les entreprises à prendre des mesures concrètes pour réduire leur empreinte.

Clause de non-responsabilité de l’AIR
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

La gestion de la chaîne d’approvisionnement, moteur de la durabilité

À travers le monde, les chaînes d’approvisionnement de la vente au détail jouent un rôle clé dans la résolution de problèmes environnementaux et sociaux tels que les émissions de carbone, la pollution, les pénuries d’eau, la déforestation, la violation des droits des travailleurs, la santé et sécurité des travailleurs, et plus encore.

Les chaînes d’approvisionnement, par leur nature, sont un réseau vaste et complexe de fournisseurs qui sont fortement interdépendants et interconnectés. Dans une grande société, chaque fournisseur peut avoir besoin de la contribution de milliers de fournisseurs sous-traitants. Plus la chaîne d’approvisionnement est complexe, plus une organisation est vulnérable aux incertitudes et aux risques cachés, selon l’endroit où elle exerce ses activités et les sous-secteurs dans lesquels elle exerce ses activités.

Pourtant, selon le rapport d’Evocadis, 2019 Sustainable Procurement Barometer : From Compliance to Performance, seulement 38 % des grandes multinationales évaluent leurs partenaires annuellement. Il n’est donc pas surprenant que le Pacte mondial des Nations Unies ait désigné les pratiques de gestion de la chaîne d’approvisionnement comme le principal obstacle à la durabilité.

Cette situation devrait préoccuper tant les investisseurs que les conseillers. Une mauvaise gestion de la chaîne d’approvisionnement a une incidence sur le rendement en matière de durabilité, ce qui réduit le potentiel de croissance future d’une entreprise. Si les entreprises de commerce de détail veulent continuer à exercer leurs activités avec succès, elles devront faire preuve de plus de transparence et rendre compte des activités de leurs chaînes d’approvisionnement, surtout si elles espèrent continuer à compter sur le soutien des clients, des investisseurs et des organismes de réglementation.

Quelle incidence les chaînes d’approvisionnement du secteur de la vente au détail ont-elles sur les enjeux ESG?

En moyenne, l’effet néfaste sur l’environnement des chaînes d’approvisionnement du commerce de détail est plus important que celui des activités de l’entreprise. Selon McKinsey & Company, les chaînes d’approvisionnement sont responsables de plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre et de plus de 90 % de la détérioration de la qualité de l’air, des terres, de l’eau et des ressources géologiques.

Nombreuses sont les sociétés qui ne font pas la preuve de diligence raisonnable adéquate quant aux enjeux sociaux, notamment les droits de l’homme, à l’égard de leurs chaînes d’approvisionnement, conformément aux Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Aujourd’hui, on estime que 24,9 millions de personnes dans le monde sont victimes du travail forcé, lequel génère des profits illégaux de 150 milliards de dollars dans le secteur privé, selon KnowTheChain, une ressource en ligne dénonçant le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans les seules industries de la chaussure et du vêtement, 54 % des sociétés ont fait l’objet d’accusations selon lesquelles leurs chaînes d’approvisionnement font intervenir des victimes du travail forcé.

La pandémie n’a fait qu’exacerber ces problèmes, mettant en lumière les faiblesses des chaînes d’approvisionnement exposées par la pénurie de main-d’œuvre, les problèmes logistiques et les retards d’approvisionnement. Ultimement, les défis posés par la pandémie de COVID-19 ont mis en évidence le fait qu’une société est aussi forte que son fournisseur le plus vulnérable. Pour atténuer les répercussions environnementales et sociales des chaînes d’approvisionnement, les sociétés, en particulier dans le secteur du commerce de détail, doivent leur prêter plus d’attention.

Pourquoi les investisseurs devraient-ils se préoccuper des enjeux liés aux chaînes d’approvisionnement?

Au niveau le plus fondamental, les investisseurs devraient se préoccuper des problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement, car une mauvaise gestion peut donner lieu à des violations des droits de l’homme et des normes environnementales. D’une part, il y a les perspectives financières : l’incapacité à gérer efficacement les aspects environnementaux et sociaux des chaînes d’approvisionnement peut entraîner des contrôles réglementaires accrus, ainsi que d’importantes pertes financières et un risque d’atteinte à la réputation. Essentiellement, une fois que les entreprises perdent la confiance de leurs clients, elles perdent leur valeur de marque. Autrement dit, une mauvaise gestion de la chaîne d’approvisionnement constitue un risque financier pour les investisseurs.

D’autre part, les entreprises qui mettent en place des mesures rigoureuses concernant leurs chaînes d’approvisionnement pour réduire les incidents de pollution, leur empreinte environnementale et accroître leur efficacité générale constateront un accroissement de leur rendement global sur le plan environnemental. Ces sociétés feront preuve d’une plus grande résilience financière vis-à-vis des investisseurs et seront plus susceptibles de croître à court, moyen et à long terme. 

L’exemple de certaines sociétés

L’une des meilleures façons d’apprendre consiste à observer ceux qui sont en tête de liste. On y retrouve  l’initiative « 1.5 °C Supply Chain Leaders », une coalition composée de grandes sociétés telles que Ikea, Microsoft et Unilever. La coalition encourage les petites et moyennes entreprises (PME) à réduire leurs émissions, ce qui aidera les grandes entreprises à atteindre leur objectif d’élimination complète des émissions. Sur son portail « SME climate HUB », la coalition fournit des ressources et des outils gratuits pour aider les fournisseurs à adopter des pratiques commerciales plus durables.

Les efforts plus récents d’Ikea, l’un des partenaires fondateurs de l’initiative, pour contrer la culture du jetable à l’aide du « re-commerce » ou « commerce de rachat », en font un chef de file à part entière. En août 2021, la société a commencé à tester un programme de rachat et de revente de meubles aux États-Unis, dans l’espoir de mettre en place ce service de façon permanente dans tous ses magasins au pays. Alors que l’économie circulaire prend racine à l’échelle mondiale, les détaillants doivent tenir compte de la durabilité dans l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement.

Chez Desjardins Gestion internationale d’actifs, nous avons notre propre rôle à jouer en tant qu’investisseur. Nous devons comprendre et évaluer les principaux risques environnementaux et sociaux associés aux chaînes d’approvisionnement et inviter les entreprises à participer à la conversation sur la façon dont elles peuvent améliorer la diligence raisonnable dont elles font preuve à l’égard de leurs chaînes d’approvisionnement.

Quelles sont les conséquences sur l’avenir?

Les consommateurs accordent de plus en plus de valeur à la traçabilité, la transparence et la durabilité de la part des marques auprès desquelles ils dépensent leur argent durement gagné. De son côté, le secteur de l’investissement utilisera le dialogue, les propositions d’actionnaires et la collaboration pour exiger un engagement plus important concernant les chaînes d’approvisionnement. Le secteur du commerce de détail ne sera plus en mesure de minimiser ou d’éviter l’examen de ses pratiques concernant ses chaînes d’approvisionnement. Pour les entreprises qui contrôlent déjà de près leurs chaînes d’approvisionnement, ce sera une occasion de briller. À l’inverse, les entreprises qui ont du retard en la matière auront plus de difficultés à faire abstraction de leur rendement environnemental et social.

Clause de non-responsabilité de l’AIR
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

L’approche indicielle pour intégrer l’ESG dans le processus d’investissement

Oscar Wilde – « … l’indicible à la poursuite de l’immangeable. »

L’investissement responsable (IR), qui était autrefois une considération secondaire ou tertiaire, est aujourd’hui devenu le thème central de la gestion des investissements. Plus de 3000 gestionnaires d’actifs ont signé les Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies. Les rapports de Deloitte et de PWC prévoient que les gestionnaires d’actifs nord-américains se conformeront rapidement à une discipline d’investissement responsable. Le secteur nord-américain de la gestion d’actifs, et plus particulièrement les États-Unis, a l’influence et le pouvoir d’apporter des améliorations significatives en matière de changement climatique, de diversité, d’égalité et d’inclusion, ainsi que d’autres aspects importants qui définissent notre monde.

L’investissement responsable n’est pas un concept défini, mais plutôt un large spectre avec de nombreuses approches différentes, qui peuvent prêter à confusion. Le fait d’écarter les secteurs ou les entreprises indésirables annule tout progrès qui pourrait être réalisé par un engagement actif ou un vote par procuration. L’inclusion positive peut donner lieu à un ensemble d’opportunités restreint, produisant une erreur de réplication importante, ce qui rend difficile la réalisation des objectifs d’investissement.

Le principe unificateur simple dans toutes les approches est le désir d’affecter le capital d’une manière propre et responsable, mais toute personne ayant des obligations fiduciaires doit très soigneusement considérer les ramifications. McCarthy Tetrault a écrit un article détaillé décrivant les obligations que les fiduciaires doivent remplir lors de la mise en œuvre de l’IR dans le cadre de leurs mandats d’investissement. Les auteurs ont conclu que les approches ESG peuvent être les plus appropriées, car elles peuvent minimiser les contraintes qui empêchent d’atteindre les taux de rendement requis.

Comment les investisseurs peuvent-ils faire preuve de diligence raisonnable pour évaluer où les gestionnaires obtiennent leurs données, le degré d’intégration de ces données dans les processus d’investissement des gestionnaires et la mesure dans laquelle les informations influenceront la sélection des titres?  Il s’agit d’une tâche monumentale qui pourrait être simplifiée par l’utilisation de données plus transparentes et plus cohérentes pour une diligence raisonnable plus approfondie.

Les principaux fournisseurs d’indices ont de solides références en matière d’IR/ESG, combinant leur expertise en matière d’IR/ESG avec leurs méthodologies d’indices de référence étendues. Contrairement aux gestionnaires actifs, les fournisseurs d’indices proposent des stratégies cohérentes et transparentes fondées sur des règles qui peuvent être appliquées uniformément dans toutes les régions et classes d’actifs, créant ainsi une politique cohérente permettant aux investisseurs de diriger leur capital de manière responsable.

En outre, les expositions ESG basées sur un indice fournissent une base solide aux fiduciaires pour évaluer comment toute amélioration de l’exposition peut influencer la performance des investissements. Pour les propriétaires d’actifs effectuant des études actif-passif, il s’agit d’une considération majeure, car un ensemble de données d’indice ESG, tiré de son indice parentbêta large, est très susceptible d’être très représentatif de l’ensemble des opportunités économiques dans l’économie.

Plusieurs grands régimes de retraite, notamment le régime Ilmarinen en Finlande, ont alloué des actifs importants aux stratégies ESG indicielles, motivés par leurs règles transparentes, leur diversification et leur facilité d’exécution. Dans d’autres cas, les institutions ont utilisé des repères de politique ESG afin de pouvoir aligner leur allocation de capital sur leurs objectifs.

Dans un secteur concurrentiel, il n’est pas surprenant que l’ESG offre une nouvelle occasion de critiquer la simplicité attrayante que l’indexation apporte à la gestion des investissements. Mis à part le débat Actif versus Indice, les critiques de l’Indexation ESG sont-elles valables ?  Il est important de les évaluer pour mesurer leur pertinence :

1. Des méthodologies diverses entraînent des scores ESG incohérents

Que les stratégies d’IR/ESG soient actives ou indicielles, il existe de nombreuses approches différentes. Avant de formuler une critique, il faut reconnaître que la diversité est inévitable dans une discipline qui n’a pas de définition universelle.

Les différents scores impliquent-ils une faiblesse ou éclairent-ils des domaines où une évaluation plus approfondie est justifiée?  Fait intéressant, il n’y a que 60 % de corrélation entre les fournisseurs d’indices sur les scores ESG des entreprises, d’où la critique (Rapport sur les tendances, les risques et les vulnérabilités de l’ESMA, J Mazzacurati, 2021). En revanche, il existe une corrélation de 99 % entre les agences de crédit notant les obligations, ce qui a fait fureur pendant la crise du crédit.

La notation IR/ESG comprend bien plus de points de données que la notation des obligations, il va donc de soi qu’il y aurait une dispersion entre les différentes agences de notation, qu’il s’agisse de fournisseurs de données ou de sociétés d’indexation. L’évaluation indépendante ne doit pas être valorisée dans un domaine, mais dénigrée dans un autre.

Il est important de reconnaître que les investisseurs qui nomment des gestionnaires actifs dans différentes classes d’actifs et régions se retrouveront avec un portefeuille en patchwork aux méthodologies incohérentes. En revanche, une approche indicielle assure une cohérence dans l’ensemble du portefeuille, une politique d’IR/ESG plus robuste et uniforme et un modèle d’investissement pour les mesures actif-passif.

2. Les scores ESG agrégés masquent la pertinence des scores des entreprises

Si certains investisseurs choisissent d’acheter des entreprises individuelles pour s’exposer à leurs propres risques, la plupart achètent des portefeuilles dans des ETF ou des fonds communs. À ce titre, ils examinent les caractéristiques des portefeuilles comme le bêta, le ratio de Sharpe, l’erreur de réplication, etc.

En outre, les études continuent de confirmer les conclusions de Brinson, Hood & Beebouwer (Determinants of Portfolio Performance, 1986) qui minimisent l’importance de la sélection des titres en tant que facteur déterminant pour atteindre les objectifs à long terme. De ce point de vue, un indice présentant une erreur de réplication minimale devrait avoir des caractéristiques de bêta et de ratio de Sharpe très similaires à celles de son indice parent, tout en obtenant des scores ESG nettement meilleurs, indépendamment des anomalies qui peuvent se produire au niveau des entreprises.

Si les progrès sont réalisés par paliers, les indices ESG fournissent une mesure cohérente et transparente permettant de contrôler si, dans l’ensemble, le capital est affecté de manière responsable.

3. Les investisseurs passifs peuvent choisir d’ignorer les constituants indésirables

Les critiques ont suggéré que les investisseurs passifs, comme les fournisseurs de FNB, devraient choisir de ne pas inclure les entreprises indésirables, en passant outre la construction de l’indice, dans un effort pour répondre aux attentes de l’IR/ESG.

Ces commentaires ne tiennent pas compte du fait que les investisseurs passifs qui fournissent des expositions à un indice ne peuvent pas exclure unilatéralement des entreprises, tout en facturant des frais de gestion pour répliquer ledit indice. Cela créerait une erreur de réplication, ce qui soulèverait des questions fiduciaires et pourrait être considéré comme une fausse déclaration.

Les fournisseurs d’indices d’IR/ESG mesurent, classent et pondèrent les entreprises lorsqu’ils construisent des expositions de référence investissables. Cela permet de nettoyer le capital, mais aussi de maintenir une thèse d’investissement forte.

Conclusion

L’investissement responsable ou ESG est l’une des choses les plus difficiles à intégrer dans le processus d’investissement pour les investisseurs, grands et petits. Des connaissances très techniques sont nécessaires pour passer au crible des myriades de données sur les considérations environnementales, sociales et de gouvernance, qui nécessitent un suivi, une mesure et une évaluation continus. L’exclusion est facile, mais c’est un outil terne qui empêche les investisseurs activistes d’exercer une influence positive pour le changement.

Les investisseurs souhaitant présenter leur propre gouvernance, démontrant qu’ils ont respecté les principes d’investissement fondamentaux tout en allouant leur capital de manière responsable, devraient envisager d’utiliser un indice ESG. En l’absence d’une méthode empirique, l’essence de ce que l’IR/ESG s’efforce d’atteindre peut être évaluée avec plus de précision grâce à des méthodologies d’indexation explicites et cohérentes. Un indice peut fournir une empreinte carbone plus faible, des scores sociaux et de gouvernance plus élevés et un écran de gestion des risques solide pour améliorer le capital investi.

Clause de non-responsabilité du contributeur
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