Une gestion active des placements dans les obligations de sociétés traditionnelles peut susciter d’importants changements sociaux

Il ne fait aucun doute que la société s’attend à ce que le secteur des placements et les marchés financiers affectent les capitaux de façon responsable pour contribuer à régler certains problèmes cruciaux. Certes, les investisseurs boursiers ont davantage d’influence sur la manière d’agir des entreprises en raison de leur droit de parole et du vote par procuration. Cependant, les investisseurs obligataires jouent un rôle de premier plan dans la mobilisation de capitaux et ils peuvent donc influencer aussi les stratégies d’affaires.

En général, les sociétés tendent à émettre des titres d’emprunt, comme les obligations, plus fréquemment que des titres de capitaux propres. Par conséquent, les équipes de direction des entreprises tentent souvent de convaincre les investisseurs d’acheter leurs obligations. Même si les participants au marché du crédit n’ont pas accès au vote par procuration, ils peuvent s’avérer des acteurs clés dans la réalisation de changements positifs.

Récemment, différentes formes d’obligations « responsables » ont connu un essor. On les nomme par exemple obligations vertes, obligations sociales ou obligations liées au développement durable (ou simplement obligations durables). Pour les investisseurs, elles semblent répondre au besoin de participer à un changement positif. Les obligations responsables agissent certainement en ce sens, mais il existe un argument de taille, à savoir que les acheteurs d’obligations traditionnelles peuvent faire encore plus bouger les choses en interagissant activement avec les entreprises et en demandant des changements.

Obligations responsables : un aperçu

Comme les enjeux environnementaux, sociaux et liés à la gouvernance (ESG) prennent de plus en plus d’importance sur les marchés financiers du monde, les investisseurs institutionnels, leurs clients ainsi que leurs bénéficiaires réclament que les entreprises en fassent davantage dans ce domaine. La création d’obligations de sociétés renfermant des clauses qui exigent certains comportements souhaitables dans le cadre des enjeux ESG a constitué une avancée essentielle.

Les premières formes d’obligations responsables, comme les obligations vertes et sociales, comportent des clauses qui encadrent l’utilisation des sommes recueillies. Cela permet de garantir aux investisseurs qu’ils ont contribué à faire changer les choses, puisque les capitaux mobilisés serviront à des projets aux retombées favorables. Les émissions d’obligations vertes et d’obligations sociales continuent de croître à l’échelle mondiale et la tendance, espérons-le, devrait se poursuivre.   

Influence sur la stratégie d’entreprise : avoir une vision plus large

Les obligations vertes ou sociales ne peuvent influencer les agissements des entreprises qu’en ce qui a trait au produit découlant de leur émission. Prenons l’exemple d’une société énergétique qui utilise le charbon et qui possède une dette de 20 milliards $. Elle met en circulation une obligation verte pour lever 500 millions $ à investir dans une petite turbine éolienne, ce qui constitue une amélioration d’envergure limitée par rapport à l’ensemble de ses activités. Pendant ce temps, l’entreprise continue d’investir le produit, plus élevé, de ses obligations traditionnelles dans le maintien de ses activités normales.

Si les investisseurs actifs misant sur les fondamentaux qui détiennent les 20 milliards $ d’obligations traditionnelles décident de présenter des demandes à la direction de l’entreprise, ils bénéficient d’un puissant bras de levier pour militer en faveur de l’adoption d’une stratégie globale plus responsable.

Il s’agit peut-être d’un exemple extrême, mais la plupart des obligations vertes ou sociales sont, dans les faits, des émissions uniques qui forment seulement une petite partie du profil financier de l’émetteur. Bref, même si les obligations vertes ou sociales peuvent être une source de changement positif, les détenteurs d’obligations traditionnelles qui s’engagent réellement ont la capacité de faire bouger les choses encore plus.

Obligations liées au développement durable : une solution novatrice

Récemment, les obligations durables ont gagné en popularité. Elles comportent des clauses qui incitent les entreprises à atteindre des mesures de rendement précises, en prévoyant une augmentation du coût des capitaux empruntés si elles n’y parviennent pas. Dans le cas des obligations vertes et sociales, seul le produit de l’émission engendre des retombées positives. En revanche, les obligations durables ont le potentiel d’influencer directement les comportements et les objectifs de l’entreprise dans leur ensemble. Même si les obligations durables sont relativement nouvelles et que le nombre d’émissions mises en circulation à ce jour est limité, elles constituent une grande innovation et ajoutent une corde de plus à l’arc des investisseurs obligataires désireux de voir des changements.

À mesure que davantage d’obligations durables arriveront sur le marché, nous pourrons évaluer à quel point les entreprises sont résolues à établir et à respecter des cibles exigeantes en matière d’amélioration du rendement. Alors que le marché des obligations durables prendra de l’expansion, il sera crucial pour les investisseurs actifs de poursuivre leurs interactions avec les entreprises afin de les tenir responsables et de vérifier que les mesures de rendement employées soient à la fois tangibles et pertinentes. Or, accorder une importance disproportionnée à une ou deux mesures pourrait dépeindre de manière incomplète le comportement général de l’entreprise ou de la direction.

De plus, les mesures peuvent être manipulées. Par exemple, l’entreprise énergétique utilisant le charbon pourrait mettre en circulation une obligation durable et s’engager à réduire l’intensité des émissions de carbone liées à son chiffre d’affaires, puis accomplir cet objectif en acquérant une société énergétique œuvrant dans l’éolien. L’intensité de ses émissions va diminuer, mais le monde ne s’en portera pas mieux, car le volume restera le même.

À l’inverse, si une entreprise d’énergie renouvelable acquiert une centrale au charbon dans l’objectif de la convertir vers un mode de production plus durable, l’intensité de ses émissions de carbone augmentera dans les premiers temps, mais par la suite, les émissions totales chuteront et le monde en bénéficiera. Dans ce cas-ci, l’achat d’une obligation traditionnelle de la seconde entreprise contribuerait davantage à la réduction des émissions de carbone qu’une obligation durable de la première entreprise, qui a procédé à une fusion-acquisition dans le seul objectif de manipuler les chiffres.

Les gestionnaires actifs qui ne se limitent pas à investir dans des obligations durables et à examiner une ou deux mesures auront la possibilité de financer un plus large éventail de solutions aux défis ESG actuels.

Regard vers l’avenir

Les divers types d’obligations responsables poursuivront sans doute leur évolution. Leur mise en circulation continuera d’influencer positivement la société. Toutefois, pour que le marché des obligations de sociétés parvienne à jouer pleinement son rôle de catalyseur de changements positifs, il faudra la participation d’investisseurs fondamentaux actifs qui interagissent avec les entreprises et emploient leur pouvoir d’achat d’obligations traditionnelles pour influencer les stratégies d’affaires.

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Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Ce que les investisseurs attendent le plus de la COP26 : Des données utiles pour la prise de décision

Actuellement,, les délégués de centaines de pays, les dirigeants du monde des affaires et de la finance et les responsables politiques du monde entier sont à Glasgow pour la conférence sur le climat COP26. Ils visent à accélérer l’action visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre à zéro d’ici le milieu du siècle.

L’un des objectifs de la COP26 estde stimuler l’investissement durable à l’échelle requise pour modifier la manière dont le monde produit et consomme l’énergie, un changement qui exigera la plus grande reconstruction de l’économie mondiale depuis la révolution industrielle. Cette dernière transition a duré environ 80 ans. Le monde doit atteindre le net zéro en moins de la moitié de ce temps.

Il est temps pour les entreprises et les acteurs des marchés de capitaux de saisir le moment offert par la COP26 pour s’engager sur le net zéro dans leurs activités et leurs portefeuilles. L’Accord de Paris, qui repose sur l’engagement des pays à prévenir les pires effets du changement climatique en maintenant le réchauffement de la planète au cours de ce siècle bien en deçà de 2 °C, de préférence à 1,5 °C, constitue un précédent pour l’action.

Alors que nous attendons avec impatience ce qui sera réalisé à la COP26 et au-delà,, voici trois points qui permettent de réorienter les capitaux à la vitesse requise pour atteindre zéro émission nette d’ici 2050.

Insister sur la nécessité de faire du net zéro un élément central de la stratégie d’entreprise.

La révolution pour le net zéro atteindra tous les coins de notre économie et de notre société. Il ne suffira pas aux entreprises d’aujourd’hui de se concentrer uniquement sur la réduction de leur dépendance aux combustibles fossiles. Au cours de la prochaine décennie, les entreprises devront inventer des solutions et des services qui remplaceront les modèles commerciaux existants.

Les entreprises devront également redoubler d’efforts pour atteindre le net zéro. À l’heure actuelle, un peu plus d’un tiers des entreprises cotées en bourse dans le monde se sont fixé un objectif de décarbonisation. Elles sont moins nombreuses à annoncer des plans pour atteindre le zéro émission nette. Certains des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde n’ont encore déclaré aucune de leurs émissions.

Au cours des six années qui se sont écoulées depuis la signature de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde entier ont mis en place toute une série de plans et d’initiatives, mais la planète n’atteindra pas son objectif climatique sans que les engagements de réduction à zéro émission nette ne deviennent un élément central de la stratégie des entreprises. Pour que la révolution « zéro émission » réussisse, il faut que les entreprises prennent des mesures audacieuses pour réduire les émissions dans l’ensemble de leurs activités. Il ne s’agit pas de faire de beaux efforts, mais de prendre des engagements vérifiables, soutenus par des progrès constants vers les objectifs « zéro émission nette ».

Les fournisseurs de capitaux doivent également s’engager. Les investisseurs doivent mettre leurs portefeuilles sur la voie du net zéro tandis que les banques doivent ajuster leurs pratiques et aligner leurs prêts sur un monde à 1,5 °C. Pour sa part, MSCI s’est engagé à atteindre le net zéro avant 2040 et fera équipe avec la Glasgow Financial Alliance for Net-Zero pour diriger une alliance de fournisseurs de services financiers afin de fournir une infrastructure de marché qui soutient la durabilité.

Pour garantir la responsabilité et la transparence, la conférence COP26 devrait sceller l’adoption à l’échelle mondiale de cadres tels que le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques pour la prise en compte du risque climatique dans l’élaboration des plans et priorités stratégiques. Pour les investisseurs et les autres parties prenantes, ces informations fournissent un aperçu essentiel de la manière dont une entreprise peut être aidée ou pénalisée par une économie nette zéro.

Imposer un ensemble d’informations quantitatives sur le climat

Les investisseurs ont besoin de données quantitatives qui leur permettent d’évaluer la résilience au changement climatique de chaque actif, afin qu’ils puissent évaluer à la fois les risques et les opportunités dans l’ensemble de leurs portefeuilles. Une grande partie de ces informations devrait provenir d’entreprises, et une grande partie n’est pas divulguée aujourd’hui.

Les objectifs de décarbonisation fixés par les entreprises varient en fonction des activités commerciales qu’elles couvrent, de leur faisabilité et des échéanciers. Certaines banques, par exemple, n’ont pas encore déclaré les émissions des projets qu’elles financent, une catégorie qui représente la plus grande partie de leur empreinte carbone. En raison de cette diversité et de ces lacunes, les investisseurs ont du mal à évaluer l’impact potentiel des objectifs sur les risques climatiques auxquels les entreprises sont confrontées.

La COP26 devrait encourager les décideurs politiques à introduire des divulgations obligatoires liées au climat, basées sur des normes convenues au niveau international et intégrant des unités de mesure spécifiques. Au minimum, ces normes, que les sociétés devraient s’engager à adopter, devraient demander aux entreprises de divulguer leur empreinte carbone complète, l’emplacement de leurs plus grandes installations et les émissions de leurs plus grands fournisseurs.

Si les entreprises divulguent un ensemble commun de données climatiques de base, les investisseurs convergeront vers les informations dont ils ont besoin pour éclairer leur prise de décision.

Augmenter l’urgence

Le milieu du siècle est aussi loin que dans 30 ans, mais les gestionnaires d’investissements à long terme doivent commencer à décarboniser leurs portefeuilles dès aujourd’hui, car la réaffectation des capitaux et la réévaluation des actifs sont déjà en cours.

Cela crée un potentiel de rareté. Si les entreprises ne redoublent pas d’efforts pour réduire leurs émissions, les investisseurs qui tentent d’aligner leurs portefeuilles sur un monde qui limite le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici la fin du siècle risquent de se retrouver à court d’options d’investissement.

La COP26 peut contrer cela en affirmant la nécessité pour toutes les entreprises de fixer des objectifs de réduction des émissions couvrant à la fois leurs émissions directes et celles de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que celles causées par l’utilisation de leurs produits. Les objectifs devraient viser à maintenir les entreprises bien en deçà des budgets « net zéro » pour leur secteur d’activité au plus tard en 2050.

D’après les calculs de MSCI, plus de 90 % des entreprises mondiales ne sont pas sur la voie de réduire suffisamment leurs émissions pour maintenir le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Au rythme actuel de leurs émissions, ces entreprises épuiseraient en moins de six ans leur part collective du budget mondial d’émissions destiné à maintenir le réchauffement à ce niveau en moins de six ans

Pour éviter de franchir le seuil de 1,5 °C, chaque société cotée devrait en moyenne réduire son intensité de carbone de 10 % chaque année jusqu’en 2050. Pourtant, historiquement, moins d’une entreprise sur quatre a réussi à autant réduire ses émissions.

Pour créer l’avenir net zéro que nous voulons, nous devons catalyser l’investissement dès maintenant. Les investisseurs doivent pouvoir mesurer l’empreinte carbone des entreprises dans lesquelles ils investiraient. Les entreprises qui cherchent à créer et à innover ont besoin de capitaux. Et nous devons tous construire un monde plus durable.

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Le vote consultatif sur le climat s’imposera-t-il? C’est aux investisseurs de décider

Les sociétés (et plus particulièrement les conseils d’administration) se retrouvent largement incitées à améliorer la transparence de leur stratégie d’atténuation du risque climatique et à adapter leurs activités pour un avenir zéro net. L’année 2021 restera dans les mémoires pour le soutien inégalé que les investisseurs ont commencé à donner aux résolutions sur le climat. Au total, 26 résolutions climatiques ont été soumises à un vote cette année et pas moins de 14 ont obtenu le soutien de la majorité.

Les investisseurs peuvent, en outre, aller au-delà de résolutions d’actionnaires sur le climat et s’adresser directement au conseil d’administration sur cette question. Placements NEI dispose par exemple d’une politique de vote contre le président du conseil d’administration dans les sociétés qui ne nous semblent pas gérer adéquatement leur risque d’origine climatique. Nous effectuons alors un suivi avec celles-ci après l’assemblée annuelle, afin d’expliquer nos arguments et d’assurer que notre vote a été utile. C’est toute la difficulté posée par un vote à l’encontre des administrateurs sur la base de préoccupations climatiques, car même si le fait d’éconduire un membre du conseil d’administration figure parmi les décisions les plus significatives qu’un actionnaire peut prendre, le message initial peut se perdre dans la multitude de raisons ayant justifié ce vote.

D’où l’intérêt de la campagne de vote consultatif sur le climat.

Qu’est-ce que le vote consultatif sur le climat?

Il s’agit d’une initiative du Children’s Investment Fund (TCI), de l’organisme As You Sow et de l’ACCR (Australasian Centre for Corporate Responsibility). Les sociétés visées par une proposition « Say-on-Climate » doivent tenir un vote consultatif annuel sur leur projet de transition vers une économie zéro net. Les investisseurs doivent alors se prononcer sur la pertinence de la stratégie de l’entreprise pour réduire ses émissions et se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris, en votant pour ou contre celle-ci.

Plusieurs grandes entreprises ont accepté tout de suite de soumettre leur plan d’action climatique au vote en 2021, notamment Unilever, Moody’s et Shell.  Ces propositions soumises par la direction ont reçu un soutien écrasant, de 90 % ou plus.* À l’inverse, les propositions d’actionnaires soumises à des sociétés moins enclines à tenir un vote consultatif sur leur stratégie climatique ont reçu en moyenne un soutien d’à peine 25 %. Les investisseurs semblent réticents à l’idée d’exiger des sociétés l’adoption de cette nouvelle pratique, même s’ils soutiennent totalement les sociétés qui se plient à l’exercice de leur plein gré. Ces résultats ne reflètent pas nécessairement l’émergence de nouvelles tendances, mais pourraient malgré tout préfigurer une augmentation du nombre de sociétés visées par une campagne de vote consultatif sur le climat.

Avantages recherchés du vote consultatif sur le climat – et limites

L’atténuation des risques posés par le changement climatique exige une action imminente. Nous félicitons les entreprises qui n’ont pas hésité à soumettre leur stratégie de transition climatique à l’épreuve d’un suffrage, surtout qu’il s’agit d’une pratique encore récente adoptée par une petite minorité seulement. L’importance de la transparence. Le succès croissant de cette pratique de vote consultatif sur le climat doit s’accompagner d’une promotion de la transparence et pourrait bien forcer les entreprises ayant trainé dans l’explication de leur stratégie à rattraper leur retard.

Toutefois, nous risquons de devoir composer avec des conséquences indirectes. Un vote pour la transparence n’exprime aucune opinion sur la qualité d’une stratégie climatique donnée. Les investisseurs ont-ils la connaissance suffisante pour voter efficacement sur chaque stratégie climatique? Ne risque-t-on pas de dissuader les investisseurs d’impliquer la responsabilité directe du conseil d’administration dans la supervision de la stratégie climatique? Les administrateurs ont-ils plus de responsabilité à établir la stratégie climatique d’une société que les investisseurs n’ont à destituer un conseil d’administration inefficace? La responsabilité de la supervision de la stratégie climatique d’une société échoit-elle réellement à ses investisseurs? Enfin, si une tendance similaire à celle du vote consultatif sur la rémunération des dirigeants se dessine, seules les pires stratégies ne risquent-elles pas de susciter un vote négatif? La nature binaire d’un vote signifie l’absence de nuances dans l’évaluation des stratégies.

C’est aux investisseurs de décider si le vote consultatif sur la stratégie climatique des sociétés doit durer ou non.

Que peut-on faire en tant qu’investisseurs pour que le vote consultatif sur la stratégie thématique des sociétés devienne un outil efficace dans l’atténuation de nos préoccupations à ce sujet? Voici quelques pistes de réflexion qui nous paraissent pertinentes.

  • Fréquence: Est-ce qu’un vote consultatif annuel se justifie vraiment dans un processus de transition qui se déroulera sur plusieurs années, et non plusieurs mois? Une fréquence moins élevée pourrait donner aux investisseurs davantage de temps et de marge de manœuvre pour évaluer efficacement les progrès des sociétés et s’engager auprès d’elles dans les domaines qui suscitent des préoccupations, tout en leur donnant la possibilité d’effectuer des changements significatifs, par essence structurels.
  • Conciliation transparence/contenu : Même si la transparence mérite d’être encouragée, il ne s’agit pas d’un but en soi, contrairement à l’élaboration d’une rigoureuse stratégie climatique. Les investisseurs devront soupeser ces deux éléments dans leur décision de vote.
  • Imputabilité : Les membres du conseil d’administration ou d’un comité placé sous sa supervision doivent-ils automatiquement être destitués lorsque leur stratégie climatique s’avérerait médiocre ou devrait-on prévoir une procédure progressive pour les situations les plus problématiques? Un vote consultatif pourrait ainsi servir à donner aux investisseurs une opportunité de distinguer une stratégie insuffisante d’un manquement en matière de gouvernance, le dernier nécessitant un vote à l’encontre des administrateurs.
  • Engagement auprès des agences en conseil de vote : Ces organismes joueront inévitablement un rôle important dans les décisions de vote si les consultations sur la stratégie climatique des sociétés se généralisaient. De nombreux investisseurs ne disposent pas des ressources nécessaires à l’évaluation de multiples stratégies complexes. Ils devront se fier aux recherches d’une agence en conseil de vote et donc s’assurer que celles-ci ont été menées de façon rigoureuse et transparente.
  • Explication du vote : Un résultat de vote hors contexte peut envoyer un mauvais message aux sociétés. Les investisseurs doivent effectuer un suivi afin d’expliquer leur argumentation, en particulier lorsqu’un vote favorable à une stratégie climatique vise à approuver la direction prise par l’entreprise sans nécessairement valider tous les aspects de cette stratégie.

Comme dans toutes les autres composantes d’une démarche ESG, le diable est dans les détails. Le vote consultatif sur les stratégies climatiques des sociétés ne constitue pas la panacée et doit être considéré avec prudence, mais tant que les investisseurs s’efforcent d’impliquer la responsabilité du conseil d’administration dans l’élaboration d’une stratégie climatique efficace, il s’agit d’un outil très utile assurant que les sociétés se saisissent de la problématique à bras-le-corps.

*Sur la base de l’analyse par NEI des votes exprimés dans 14 sociétés
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Un accent sur le « S » de « ESG » : établissement de normes pour éviter le blanchiment d’impact des investissements dans le logement abordable

Avec la maturation du marché de l’investissement d’impact, nous avons constaté des changements encourageants, comme le fait que les propriétaires d’actifs et les gestionnaires de fonds accordent désormais plus d’attention à l’aspect « social » ou « S » de l’ESG, alors qu’au départ, l’accent était mis sur la durabilité environnementale (le « E »).

Un problème social qui recoupe à la fois les catégories sociales et environnementales et qui a pris de plus en plus d’importance au Canada est la pénurie structurelle de logements abordables. Le besoin de logements plus abordables a été bien documenté au Canada : les logements coûtent 34 % de plus que le revenu médian des ménages et les plus grandes villes du Canada figurent en tête de liste des villes les moins abordables d’Amérique du Nord. En revanche, les solutions tangibles, et plus particulièrement le rôle impératif du capital privé, pour résoudre la crise du logement ont été moins clairement formulées.

Un marché en pleine croissance

Il s’agit d’un problème mondial, pas seulement canadien, et ce que nous pouvons apprendre en regardant à l’étranger, c’est que l’investissement d’impact est un élément essentiel de la solution. Il y a un besoin important de capitaux privés pour aider à répondre à cette pénurie d’approvisionnement par le biais de modèles de dette et de capitaux propres.

Le nombre d’investisseurs intéressés augmente, et les capitaux commencent à affluer à un rythme soutenu dans d’autres parties du monde. Par exemple, l’investissement dans des fonds de logement abordable a été le plus grand contributeur à la croissance du marché de l’investissement d’impact social au Royaume-Uni, représentant 42% du marché qui est estimé à 5,1 milliards de livres (6,7 milliards de dollars). De nombreux fonds émergents offrent un financement de type equity pour acquérir ou développer des propriétés par le biais de structures de location. Il s’agit d’une partie de la solution au problème de l’accessibilité au logement au Royaume-Uni, où il y a une pénurie de 60 000 logements par an et où, comme au Canada, les prix des logements ont augmenté ces dernières années.

Le financement des agences gouvernementales britanniques, en tant que co-investisseurs dans les fonds plutôt que dans leur rôle traditionnel de subventionneur, a été un signe important de support alors que le marché britannique arrive à maturité. Le paysage des gestionnaires de fonds évolue également ; les gestionnaires de fonds, autrefois spécialistes de l’impact, comprennent désormais plusieurs des plus grands gestionnaires d’actifs mondiaux, qui créent des fonds pour fournir des logements abordables et spécialisés, ainsi que des logements pour lutter contre l’exclusion liée au logement, et qui aspirent souvent à lever des centaines de millions de dollars.

Le flux d’investissements institutionnels dans ce secteur s’explique par le fait que les fonds pour le logement abordable présentent de solides arguments financiers : diversification du portefeuille, revenus à long terme liés à des indices, combinés à une demande importante de capitaux privés.

Que constatons-nous au Canada ?

La SCHL a pour « objectif ambitieux » d’éliminer les besoins en logement d’ici 2030. Bien que les efforts se soient multipliés à ce propos, par exemple le Fonds d’innovation en matière de logement abordable de la SCHL et les fonds de logement abordable de New Market Funds, nous commençons seulement à voir apparaître au Canada l’appétit des investisseurs qui s’est manifesté au Royaume-Uni, malgré une ampleur comparable de problèmes et d’opportunités.

L’investissement d’impact dans le logement abordable au Canada n’est évidemment pas nouveau, mais il y a encore peu de fonds qui s’engagent à fournir des logements abordables à perpétuité en fonction des besoins de la communauté, en travaillant en partenariat avec les parties prenantes locales. Cette approche de partenariat communautaire est essentielle pour investir dans des logements qui fonctionnent à long terme.

Obstacles à l’augmentation de l’investissement d’impact dans le logement abordable au Canada

Au Canada, la plupart des « logements abordables » sont fournis par le biais de mandats confiés à des développeurs privés dans le cadre d’ensembles plus vastes, destinés à des prix de marché. Les types de logements fournis dans le cadre de ces projets se limitent souvent à des unités plus petites, d’une chambre à coucher ou d’un studio, qui ne conviennent pas aux nombreuses familles qui ont besoin de logements abordables.

En outre, la durée du bail limitée à 10-20 ans est inadéquate, car une fois cette période initiale écoulée, le logement revient souvent au prix du marché, ce qui entraîne des problèmes de sécurité d’occupation et une perte d’impact au fil du temps. Pour avoir un impact durable, l’abordabilité devrait idéalement être perpétuelle, intégrée dès le départ dans les contrats de location et de partenariat.

Il faut également préciser ce que nous entendons par « abordable ». Alors que la définition standard lie les loyers abordables aux loyers du marché, la croissance des loyers du marché étant systématiquement supérieure à celle des revenus, l’accessibilité diminue avec le temps. Une mesure plus appropriée de cette accessibilité serait fondée sur le revenu, en fixant les loyers abordables à une proportion maximale des revenus nets médians des ménages, ajustés en fonction de la géographie et du nombre de chambres à coucher.

Enfin, il existe des problèmes secondaires tels que l’activité d’investissement dans le logement qui gonfle les évaluations des biens immobiliers, ce qui a pour effet d’exclure involontairement les bénéficiaires servis par des investisseurs tels que les régimes de retraite publics. Ces impacts négatifs doivent être mieux appréhendés et communiqués lors de la croissance du secteur.

Plusieurs des défis susmentionnés ne sont pas uniques au Canada. Nous pouvons à nouveau nous tourner vers les marchés d’investissement social qui ont déjà une longueur d’avance pour éviter les pièges et veiller à ce que la qualité et la pertinence des logements fournis, ainsi que l’intégrité de l’impact, soient au cœur de la croissance du marché canadien.

Normalisation des approches de gestion de l’impact

La croissance rapide du marché au Royaume-Uni s’est accompagnée de questions et d’incohérences sur la manière dont l’impact est mesuré, suivi et rapporté. Alors que de nombreux gestionnaires de fonds et fournisseurs de logements ont développé des partenariats positifs, il n’y a pas toujours de transparence sur les caractéristiques de risque et de rendement des investissements ou d’honnêteté sur l’additionnalité de l’impact – c’est-à-dire l’impact réel qui est réalisé – de n’importe quel investissement donné.

Une initiative récemment lancée au Royaume-Uni pour aider à résoudre ces problèmes a consisté à réunir les principaux gestionnaires de fonds pour développer une approche commune de rapport d’impact pour l’investissement en actions dans le logement abordable.  L’objectif de ce projet est de définir des normes communes en matière de rapports, d’atténuer les risques négatifs et d’encourager les flux d’investissement qui ont une incidence positive sur l’offre et la qualité des logements abordables à long terme.

Avec l’évolution du marché canadien, des règles de base similaires devront être établies pour fixer des normes et veiller à ce que les incitations sont alignées. Cela aidera les investisseurs à mieux naviguer le marché de l’investissement social et à distinguer les bonnes opportunités des mauvaises, encourageant ainsi un maximum de capitaux à être investis dans la construction de logements véritablement abordables dont le Canada a tant besoin.

Clause de non-responsabilité de l’AIR
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Mesures environnementales dans la rémunération des dirigeants de l’industrie extractive canadienne : 3 approches pour la fixation d’objectifs

Bon nombre des plus grandes sociétés extractives du Canada se sont fixé des objectifs environnementaux ambitieux à long terme (par exemple, des objectifs de zéro émission nette en 2040 ou 2050). Une façon tangible pour les entreprises d’encourager les progrès et de démontrer leur engagement envers leurs objectifs environnementaux est de lier la rémunération des dirigeants à des mesures climatiques spécifiques. Il s’agit d’une pratique de plus en plus courante pour les entreprises canadiennes, 23 % des entreprises du TSX60 intégrant des métriques environnementales dans leur rémunération[1]. Cet article présente des études de cas sur la façon dont trois organisations, qui ont chacune pris des engagements de zéro émission nette pour 2050[2],[3][4] intègrent des mesures environnementales dans leurs régimes incitatifs en utilisant les approches de fixation d’objectifs suivantes :

  • Cibles absolues (par exemple, un objectif numérique discret fixé chaque année)
  • Objectif relatif d’une année sur l’autre (par exemple, la fourchette cible par rapport aux résultats de l’année précédente)
  • Positionnement de la cible par rapport aux pairs (par exemple, le classement de la cible par rapport à ses pairs)

Cenovus Energy – Cible absolue

Cenovus Energy (capitalisation boursière : 29 G$) développe, produit et commercialise du pétrole brut, des liquides de gaz naturel et du gaz naturel à l’échelle internationale. À la suite de son engagement net zéro 2050, la société a commencé à l’intégrer dans son régime de rémunération incitative à court terme (« RICT ») par le biais d’un objectif annuel d’intensité des émissions des sables bitumineux avec une pondération de 2,5 % dans le tableau de bord 2020 de la société. Cenovus utilise une approche de fixation d’objectifs absolus pour cette mesure, qui consiste à choisir un objectif d’intensité d’émissions discret (par exemple, 54,81 CO2e/BEP en 2020) et à le comparer aux résultats réels à la fin de l’année. En 2020, Cenovus a publié des résultats de 52,01 CO2e/BEP, ce qui donne un multiplicateur de 1,6 x sur cette métrique.

Canadian Natural Resources Ltd. (« CNRL ») – Objectif relatif d’une année sur l’autre

CNRL (capitalisation boursière : 62 G$) acquiert, explore, développe, produit, commercialise et vend du pétrole brut, du gaz naturel et des liquides de gaz naturel (LGN). CNRL a intégré deux mesures environnementales, l’intensité des émissions de GES et le nombre de fuites de gazoducs, dans son tableau de bord. Bien que les pondérations individuelles de ces mesures ne soient pas divulguées, elles sont deux des quatre mesures incluses dans la catégorie « Sécurité, intégrité des actifs et environnement » de la société, qui a une pondération globale de 10 %. La méthode de fixation des objectifs de CNRL pour ces métriques consiste à fixer des fourchettes de réduction ciblées par rapport aux résultats de l’année précédente, avec un score seuil/maximum de plus ou moins 10 % (c’est-à-dire que l’objectif 2020 était de 0,046 à 0,056 tonne/BEP, ce qui représente plus ou moins 10 % du résultat réel de 2019 de 0,051). En 2020, la société a réalisé des performances dans la fourchette ciblée sur ces métriques environnementales.

Barrick Gold – Positionnement de la cible par rapport à ses pairs

La Société aurifère Barrick (capitalisation boursière : 43 G$) se consacre à l’exploration, à l’exploitation minière, à la production et à la vente de propriétés aurifères et de cuivre. En 2020, la société a introduit une carte de pointage de durabilité dans son régime de rémunération incitative à long terme (« RILT »). Cette carte de pointage a une pondération de 25 % dans les unités d’action basées sur la performance (« UAP ») et mesure la performance sur 18 paramètres ESG quantitatifs et qualitatifs (dont 7 environnementaux) classés par rapport à leurs pairs, le cas échéant.[5][6] La fourchette cible de Barrick est de plus ou moins 10 % du score relatif de l’année précédente, avec un plancher et un plafond de « Grade A » et « Grade C » par rapport aux pairs (définis par la somme du positionnement sur chaque métrique). En 2020, la société a été classée dans les deux quintiles supérieurs de ses pairs pour toutes les mesures environnementales, sauf une.

Conclusion

Ce ne sont là que quelques-unes des approches permettant de fixer des objectifs de performance pour une mesure du régime incitatif. En choisissant une approche spécifique pour une mesure environnementale, les entreprises devront tenir compte de l’étape à laquelle elles se trouvent dans leur parcours de durabilité, de l’alignement de la mesure de performance choisie avec la stratégie et de la disponibilité des données, entre autres facteurs. Quelle que soit l’approche d’établissement des objectifs choisie par une entreprise, les principaux déterminants pour inclure avec succès une mesure environnementale dans le programme de rémunération dépendront de la capacité de la mesure à atteindre l’objectif à long terme souhaité, de l’étalonnage et de la rigueur des niveaux cibles, et de la capacité de communiquer clairement ce lien à l’interne aux dirigeants et à l’externe aux parties prenantes.

Sources :

[1] Hugessen Consulting : « Emerging Trends in Executive Compensation and ESG Webinar »

[2] Barrick Gold : « Barrick Updates Its Evolving Emissions Reduction Target »

[3] Reuters : « Canadian Natural sets new emission goals after profit beat »

[4] Cenovus Energy : « Cenovus sets bold sustainability targets »

[5] Barrick Gold : « Barrick Sustainability Report 2020 »

[6] Pour les indicateurs basés sur les priorités internes, Barrick évalue « les performances, les progrès et les attentes plutôt que d’essayer de forcer l’équivalence avec les programmes par les pairs ».

[7] Barrick fonde son évaluation sur les rapports de développement durable, les index de contenu des GRI et les tableaux de données associés, ainsi que sur d’autres informations accessibles au public afin de déterminer son positionnement relatif.

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Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Des tendances Covid aux changements permanents, une étude de cas d’investissement : le consommateur post-Covid

Le 11 mars 2020 marque le jour où l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le nouveau coronavirus (Covid-19) était une pandémie mondiale. Une tempête que personne n’a vue venir et dont on se demande encore quand elle prendra fin.

Nous finirons par surmonter la Covid-19, mais la normale à laquelle nous reviendrons sera-t-elle celle que nous avons connue ? Chez Waratah, nous pensons que la Covid-19 s’est présentée comme un important catalyseur de changement dans le monde des questions environnementales, sociales et de gouvernance (« ESG »). Lorsque nous avons commencé notre parcours ESG il y a trois ans, nous n’avions jamais prévu qu’une pandémie comme celle de Covid-19 serait l’événement déclencheur qui nous amènerait à adapter rapidement notre façon de considérer les risques et les opportunités ESG dans la stratégie Alternative ESG (« AESG »). Chaque mois de vie pandémique, des thèmes et des tendances ont émergé, certains étant très susceptibles de rester permanents.

Étant basé à Toronto, nous avons connu l’un des confinements les plus restrictifs en Amérique du Nord (rappelez-vous quand le golf était illégal?). Heureusement, la vie semble se normaliser lentement, mais bon nombre des modèles que nous avons développés en tant que consommateurs à l’ère de la Covid persistent au-delà des prédictions initiales. Cet article vise à mettre en lumière certaines des tendances liées à la Covid qui sont probablement devenues des changements permanents, et l’importance pour les investisseurs de reconnaître ces changements comme des opportunités de capturer l’alpha ESG.

Travail à distance et productivité

Les travailleurs ont rapidement opté pour le « travail à domicile ». Zoom et d’autres fournisseurs de services de vidéoconférence ont facilité la communication, permettant à de nombreuses industries de poursuivre leurs activités comme si de rien n’était pendant la pandémie. Si la lassitude à l’égard du Zoom est réelle, ce que les consommateurs oublient, c’est ce qu’il nous a apporté, une denrée si précieuse et limitée – notre temps. Nous passons tous beaucoup moins de temps dans les transports, ce qui nous permet de profiter d’activités plus intéressantes, comme passer du temps à l’extérieur, passer du temps de qualité avec notre famille proche ou nous concentrer sur nos objectifs personnels. La grande majorité des entreprises ayant dépassé les estimations trimestrielles, il est évident que la Covid n’a pas freiné la productivité, ce qui dissipe le mythe selon lequel travailler de la maison nuirait à l’efficacité. La flexibilité, autrefois un privilège réservé aux pigistes, a fait son chemin dans les politiques de travail d’entreprise.

L’année dernière, Microsoft, comme beaucoup d’autres, a annoncé une politique de travail hybride permettant aux employés de travailler à domicile en permanence, tenant compte du fait qu’il n’existe pas de stratégie unique pour son personnel. D’un point de vue conventionnel, cela ne mériterait pas d’être signalé, mais d’une perspective ESG, il s’agit d’un fait social marquant, car nous pensons que la satisfaction des employés est un indicateur important pour mesurer la productivité, la rétention du capital humain et le recrutement de talents. Face à la menace de la « grande démission », M. Waratah estime que les entreprises qui adoptent la flexibilité et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée s’en sortiront mieux que celles dont les politiques et les cultures sont moins accommodantes.

Habitudes de consommation

Les voyages étant encore largement mis sur pause, un autre effet de la Covid a été de passer la dernière année et demie à la maison. Cela a donné naissance au thème de « la maison comme sanctuaire » de Waratah, qui a conduit à l’inévitable cycle de dépenses d’amélioration de la maison. Cette thématique émergente a contribué à plusieurs grandes opportunités génératrices d’alpha. Avec une demande de consommation refoulée et peu d’endroits où aller, il était évident que les dépenses des ménages seraient orientées vers nos maisons, qui sont devenues nos bureaux, nos restaurants, nos bars et nos centres de divertissement. Avec l’augmentation des plats à emporter et l’augmentation des consommateurs soucieux de l’environnement, des solutions plus vertes étaient en demande, renforcées par des politiques interdisant les plastiques à usage unique. Les entreprises qui ont adopté ces changements très tôt sont devenues les principaux contributeurs à notre portefeuille. Un exemple est un fabricant d’emballages, qui produit des boîtes à emporter en papier comme alternative au typique plastique noir non recyclable. D’autres bénéficiaires de la Covid, tels que le service de streaming et de vidéo à la demande de Disney, ont créé une valeur considérable, étant donné que l’idée d’aller dans une salle de cinéma bondée semble, même aujourd’hui, une proposition risquée. En tant que consommateurs nous-mêmes, notre équipe s’est concentrée sur des domaines uniques et atypiques du marché où nous avons vu des opportunités. Un exemple est que l’été dernier, dans la foulée de plusieurs premiers appels publics à l’épargne, notre équipe a pu suivre une tendance que nous appréciions tous et tirer profit de diverses introductions en bourse sous ce thème. Même avec le retour à l’école et au bureau, il est difficile de ne pas être d’accord avec Dorothy : « il n’y a pas d’endroit comme à la maison. »

Des environnements sûrs et sains

La dernière tendance liée à la Covid à souligner est le chauffage, la ventilation et la climatisation (CVC), que nous considérons comme une opportunité à long terme. Le CVC représente 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) générées par les bâtiments commerciaux[1] des écoles, des bureaux et des hôpitaux. Si la sensibilisation aux émissions de gaz à effet de serre n’est pas nouvelle, la demande des consommateurs pour une meilleure qualité de l’air et la réduction des allergènes, des produits chimiques et des bactéries en circulation s’est amplifiée grâce à Covid-19. Nous connaissons tous quelqu’un qui s’est précipité pour acheter des filtres à air HEPA ou qui s’est inquiété de la recirculation de l’air dans les avions. Rien qu’aux États-Unis, 70 % des écoles auraient échoué aux tests de qualité de l’air intérieur[2], une statistique qui s’applique probablement aussi à la plupart des bâtiments commerciaux. Ainsi, nous considérons le chauffage, la ventilation et le conditionnement d’air comme une énorme poussée ESG pour les infrastructures sur 10 à 20 ans, qui survivra longtemps à la Covid. Des politiques gouvernementales telles que « Build Back Better » ont affecté 193 milliards de dollars à l’amélioration des infrastructures scolaires dans l’espoir[2] que d’autres risques ESG, tels qu’une autre pandémie ou une catastrophe environnementale, ne nous prennent pas en otage une fois de plus.

Les effets et l’impact de la Covid sur les questions ESG et les consommateurs sont indéniables. Alors que beaucoup d’entre nous aimeraient oublier la dernière année et demie, nous en sommes tous changés à jamais. À mesure que nous sortons de cette pandémie, la demande des consommateurs a changé, et ils continueront à s’attendre à une vie plus propre, plus saine et plus heureuse et à s’efforcer d’y parvenir. Grâce à notre optique ESG, une approche différenciée et une capacité à reconnaître ces changements dans le comportement des consommateurs à un stade précoce permettent aux investisseurs de tirer parti d’opportunités ESG moins évidentes en tant que sources d’alpha.

Sources:

[1] Source : Credit Suisse Trane Technologies Equity Research Report (March 2020)

[2] Source : JCI CFO à la conférence MS Laguna du 13 septembre

Clause de non-responsabilité du contributeur
Waratah peut changer son point de vue sur les sociétés visées dans cet article à tout moment pour quelque raison que ce soit et décline toute obligation de notifier à toute partie de tels changements. Les informations et opinions contenues dans cet article ne sont pas et ne doivent pas être perçues comme des conseils en investissement ou une sollicitation d’achat ou de vente de titres. Waratah ne fait aucune représentation ou garantie, expresse ou implicite quant à l’exactitude ou l’exhaustivité des déclarations faites dans cet article et ne s’engage pas à corriger, à mettre à jour ou à réviser ces déclarations.
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Pistes pour intégrer la réconciliation et l’investissement responsable

La diversité est devenue un thème central dans le secteur de l’investissement. En 2018, SHARE (Shareholder Association for Research and Education) et NATOA (National Aboriginal Trust Officers Association) ont uni leurs efforts pour créer l’Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable (Reconciliation and Responsible Investment Initiative (RRII)). La RRII a été le fer de lance des efforts visant à intégrer la réconciliation et l’investissement responsable. En 2020, l’Association pour l’investissement responsable (AIR) du Canada a lancé une initiative visant à amener les investisseurs gérant plus de 4 billions de dollars d’actifs à signer une déclaration pour s’engager à promouvoir la diversité et l’inclusion dans leurs organisations et leurs sociétés de portefeuille.

Malgré ces initiatives récentes, peu de politiques d’investissement responsable (IR) canadiennes ou de rapports d’investisseurs institutionnels font référence aux peuples autochtones. Au-delà de la reconnaissance de leurs droits dans le cadre des processus de diligence raisonnable liés au consentement libre, préalable et éclairé (CLPE), leurs bien-être économique, social et environnemental sont relativement absents des conversations dans le secteur canadien de l’IR. [Note de l’éditeur : La récente Déclaration des investisseurs canadiens sur le changement climatique signée par 36 investisseurs gérant 5,5 billions de dollars d’actifs souligne l’importance des droits autochtones pour les investisseurs.]

Face à ce constat, nous avons décidé d’effectuer un examen plus approfondi de la situation au Canada. En tant qu’équipe de recherche de l’Ivey Business School, Western University, nous avons étudié les pratiques de l’industrie de l’IR pendant un an par la combinaison d’entretiens avec diverses parties prenantes, d’observations de conférences professionnelles de l’industrie, ainsi que d’analyses documentaires. Les résultats de cette étude montrent qu’il existe des différences significatives parmi les sociétés de gestion d’investissement canadiennes en matière de sensibilisation et d’action concernant les droits des autochtones et la réconciliation avec ceux-ci.

Ce rapport vise à créer un espace sûr afin d’engager le secteur canadien de l’IR dans un processus de vérité et de réconciliation. Il décrit les relations canadiennes actuelles entre les peuples autochtones et les secteurs de l’IR tout en proposant des recommandations permettant de construire des ponts et progresser vers la réconciliation.

Nous examinons comment l’industrie canadienne de l’IR doit adopter six sous-thèmes que nous avons jugés essentiels au processus de réconciliation économique, à savoir : 1) la reconnaissance des droits des autochtones ; 2) la diversité et l’inclusion des peuples autochtones ; 3) la création d’une économie autochtone prospère par le biais de partenariats ; 4) l’obligation fiduciaire et les peuples autochtones ; 5) la création d’une transition inclusive et juste vers une économie à faible émission de carbone par l’entremise de partenariats ; et 6) la gérance autochtone de l’environnement. Nous analysons systématiquement l’inclusion de chaque thème à chaque étape de la chaîne d’investissement, des propriétaires d’actifs aux gestionnaires d’actifs, en passant par les entreprises bénéficiaires et les prestataires de services.

Les investisseurs responsables évaluent généralement les droits et les préoccupations des autochtones sous l’angle de la gestion des risques. Si celle-ci est un élément essentiel des décisions d’investissement, elle limite les possibilités pour l’industrie de l’IR de contribuer à la réconciliation ou à la création d’opportunités permettant à tous les peuples de réaliser leur potentiel et de bénéficier d’une prospérité partagée. Le rapport recommande plusieurs mesures que les acteurs de la chaîne d’investissement pourraient mettre en œuvre pour progresser sur la voie de la réconciliation. Parmi les actions possibles, on peut citer l’investissement dans des produits d’investissement (d’impact) dirigés par des autochtones, la mise en œuvre de politiques globales sur la représentation des autochtones parmi les employé·e·s et les conseils d’administration, la conception de politiques d’approvisionnement pour les entreprises autochtones ou l’éducation et l’engagement des investisseurs autochtones dans le cadre de vote par procuration qui concerne les droits des autochtones.

Nous pensons que les acteurs économiques doivent s’attaquer aux inégalités sociales et au racisme systémique pour contribuer à une croissance inclusive qui crée des opportunités pour tous. L’inclusion des peuples autochtones dans l’allocation, la distribution et l’évaluation du capital est une étape essentielle vers cette entreprise. En outre, les entreprises inclusives qui gèrent les risques ESG et améliorent les résultats pour les peuples autochtones sont également de meilleurs investissements.

Le rapport est également un exemple des efforts déployés actuellement par les écoles de commerce canadiennes pour répondre à l’Appel à l’action 92 de la Commission de vérité et de réconciliation, qui propose une feuille de route permettant au monde des affaires de réfléchir à la réconciliation et de la pratiquer. Historiquement, les universités canadiennes ont joué un rôle central dans les processus de colonisation. Les peuples autochtones n’ont eu qu’un accès limité aux universités et, encore aujourd’hui, ils sont sous-représentés, manquent de ressources et sont négligés par les chercheurs du système universitaire.

En tant qu’universitaires des écoles de commerce, nous reconnaissons qu’il y a beaucoup de travail à faire et que le chemin de la réconciliation exige un engagement soutenu non seulement envers les actions proposées, mais aussi envers une pratique soutenue de confrontation des lieux au sein des systèmes et secteurs financiers actuels où les voix autochtones sont actuellement absentes. Le rapport ne se contente pas de dresser la carte des lieux et des espaces au sein de l’industrie canadienne de l’investissement responsable où les voix autochtones sont nécessaires, mais il offre également une feuille de route pour que ce secteur et ses partenaires puissent commencer à emprunter la voie du respect de la vérité et de la pratique de la réconciliation.

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : https://www.ivey.uwo.ca/sustainability/priorities/finance/

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Trois enjeux ESG que les conseillers doivent connaître

L’investissement responsable (IR) semble s’imposer comme thème futur, il est donc important de savoir de quoi il en retourne. Dans un article publié sur Investment Executive, Dustyn Lanz évoque trois grands enjeux liés à ce type d’investissement : la gérance, la mesure de l’impact et le concept d’émission zéro.

La gestion des investissements

« [La gérance] incarne la notion selon laquelle les investisseurs sont des acteurs influents du marché qui ont le pouvoir de façonner les marchés, d’améliorer la gouvernance et de faire face aux risques et aux opportunités du marché qui affectent la santé de l’économie », peut-on lire dans un rapport publié en 2020 par KKS Advisors.

Ainsi, il faut comprendre que les conseillers et gestionnaires de portefeuille ont ainsi la responsabilité des actifs de leurs clients. Ils doivent les protéger et accroître leur valeur. Ils ont donc une influence sur le marché et potentiellement sur la croissance de l’IR.

KKS Advisors estime ainsi qu’il y a sept composantes pratiques à cette gérance :

  1. L’influence, soit tirer partie de la position des investisseurs au sein du système financier pour favoriser une économie durable;
  2. L’engagement : dialoguer avec les entreprises sur les questions ESG;
  3. Le vote : exercer son droit d’actionnaire pour promouvoir des pratiques plus durables;
  4. La promotion de la divulgation : encourage les entreprises à divulguer davantage d’informations;
  5. Le suivi : suivre les performances ESG et les nouvelles réglementations;
  6. La collaboration : se coordonner avec ses pairs pour maximiser son impact;
  7. L’éducation : s’engager en faveur de la formation en matière ESG.

Mesurer l’impact

L’investissement d’impact gagne en importance dans le secteur de la gestion d’actifs. En parallèle, on constate également une inquiétude grandissante quant à l’écoblanchiment. Pour rassurer les clients, il est donc important que les gestionnaires de fonds mesurent et rendent compte des impacts positifs que les actifs de leurs clients génèrent.

Pour le moment, il existe beaucoup de cadres de mesures d’impact crédibles sur le marché, mais aucune norme mondiale visant l’ensemble des catégories d’actifs. Toutefois, plusieurs acteurs, donc l’Impact Management Project, tentent d’établir un consensus mondial à cet égard. Ces projets prendront un certain temps à se concrétiser, mais d’ici les prochaines années, un niveau de convergence devrait apparaître.

En attendant, les gestionnaires peuvent utiliser les outils et les méthodes qui leur semblent les plus crédibles afin de rendre compte des impacts positifs que les actifs de leurs clients génèrent.

« Émission zéro »

Ce concept à la mode fait référence au fait que pour éviter les effets catastrophiques du changement climatique, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que d’ici 2050, nous devons atteindre un niveau net d’émissions mondiales de carbone nul.

Les gouvernements du monde entier se sont engagés à réduire les émissions en fonction de ces objectifs. Évidemment, on peut s’attendre à ce que cette transition massive du système énergétique mondial crée des risques et des opportunités dans tous les secteurs.

Pour diminuer les risques et profiter de ces opportunités, nombre d’entreprises et d’investisseurs institutionnels s’engagent aujourd’hui à aligner leurs pratiques commerciales et d’investissement sur le principe d’émissions nettes nulles.

Des concepts liés

Ces trois concepts sont étroitement liés. La gestion responsable et l’investissement d’impact sont deux des stratégies les plus importantes à la disposition des investisseurs désireux de parvenir à des émissions nettes nulles.

La gestion responsable peut aider à atteindre des résultats plus durables et l’investissement d’impact peut aider à orienter les capitaux vers des industries, des entreprises et des projets qui contribuent à réduire les émissions.

Sachant tout cela, il ne vous reste plus qu’à agir.

Scénarios nets zéro : le point de vue d’un investisseur

Bien que le changement climatique soit une question complexe souvent abordée comme source de risques, il crée également un nouveau monde de possibilités pour les investisseurs. Cependant, pour réussir à long terme, ceux-ci doivent avoir la capacité d’identifier et de gérer efficacement ces risques et opportunités, ce qui nécessite une compréhension approfondie de la relation entre le climat et les marchés financiers, deux systèmes hautement dynamiques et en interaction.

L’empreinte carbone est l’un des outils disponibles pour aider à comprendre l’exposition historique aux risques liés à la transition. Associée à une connaissance approfondie de l’entreprise, elle fournit des indications précieuses sur la capacité d’une société à gérer les impacts du changement climatique futur. Cependant, les perspectives générées par l’analyse peuvent parfois être moins utiles pour évaluer la résilience future d’un actif ou d’un portefeuille. D’autre part, l’analyse de scénarios, qui inclut une gamme de résultats raisonnables en matière de transition climatique, peut fournir un meilleur aperçu des forces et des faiblesses d’un portefeuille ainsi que de son niveau d’alignement sur les résultats climatiques souhaités. Dans cet article, nous discuterons de l’application et de l’évaluation des scénarios climatiques pour les portefeuilles d’investissement.

Les investisseurs peuvent appliquer des scénarios aux stratégies d’investissement de la même manière que les entreprises appliquent des scénarios à leur processus de planification du capital pour tester la résilience dans le cadre d’une variété de résultats futurs potentiels. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et les Principes pour l’investissement responsable (PRI), soutenus par les Nations Unies, proposent tous un large éventail de scénarios calibrés en fonction des résultats liés au changement climatique, allant du « statu quo » à « net zéro d’ici 2050 ». Il y a trois considérations clés à tenir en compte lors de l’application de ces types de scénarios à l’investissement :

  • Scénarios ≠ Prévisions : Les scénarios impliquent des chiffres et une vision de l’avenir qui peuvent amener les investisseurs à supposer qu’il existe un chemin unique vers un résultat futur. Quel que soit le scénario, en particulier les scénarios climatiques sur plusieurs décennies, il existe une grande incertitude liée à des facteurs tels que la coordination internationale, le comportement des consommateurs, l’innovation technologique et les stratégies des entreprises. Par conséquent, la résilience des portefeuilles ne peut vraiment être testée qu’en utilisant une gamme de scénarios qui se concentrent sur ce qui « pourrait » raisonnablement se produire plutôt que sur ce qui « devrait » se produire. Les principaux résultats sont la distribution, l’ampleur et la probabilité des événements qui peuvent être rattachées à la création de valeur d’investissement à long terme et aux attentes actuelles du marché.
  • Paramètres pertinents pour l’investissement : La plupart des scénarios actuels nécessitent la connaissance d’une entreprise spécifique et une expertise dans la traduction de facteurs tels que le potentiel de réchauffement et le prix du carbone en paramètres pouvant influencer un modèle financier. Plus récemment, un effort conjoint a été lancé par les banques centrales et les gouvernements pour normaliser une série de scénarios qui permettront probablement de mieux définir les paramètres clés tels que le risque relatif au crédit et aux liquidités. Des scénarios encore plus granulaires comme le net zéro d’ici 2050 de l’AIE aideront également à combler le fossé existant.
  • Période de temps : Bien qu’il soit de l’avis général que les impacts du changement climatique sont plus imminents que jamais, les impacts les plus importants et les plus probables sur les bénéfices et les flux de trésorerie sont potentiellement encore en dehors de la période de détention moyenne de 5,5 mois pour des actifs comme les actions américaines. Cela dit, une approche plus réfléchie des taux de croissance implicites à long terme dans les multiples et les hypothèses terminales d’un modèle d’évaluation peut aider à intégrer des changements à moyen et long terme, même dans des investissements à court terme.

(Environ) net zéro

Compte tenu de la dynamique croissante des stratégies de transition des pays et des entreprises et de l’augmentation des changements physiques influencés par le changement climatique, il semble judicieux d’inclure un scénario net zéro dans l’éventail des options permettant de tester la résilience d’un portefeuille d’investissement. Cependant, le terme « net zéro » est utilisé de différentes manières par différents groupes. Le récent Net zéro d’ici 2050 de l’AIE fournit un exemple détaillé et économiquement pertinent d’un scénario qui définit « une » voie et qui applique une analyse supplémentaire examinant la sensibilité de leur scénario aux principaux domaines d’incertitude tels que les changements dans le comportement des consommateurs, l’innovation technologique, la sécurité énergétique et l’utilisation du nucléaire et de la capture du carbone. Quelle que soit l’étiquette, les investisseurs doivent évaluer de manière critique un certain nombre de paramètres pour comprendre les engagements pris par les entreprises et ceux qu’ils peuvent envisager pour leur propre portefeuille :

  1. Responsabilisation : Qui a le mandat d’atteindre l’objectif et comment sont-ils incités à l’atteindre? Pour les secteurs fortement exposés, cela pourrait impliquer la mise en place d’un comité spécifique au sein du conseil d’administration et des liens entre le climat et la rémunération des dirigeants.
  2. Alignement : Alignement avec les capacités et la création de valeur de l’entreprise (ou de l’investisseur) et les engagements pertinents des pairs et des gouvernements locaux. Le chemin vers le net zéro peut avoir différentes significations selon les industries et les régions.
  3. Année de référence : L’année de référence pour les émissions n’est généralement pas l’année en cours et doit être évaluée en fonction de la qualité des données disponibles et du pourcentage de réductions attendues à l’avenir.
  4. Portée : La décision de s’engager à réduire l’intensité ou le total des émissions dépendra de la trajectoire de croissance de l’entreprise ou du portefeuille. Cependant, on s’attend souvent à ce que les entreprises se concentrent sur les émissions totales au fil du temps. Selon la norme d’entreprise du GHG Protocol, les émissions d’une entreprise peuvent être classées en trois niveaux. Les réductions de Niveau 1 et 2 devraient être considérées comme des informations standard. Les émissions de Niveau 3 devraient faire l’objet d’une évaluation critique en ce qui concerne leur couverture, les données disponibles et leur caractère raisonnable, car elles sont volontaires et les plus difficiles à surveiller.
  5. Jalons : Au minimum, des objectifs et des jalons de haut niveau doivent être fixés pour 2030 et 2050, mais il serait bon de prévoir un processus itératif avec des fenêtres de 3 à 5 ans pour la réévaluation.
  6. Compensations et innovation : Il est difficile d’imaginer que l’on puisse atteindre l’objectif « zéro émission » d’ici à 2050, sans recourir à la compensation des émissions de carbone et aux nouvelles technologies. Les compensations doivent être évaluées en fonction de leur transparence, de leur contribution totale, du fait qu’elles évitent ou réduisent les émissions et du risque relatif d’inversion. La contribution de l’innovation devrait être transparente en ce qui concerne les incertitudes et le montant des réductions provenant des technologies de stade antérieur.

Conclusion :

Malgré les défis liés au type d’analyse requis, il est probable que les investisseurs et les autres parties prenantes trouveront un intérêt à essayer d’intégrer l’analyse des risques et des opportunités liés au changement climatique dans leurs portefeuilles. En fin de compte, les investisseurs qui réussissent sont ceux qui ont un accès plus grand ou plus rapide aux informations et qui trouvent les inefficacités, ce qui leur permet de mieux gérer le risque et de capter le rendement. La constitution de portefeuilles qui peuvent être résilients face à une variété de futurs climatiques différents peut être bénéfique pour les propriétaires d’actifs et la société dans son ensemble.

Clause de non-responsabilité de l’AIR
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Comment les investisseurs peuvent favoriser le changement dans les centres de soins infirmiers au Canada

Avant l’éclosion de la pandémie de COVID-19, les problèmes de soins de santé dans les centres de soins infirmiers étaient souvent négligés. La dernière année a clairement démontré que des conditions de travail inadéquates et des soins insuffisants prodigués aux personnes âgées constituent d’importants problèmes de droits de la personne qui doivent être traités de façon urgente. En tant qu’investisseurs, nous devons contribuer à favoriser des changements positifs dans ce secteur.

De nombreux employés de centres de soins infirmiers travaillent dans des environnements stressants. Ils gagnent souvent un salaire peu élevé et travaillent à temps partiel ou dans le cadre d’arrangements précaires – dans certains pays, ils ne sont pas rémunérés en cas de maladie et ne sont pas représentés par un syndicat. La plupart des employés sont des femmes, souvent issues de minorités ou de milieux marginalisés. Les centres de soins infirmiers ont du mal à attirer et à conserver suffisamment de travailleurs pour répondre à la demande actuelle, sans parler de la nécessité d’augmenter le nombre d’aidants naturels afin de répondre aux changements démographiques. Dans de nombreux centres, le ratio du personnel par rapport au nombre de résidents n’est pas suffisant pour fournir des soins de base aux résidents, sans compter la qualité des soins requis lors d’une pandémie.

Feu des projecteurs sur la COVID-19

Pendant la pandémie, le personnel des centres de soins infirmiers a pris soin des personnes les plus vulnérables au virus dans des environnements à très haut risque. Le secteur s’est retrouvé dans l’œil de la tempête, en grande partie à cause du manque de préparation à l’échelle mondiale pour une pandémie de cette ampleur et de l’incapacité des gouvernements à réglementer les centres de soins infirmiers et à soutenir leurs résidents. Cette situation a exacerbé les vulnérabilités inhérentes aux soins aux personnes âgées et donné lieu à des chiffres inquiétants :

  • Selon ce rapport, en moyenne 41 % de tous les décès survenus dans 22 pays se sont produits dans des centres de soins infirmiers.
  • Des centaines de milliers d’employés des centres de soins infirmiers ont été infectés pendant la pandémie, et bon nombre d’entre eux sont décédés ou font maintenant face à des séquelles durables.

Tout au long de la pandémie, les scandales liés aux centres de soins infirmiers ont été nombreux. Au Canada, ce rapport (en anglais seulement) publié par l’International Longevity Centre stipule que la diminution de la reconnaissance des droits fondamentaux des personnes âgées constitue l’incidence la plus grave liée à la COVID-19, une déclaration qui en dit long et qui est étayée par de nombreuses informations alarmantes sur la hausse des abus envers les aînés et sur l’âgisme, notamment des violations en matière de réglementation des soins de santé dans les centres de soins infirmiers.

Par ailleurs, les travailleurs de la santé de Rykka Care Centres, une entreprise affiliée à Responsive Group Inc., ont déposé une plainte en matière de droits de la personne (en anglais seulement) pour discrimination fondée sur le sexe et la couleur de la peau, demandant de meilleures conditions de travail et le remplacement de la direction des centres. Le gouvernement provincial a également été désigné comme intimé pour son incapacité à réglementer et à superviser adéquatement les activités des centres de soins infirmiers.

Au Royaume-Uni, Amnistie internationale a signalé qu’une série de décisions « scandaleusement irresponsables » prises par le gouvernement, y compris la décision de transférer des patients infectés dans des centres de soins infirmiers, ont mis en danger la vie de dizaines de milliers de personnes âgées et entraîné de multiples violations de leurs droits de la personne. Un an après le début de la pandémie, une étude menée par UNI a révélé que la plupart des travailleurs de la santé ne gagnent toujours pas un salaire décent et que près du tiers d’entre eux n’ont pas un accès suffisant à l’équipement de protection individuelle.

En quoi cela concerne-t-il les investisseurs?

À mesure que les centres de soins infirmiers se remettent du virus, nous devons tirer parti de cette occasion pour améliorer le secteur de façon permanente en développant un modèle de travail plus résilient et humain. Nous aborderons ainsi les enjeux fondamentaux liés aux droits de la personne et contribuerons à une société plus juste et plus durable pour nous tous.

Si les droits de la personne ne sont pas une raison suffisante pour montrer pourquoi l’amélioration de ce secteur est si importante, il faut aussi tenir compte des raisons d’affaires. De meilleures normes de travail favoriseront de meilleurs soins, ce qui contribuera à atténuer les risques juridiques, de réputation et opérationnels pour les entreprises de ce secteur. Par exemple, cet article de Bloomberg Canada (en anglais seulement) datant de mai 2020 fait état de la chute des actions de sociétés de soins de longue durée dans la foulée du scandale des soins de santé en Ontario, dans lequel un rapport des Forces armées canadiennes décrit en détail le traitement « horrible » infligé aux résidents.

Conseils pratiques à retenir et mesures concrètes à prendre pour les investisseurs

Les entreprises doivent relever les normes relatives aux conditions de travail et à la qualité des soins, mais le poids ne repose pas uniquement sur leurs épaules : les gouvernements et les organismes de réglementation doivent veiller à ce que les cadres réglementaires et les dispositions en matière de financement permettent aux centres de soins infirmiers de répondre aux normes plus élevées. En tant qu’investisseurs dans ce secteur, notre rôle est d’établir des attentes claires à l’égard des entreprises en ce qui a trait à l’amélioration de ces normes.

En collaboration avec 99 autres institutions financières et représentant un actif sous gestion et un actif sous services-conseils combinés de 3 500 milliards de dollars, nous avons élaboré la déclaration des investisseurs sur les attentes à l’égard du secteur des centres de soins infirmiers (en anglais seulement) d’UNI Global Union et nous l’avons signée. Il est encore possible pour les investisseurs de signer et d’appuyer la déclaration. Nous demandons aux sociétés émettrices :

  • d’élaborer et de mettre en œuvre des normes qui non seulement s’adaptent aux exigences réglementaires locales en matière de sous-effectifs, de santé et de sécurité, de salaires, de négociations collectives et de qualité des soins, mais qui vont au-delà de celles-ci.
  • qui possèdent des biens immobiliers utilisés pour les centres de soins infirmiers, par exemple les fiducies de placement immobilier, d’aider les exploitants à répondre à ces attentes en supervisant leurs propriétés et en contrôlant leurs processus de surveillance afin de s’assurer que nos normes sont respectées.

À BMO Gestion mondiale d’actifs, nous avons communiqué avec 13 sociétés et fiducies de centres de soins infirmiers pour les inciter à disposer d’un nombre d’employés approprié, à améliorer les normes de santé et de sécurité, à utiliser adéquatement l’équipement de protection individuelle, à offrir des salaires équitables, à verser une prime de risque en cas de pandémie et à permettre au personnel de se syndiquer. Au moment où nous écrivons ces lignes, trois d’entre elles ont répondu, et des dialogues devraient bientôt avoir lieu.

Nous avons également soutenu les questions posées lors de l’assemblée générale annuelle de Fresenius SE concernant les normes du travail, ainsi que les propositions d’actionnaires déposées par d’autres investisseurs d’entreprises comme Chartwell Retirement Residences, demandant plus de renseignements sur la gestion du capital humain et le versement d’un salaire de subsistance au personnel.

Dernières observations

Nous pensons que ces attentes arrivent à un moment crucial : la barre doit clairement être relevée pour ce qui est des conditions de travail et de la qualité des soins dans les centres de soins infirmiers, et nous avons hâte de collaborer avec les entreprises et les autres investisseurs afin de changer les choses pour le bien commun. Nous croyons que le fait de s’attaquer à ces problèmes améliorera la confiance des investisseurs, des organismes de réglementation, des travailleurs, des résidents et de leur famille dans le secteur des centres de soins infirmiers, en cette période de grande inquiétude et au-delà.

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