Protection et sécurité des renseignements personnels en temps de pandémie mondiale : Considérations pratiques

Par suite de l’épidémie de COVID-19, les entreprises et les gouvernements ont dû prendre des mesures exceptionnelles pour protéger leurs employés, leurs clients et le public. Parmi ces mesures, le recours à la technologie a facilité le télétravail et offert de nouvelles façons de collecter, traiter et communiquer des renseignements personnels.

Les entreprises traitant des renseignements identificatoires, financiers ou relatifs à la santé doivent adopter des systèmes de cybersécurité robustes minimisant le risque d’atteinte à la vie privée. Elles doivent aussi tenir compte, durant et après la pandémie, des points suivants : types de données recueillies, méthode de collecte, utilisation dans la prise de décisions, lieux d’entreposage et durée de conservation.

En quoi consiste la protection des renseignements personnels et comment a-t-elle évolué au fil du temps ?

Le droit à la vie privée est un « droit humain fondamental » reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et autres traités internationaux et régionaux. Les définitions varient et peuvent comprendre la confidentialité des renseignements personnels (p. ex., dossiers médicaux), la protection du corps humain (p. ex., dépistage de la consommation de drogues) et de l’espace personnel (p. ex., résidence), et le caractère privé des communications personnelles (p. ex., courriels et conversations téléphoniques). La sécurité des données consiste à protéger l’ensemble des renseignements personnels recueillis, utilisés ou entreposés, contre toute utilisation non autorisée.

Au cours de la dernière décennie, les gouvernements et les consommateurs ont accordé de plus en plus d’attention à la protection et à la sécurité des renseignements personnels. Cet intérêt grandissant s’explique surtout par la montée de la mondialisation, les progrès technologiques, l’utilisation d’outils multimédias et l’évolution des modèles d’affaires qui tirent une valeur financière de données personnelles.

Les préoccupations suscitées par la protection et la sécurité des données ont d’ailleurs incité les gouvernements à adopter une nouvelle génération de règlements. Ainsi, en 2016, l’Union européenne (UE) a promulgué le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui régit la collecte de données sur les résidents de l’UE par les entreprises situées en Europe et ailleurs. Le non-respect de la réglementation et des exigences en matière de protection des renseignements personnels peut entraîner des coûts exorbitants. Par exemple, en cas d’infraction au RGPD, les entreprises s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros ou à 4 % de leur chiffre d’affaires annuel (selon le plus élevé des deux montants).[1] Au cours des dernières années, plusieurs entreprises ont écopé d’amendes pour atteinte à la confidentialité des données. C’est notamment le cas de British Airways (205 millions d’euros en 2019), de Marriott International (110 millions d’euros en 2019) et de Google Inc. (50 millions d’euros en 2019),[2] qui ont été condamnées en vertu du RGPD. La Federal Trade Commission (FTC) a quant à elle sanctionné Facebook (5 milliards de dollars américains en 2019),[3] ainsi que Google et sa filiale YouTube (170 millions de dollars américains).[4]

Comment les entreprises peuvent-elles assurer la protection des renseignements personnels ?

Les risques liés à la confidentialité des données pour une entreprise dépendent largement de son modèle d’affaires, ainsi que de la nature, du traitement et de l’entreposage des données recueillies. Pour assurer la protection et la sécurité des renseignements personnels, une entreprise doit :

  1. définir les responsabilités du conseil d’administration et ses obligations en matière de surveillance
  2. connaître les lois et les règlements et s’y conformer
  3. recueillir uniquement les données nécessaires
  4. obtenir le consentement et comprendre son principe
  5. adopter des pratiques rigoureuses pour gérer la sécurité des données
  6. sensibiliser les employés à la protection des renseignements personnels.

En quoi la confidentialité et la protection des renseignements personnels seront-elles différentes par suite de la COVID-19 ?

Malgré le rôle important des données et de la technologie aidant les entreprises et les autorités à cerner, à suivre et à surveiller la propagation de la COVID-19, la protection et la sécurité des renseignements personnels doivent demeurer au centre des préoccupations. Une fois que les besoins immédiats suscités par la crise auront été comblés, les entreprises et les gouvernements doivent :

  • veiller au respect des lois sur la vie privée: les données susceptibles d’avoir été obtenues en vertu de lois sur les mesures d’urgence, de lois modifiées ou de lignes directrices précises liées à la COVID-19, doivent être répertoriées et évaluées pour s’assurer que leur collecte, traitement ou communication respectent les lois applicables.
  • réitérer le consentement des personnes et les droits relatifs aux données: Même si le consentement implicite ou la transmission volontaire de certaines informations peuvent avoir été appropriés durant la crise en vertu de changements apportés à la législation ou aux exigences, le consentement explicite pourrait être requis une fois la crise terminée, surtout si l’objectif de la collecte des données change. [5]
  • vérifier la protection et la sécurité des données: durant la crise, des solutions technologiques ou d’autres mécanismes, comme les vidéoconférences, l’accueil à distance ou les vérifications numériques, peuvent avoir été adoptés, sans avoir été soumis au processus habituel de gestion du risque lié aux tiers. Les entreprises doivent combler les éventuelles lacunes de leur processus de vérification, pour éviter toute infraction aux lois sur la vie privée et toute violation des mécanismes de sécurité.

La qualité et l’efficacité des systèmes de protection et de sécurité des données qu’adoptent les sociétés figurent parmi les facteurs dont nos équipes des placements tiennent compte dans l’intégration des critères ESG. Elles incluent les processus de collecte et d’utilisation des données, l’obtention du consentement et la monétisation, la rigueur des politiques sur la confidentialité des renseignements, les responsabilités de l’équipe de direction, les audits sur la confidentialité et la sécurité, la formation du personnel, la présentation de l’information et la supervision du conseil d’administration. Pour en savoir plus sur la démarche de RBC GMA en matière d’investissement responsable, consultez le site www.rbcgam.com/ir.

Sources:

[1] Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil, 27 avril 2016, droit de l’Union européenne (Link)

[2] GDPR Enforcement Tracker, suivi par CMS. Law. Tax, consulté le 28 avril 2020 (Link)

[3] Facebook fined $5 billion by FTC, must update and adopt new privacy, security measures, 24 juillet 2019, USA Today (Link)

[4] Google and YouTube Will Pay Record $170 Million for Alleged Violations of Children’s Privacy Law, 4 septembre 2019, Federal Trade Commission (Link)

[5] COVID-19, Managing privacy and cyber issues, mars 2020, McCarthyTetrault

Clause de non-responsabilité de l’AIR
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Investir dans le combat contre les changements climatiques

Les changements climatiques représentent certainement le plus grand défi de notre époque. De l’avis de la plupart des experts, il est primordial que les dirigeants du monde entier amorcent une transition vers une économie à faibles émissions de carbone afin d’éviter les pires conséquences de l’homme sur le climat.

Les choix que nous faisons chaque jour, que ce soit la nourriture que nous consommons ou les vêtements que nous portons, ont tous un impact sur notre capacité à combattre les changements climatiques. Cela s’applique tout particulièrement à nos décisions de placement. En s’engageant collectivement à investir uniquement dans des entreprises dévouées à réduire leur empreinte carbone, les investisseurs particuliers peuvent inciter les grandes entreprises à harmoniser leurs objectifs d’affaires avec les principes du développement durable.

Selon nous, des décisions de placement responsables et rentables exigent une gestion active et une approche à plusieurs volets. Dans le présent document, nous vous présentons les principales composantes de cette approche.

Dessaisissement

L’une des premières décisions à prendre pour contrer les changements climatiques consiste à s’attaquer à la source du problème, soit les combustibles fossiles. Plusieurs années seront nécessaires afin de sevrer l’économie des combustibles fossiles, mais nous pouvons accélérer ce processus en retirant notre soutien financier aux entreprises qui contribuent davantage aux changements climatiques. En d’autres mots, nous liquidons les investissements dans :

  • Les producteurs de pétrole, de gaz naturel et de charbon
  • Les entreprises de pipelines
  • Les sociétés de distribution de gaz
  • Les installations de gaz naturel liquéfié

Décarbonisation

Par décarbonisation, on entend éviter les entreprises dont l’empreinte environnementale est supérieure à la moyenne et privilégier celles qui se démarquent à deux égards :

  • Des directives claires du conseil d’administration visant à intégrer le risque climatique dans les décisions d’affaires, l’analyse financière, l’évaluation des placements et la planification à long terme;
  • Établissement de cibles en matière de conservation et d’efficacité de l’énergie, de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou d’achat/production d’énergie verte.

Apple Inc., par exemple, fait preuve de leadership à ces égards. Voici d’ailleurs quelques faits saillants :

  • Transition complète à l’énergie renouvelable pour l’électricité utilisée dans ses bureaux, ses magasins de détail et ses centres de données dans 43 pays.
  • Réduction des émissions de ses activités directes, qui ne représentent désormais que 2 % de son empreinte environnementale.
  • Augmentation de la portée de ses efforts de réduction des émissions, par le biais de son programme d’énergie verte destiné aux fournisseurs, visant la transition à l’énergie renouvelable pour toute sa chaîne d’approvisionnement.
  • Réduction de son empreinte carbone de 35 % entre 2015 et 2018 et de l’utilisation énergétique moyenne de ses produits de 70 % sur une période de 10 ans.
  • En 2016, l’entreprise est devenue la première société technologique américaine à émettre des obligations vertes.

Lorsque des leaders industriels comme Apple prennent des mesures aussi claires et décisives à l’égard des changements climatiques, les autres entreprises ont tendance à y donner suite, créant ainsi un effet d’entraînement qui donne des résultats concrets pour l’environnement.

Réinvestissement

Nous mettons l’accent sur les entreprises qui font progresser l’équation énergétique vers un avenir sans carbone.

Au cours des dernières années, l’importance accrue portée au besoin de réduire le risque climatique a entraîné une forte croissance de l’énergie alternative, des technologies de transport sans combustibles fossiles et des projets d’infrastructure verte. Notons, par exemple :

Parmi les entreprises à la tête de la transition à un monde sans carbone, notons TPI Composites Inc., le plus important fabricant indépendant américain de pales en composite destinées au marché en forte croissance des éoliennes et à leurs fabricants. Les pales produites par TPI en 2018 sont en mesure d’éliminer 213 millions de tonnes de CO2 pendant leur durée de vie moyenne de 20 ans, ce qui correspond aux émissions de plus de 45 millions de voitures conduites pendant un an ou à plus de 836 milliards de kilomètres parcourus.

Stratégie d’engagement des actionnaires

Nous croyons que les gestionnaires de fonds devraient se servir de leur statut d’actionnaire principal pour inciter les entreprises à déployer tous les efforts nécessaires pour combattre les changements climatiques. Cela est possible en discutant activement et régulièrement avec les équipes de direction, que ce soit en personne ou en collaboration avec les autres actionnaires ou les parties prenantes. Cette stratégie peut aussi se révéler très efficace pour remettre les entreprises sur la bonne voie lorsqu’elles dérogent à leur engagement envers l’environnement.

Importance de la preuve écrite

Les investisseurs canadiens qui souhaitent investir de manière responsable comptent sur un nombre croissant d’options sur le marché, compliquant ainsi leur sélection des meilleurs placements. De plus, il est difficile de séparer les fonds qui font semblant de respecter l’environnement de ceux qui sont entièrement dévoués aux changements climatiques.

Outre les quatre caractéristiques mentionnées ci-dessus, on peut rechercher un élément qui témoigne de leur engagement sans équivoque : leur volonté d’indiquer dans le prospectus, soit un document réglementaire ayant force exécutoire, que l’objectif du fonds est d’investir dans des entreprises vouées à la responsabilité environnementale. Les Fonds IA Clarington Inhance PSR, gérés par Vancity Investment Management Ltd., intègrent cette approche active multidimensionnelle et un engagement au développement durable.

Sources:

[1] Agence internationale de l’énergie, Global Energy Review 2020.

[2] http://carsalesbase.com/global-car-sales-2018.

[3] Gaurav Sharma, « Green Bond Market Poised to Hit a Mammoth $200B Valuation in 2019, » Forbes.com, 31 janvier 2019.

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Le gouvernement fédéral confirme qu’il examine les recommandations du Groupe d’experts du Canada sur la finance durable

Alors que nous commençons cette décennie, la nécessité d’agir pour accélérer la transition du Canada vers une économie sobre en carbone est devenue un impératif. Même si nous n’avions probablement pas besoin de nous rappeler de l’urgence de la crise climatique, la semaine dernière, l’enquête sur la perception des risques mondiaux du Forum économique mondial de 2020 a révélé que les répondants classaient les événements liés à l’environnement et au climat comme les 5 principaux risques mondiaux les plus probables au cours des 10 prochaines années. Les répondants au sondage ont également classé l’échec de l’action climatique comme le risque ayant le plus grand impact sur l’économie mondiale, s’il devait se produire.

Les investisseurs responsables sont depuis longtemps à l’avant-garde de la compréhension de la nature systémique des risques liés au climat, et nous pensons qu’il est urgent d’agir.

En novembre 2019, nous avons écrit au premier ministre et aux nouveaux ministres des Finances, de l’Environnement et du Changement climatique et des Ressources naturelles pour réitérer notre soutien aux recommandations du Groupe d’experts du Canada sur les finances durables, et a noté le large soutien de ces recommandations dans le secteur financier. Nous avons encouragé le gouvernement à donner la priorité aux recommandations du Groupe d’experts, ce qui démontrerait son engagement à faire progresser la transition du Canada vers une économie intelligente face au climat, résiliente et prospère.

Dans les lettres de mandat du ministre (émises le 13 décembre 2019), nous pouvons voir que la lutte contre les changements climatiques est certainement une priorité pour ce gouvernement fédéral. L’honorable Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, a été chargé de diriger le « plan d’action climatique, un environnement plus propre et une économie durable » du gouvernement. Cela comprend le dépassement des cibles actuelles de 2030 et l’élaboration d’un plan pour réaliser une économie à émissions nettes nulles d’ici 2050. » Les priorités comprennent la mise en œuvre du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements ainsi que les aspirations aux technologies propres, aux véhicules zéro émission et d’autres initiatives. Cependant, aucune des lettres du mandat ne mentionnait directement les recommandations d’un groupe d’experts.

Notre inquiétude concernant la négligence de la finance durable a été dissipée le 14 janvier 2020, lorsque le ministre Wilkinson nous a écrit pour reconnaître la réception de notre lettre. Le message que nous avons reçu est clair: le gouvernement reconnaît que les initiatives de financement durable ont un rôle clé à jouer dans la réalisation des objectifs climatiques du Canada. De plus, il est « extrêmement enthousiaste d’impliquer directement le secteur privé dans la promotion de solutions » et travaillera avec le ministre des Finances Morneau pour examiner les recommandations du groupe d’experts.

Le 24 janvier 2020, nous avons été très heureux de recevoir une lettre de l’honorable Seamus O’Regan, ministre des Ressources naturelles. Le ministre O’Regan a confirmé qu’il travaillera en étroite collaboration avec les ministres de l’Environnement et du Changement climatique et des Finances pour examiner les recommandations du Groupe d’experts. Il a également assuré l’engagement du gouvernement de travailler à la réalisation d’une économie sobre en carbone et intelligente face au climat au Canada.

Nous accueillons favorablement ces signaux très positifs du gouvernement fédéral. La finance durable est à leur ordre du jour et ils sont prêts à s’engager avec le secteur privé pour faire face à la crise climatique. Avec les risques liés au climat qui se profilent, nous sommes encouragés par cette opportunité pour les investisseurs responsables de collaborer avec le gouvernement fédéral pour permettre la transition du Canada vers une économie intelligente face au climat.

Les buts de l’entreprise en révolution : la doctrine Friedman fait place à la doctrine des parties prenantes

Une révolution s’est produite aujourd’hui – une révolution dans la manière dont les dirigeants d’entreprise définissent leur objectif.

En 1970, l’économiste Milton Friedman a écrit : « Il n’existe qu’une seule et unique responsabilité sociale des entreprises : utiliser ses ressources et mener des activités visant à accroître ses profits, dans la mesure où elle respecte les règles du jeu, c’est-à-dire qu’elle s’engage dans une concurrence ouverte et libre sans tromperie ou fraude. » Friedman est allé encore plus loin en qualifiant la responsabilité sociale de « doctrine fondamentalement subversive ».

En bref, la doctrine Friedman stipule que les entreprises doivent se concentrer uniquement sur la maximisation des profits tout en respectant la loi. Pendant des décennies, cette réflexion a jeté les bases théoriques des activités d’affaires.

C’est maintenant chose du passé.

Aujourd’hui, la Business Roundtable basée aux États-Unis et composée de 181 chefs de la direction a annoncé qu’elle avait abandonné la doctrine Friedman pour la remplacer par une nouvelle vision centrée sur un ensemble plus large de parties prenantes comprenant les clients, les travailleurs, les fournisseurs et les communautés.

Ce groupe puissant – qui comprend notamment les chefs de la direction d’Apple, d’Amazon, de Goldman Sachs, de Bank of America et d’ExxonMobil – affirme désormais que les entreprises doivent « protéger l’environnement » et « promouvoir la diversité et l’inclusion, la dignité et le respect » pour leurs employés tout en générant des profits à long terme pour les actionnaires.

La disparition de la doctrine Friedman marque un changement fondamental dans la façon dont les chefs d’entreprise comprennent le but d’une entreprise. La responsabilité sociale n’est plus une « doctrine subversive », elle fait plutôt partie du but même d’une entreprise, selon ceux qui dirigent 181 des plus grandes entreprises américaines.

Les investisseurs responsables intègrent les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions d’investissement depuis des années, car ils reconnaissent que les sociétés bien gouvernées avec des performances et des indicateurs sociaux et environnementaux solides sont susceptibles de constituer de meilleurs investissements à long terme. Ce groupe d’entreprises de premier plan a maintenant redéfini son objectif conformément à cette idée.

La doctrine Friedman a fait place à la doctrine des parties prenantes. Nous aimerions beaucoup voir une déclaration similaire de la part du Conseil canadien des affaires, avec qui nous entrerons en contact afin d’entamer un dialogue.

Ensemble, nous devons : retour sur la conférence de l’AIR 2019

Excitation. Urgence. Responsabilité. C’est ce que vous avez ressenti si vous avez assisté à la Conférence de l’AIR 2019 à Montréal les 24 et 25 avril dernier.

Roger Beauchemin, PDG d’Addenda Capital et vice-président du conseil d’administration de l’AIR, l’a dit très simplement dans son discours d’ouverture; la participation croissante, avec un record de 570 inscriptions et une centaine de plus sur la liste d’attente, témoigne de l’importance de l’investissement responsable, non seulement pour les acteurs des marchés financiers au Canada, mais pour nous tous. « J’espère que vous quitterez cette conférence avec un regain d’énergie et de détermination à changer le monde, car ensemble nous pouvons, et honnêtement, ensemble, nous devons. »

De la gouvernance du changement climatique et des femmes dans les positions de leadership en passant par l’intelligence artificielle et le cannabis, l’événement bilingue de deux jours avait quelque chose pour tout le monde. Si vous avez manqué le plus grand événement ESG au Canada, voici un aperçu de ce qui s’est passé au cours des séances plénières.

Jour 1 de la Conférence de l’AIR 2019

Intelligence artificielle : perturbation responsable?

Il semble que de nouvelles applications pour l’intelligence artificielle (IA) se déploient quotidiennement, transformant nos tâches et occasionnant de nombreuses questions. Comment s’assurer que les données sont utilisées de manière responsable? Comment l’IA affectera-t-elle nos effectifs et à quoi ressemble une transition socialement inclusive? Premier vice-président – Technologies de l’information (CIO), Mouvement Desjardins, s’est joint à David Beauchemin, directeur régional chez Google Cloud, pour démystifier ce que l’IA signifie vraiment et où elle va. Que cela nous plaise ou non, la révolution est là : on estime que 75 % des applications commerciales utiliseront l’IA d’ici 2021.

Cependant, M. Beauchemin a souligné que ce n’est pas parce que nous pouvons l’appliquer que nous devrions – Google suit une approche fondée sur des principes qui limite l’IA aux applications socialement bénéfiques et évite celles qui causent un préjudice ou portent atteinte aux droits internationaux et aux droits de l’homme.

Le « S » dans ESG : le rôle des investisseurs dans le respect des droits de l’homme

Les participants ont eu le privilège d’entendre le professeur John Ruggie de l’Université Harvard, architecte du Pacte mondial des Nations Unies et des Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, dans un discours captivant. Le professeur Ruggie a abordé trois points principaux : l’importance cruciale des facteurs ESG dans notre économie mondiale extraordinairement turbulente, le besoin urgent de pousser l’ESG plus loin dans le courant dominant et comment un examen plus scrupuleux de la dimension humaine du « S » peut renforcer la cohérence des données et la confiance dans l’ensemble des facteurs ESG. « Vous ne pouvez pas résoudre un problème avec les outils qui l’ont créé. Nous avons besoin de nouveaux outils – et ESG est l’un de ces outils. »

Les ODD en action : comment allons-nous atteindre les objectifs de développement durable?

Des experts d’Unilever, des chemins de fer Canadien National, de Mercy Investments et de Patrimoine Aviso ont abordé la question : comment les investisseurs et les entreprises peuvent-ils travailler ensemble pour atteindre les ODD? Le modérateur Fred Pinto, V.-p. principal, chef de la gestion d’actif chez Patrimoine Aviso, a préparé le terrain avec l’idée que l’utilisation des ODD comme objectif commun permettra aux entreprises de créer un cadre pour construire un avenir plus durable grâce à de nouveaux produits et services. Tout le monde y trouve son compte.

Le panel a exploré l’idée qu’il ne s’agit pas seulement d’atteindre les ODD, mais également de mesurer la performance des entreprises dans le cadre des ODD. Si les ODD sont la carte mondiale de l’avenir de la prospérité humaine, de la santé et du bien-être, de l’égalité des sexes, de la résilience environnementale et de la sécurité financière, les entreprises doivent débloquer des moyens de réussir en leur sein.

Discours liminaire sur le capitalisme conscient

Bien que le capitalisme reste le meilleur système que nous n’ayons jamais connu pour créer la prospérité, la dure réalité est que « le capitalisme est brisé ». Les externalités négatives sont difficiles à avaler, mais ne peuvent plus être ignorées. Dans son discours liminaire de l’après-midi, Erika Karp, fondatrice et PDG de Cornerstone Capital, a entretenu l’auditoire avec une conversation bien nécessaire sur le fait d’être inconfortable.

Karp est sans aucun doute l’une des rares personnes capables de prononcer un discours avec un équilibre parfait entre la franchise et la légèreté. « Il y a beaucoup de choses avec lesquelles nous sommes très inconfortables, a affirmé Karp, faisant référence aux nombreux défis environnementaux et sociaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. La clé est de les saisir et d’y remédier. » Heureusement, nous assistons déjà à une forte dynamique des différents coins du monde de la finance durable : adoption généralisée des normes de divulgation ESG, les médias sociaux favorisant une transparence sans précédent et un échange d’informations à grande vitesse, l’émergence d’un traitement puissant des données et une meilleure qualité des données, et la le plus grand transfert de richesse entre les mains de la génération la plus socialement consciente et la plus motivée qui soit. Et ce n’est que le commencement.

Gouvernance des changements climatiques

Dirigée par Sophie Lemieux, Vice-présidente, Marchés institutionnels, Fiera Capital la dernière session de la journée a été consacrée à l’émergence du changement climatique en tant qu’enjeu majeur de gouvernance d’entreprise pour les entreprises. Le fardeau de la preuve, a convenu le panel, qui comprenait des représentants de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et de Bâtirente, incombe aux membres du conseil d’administration. Ils ont souligné que les outils n’offrent que des lignes directrices, et non des règles, et qu’il appartient en fin de compte aux membres du conseil d’administration de faire face aux risques liés aux changements climatiques.

Des étapes clés, comme la COP21, peuvent également être utilisées pour guider la planification des changements climatiques pour les conseils d’administration, bien qu’une réglementation soit nécessaire pour créer des informations obligatoires sur cet enjeu. Ce n’est qu’alors que les investisseurs et les entreprises pourront mener une analyse appropriée et avancer systématiquement.

Jour 2 de la Conférence de l’AIR 2019

Avant de plonger dans une autre journée complète de discussions engageantes et de pauses de réseautage bien remplies, la foule a pu écouter les remarques d’ouverture encourageantes de Luc Fortin, président et chef de la direction de la Bourse de Montréal (MX) et chef, activités globales de négociation de Groupe TMX. Après avoir adhéré à l’initiative des bourses durables des Nations Unies (SSE) en février de cette année, TMX a fait preuve de leadership dans la promotion de la performance en matière de durabilité et de transparence sur les marchés financiers.

L’éducation et le dialogue avec l’industrie sont des priorités absolues, c’est pourquoi M. Fortin a été heureux d’annoncer que TMX venait de se joindre à l’AIR en tant que nouveau membre associé. « Pour TMX, la collaboration est essentielle et c’est le catalyseur ultime du succès, a déclaré M. Fortin. Nos clients et intervenants sont nos partenaires de confiance pour rendre les marchés du Canada plus forts et plus résilients. »

L’avenir de la finance durable au Canada : discussion avec le groupe d’experts

Il s’avère que les Canadiens sont encore plus généreux qu’on ne le pensait auparavant. Kim Thomassin, première vice-présidente, Affaires juridiques et Secrétariat à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), et Tiff Macklem, doyen de la Rotman School of Management de l’Université de Toronto et ancien sous-gouverneur en chef de la Banque du Canada, a discuté avec Roger Beauchemin, PDG d’Addenda Capital, de la consultation approfondie du Groupe d’experts et des défis de la transition du Canada vers une économie faible en carbone.

En général, le public canadien a du mal à voir la durabilité comme une opportunité financière, et presque tous les participants à la table ronde ont soulevé la problématique des données dans l’évaluation des risques climatiques. Un partenariat public-privé axé sur la collecte d’informations climatiques et le développement d’outils analytiques pourrait faire partie de la solution. Le Groupe d’experts publiera son très attendu rapport final et ses recommandations en mai.

L’ESG à long terme : où en sommes-nous et où allons-nous?

Beaucoup considèrent Michael Jantzi, pionnier de l’ESG et chef de la direction de Sustainalytics, comme un leader communautaire dans le secteur de l’investissement responsable. Dans un discours captivant sur l’état actuel et futur de l’ESG, il a fait exactement ce qu’un leader communautaire ferait : reconnaître les progrès et affronter les problèmes. Du côté positif, l’ESG est là pour rester. Une base solide, construite par d’autres il y a plusieurs décennies, s’est traduite par des opportunités de croissance incroyables.

En même temps, avec plus d’opportunités viennent plus de responsabilités. « L’ESG, à ce stade, n’a pas été examiné aussi attentivement qu’il va l’être », a averti Jantzi. Les problèmes les plus graves, cependant, bouillonnent sous la surface. « Nous assistons à un effritement de la civilité dans le discours », ajoute-t-il, faisant référence à la politisation et à la polarisation croissantes des enjeux ESG parmi la population générale. « Si vous pensez que [ces enjeux] sont importants pour pour la non-politisation, alors nous devons nous impliquer. »

Gérer le capital humain pour accroître la valeur actionnariale

La valeur d’une entreprise se mesure par les employés qui la composent. Alors, comment les investisseurs et les entreprises peuvent-ils travailler ensemble pour gérer efficacement le personnel et créer plus de valeur pour les employés, la direction et les actionnaires? Le modérateur Olivier Gamache, président du Groupe Investissement responsable (GIR), a été rejoint par les panélistes Armelle de Vienne, associée principale, analyse ESG chez Rockefeller Capital Management, Valérie Cecchini, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille chez Mackenzie Investments, et Erica Coulombe, associée chez Millani, pour discuter des nombreuses formes de gestion du capital humain, notamment pratiques d’embauche, formation, le bien-être et la rétention des employés.

La discussion a porté sur le fait que la gestion du capital humain n’est pas un défi singulier, surtout si l’on considère les différences entre les industries et les régions. En raison de ces complexités, certaines entreprises ont du mal à créer une stratégie globale et à communiquer précisément les résultats. Cependant, la conclusion de la discussion était claire : il existe une corrélation entre une gestion efficace du capital humain et la performance financière.

Les femmes dans les postes de direction : comment les entreprises et les investisseurs peuvent-ils accélérer les progrès en matière d’égalité entre les sexes?

La diversité des sexes au niveau des conseils d’administration est au point mort au Canada et ailleurs. Il s’agit d’un enjeu ESG que les investisseurs et les entreprises sont en mesure de traiter très efficacement, améliorant ainsi le leadership et la diversité aux échelons les plus élevés de l’échelle de l’entreprise. Alors, comment pouvons-nous accélérer les progrès? Selon les panélistes Sherazad Adib, directrice principale de Catalyst, Tina Debos, consultante principale, diversité et inclusion chez Bell, Vicki Bakhshi, directrice principale, chef de la gouvernance et de l’investissement durable chez BMO GMA, et la modératrice Milla Craig, présidente et chef de la direction de Millani, les investisseurs ont plusieurs les outils à leur disposition, notamment :

  • l’introduction d’un nombre limite de mandats pour encourager le changement;
  • plus d’engagement des investisseurs pour encourager les objectifs de diversité au niveau de l’entreprise
  • la création de fonds communs de placement qui mettent l’accent sur la diversité des sexes
  • la mise à jour de la législation qui reflète le point de vue des investisseurs et des entreprises aujourd’hui
  • l’élargissement des qualifications pour les postes au conseil; et
  • une meilleure mesure et divulgation de la diversité et de l’inclusion.

L’alpha et le bêta de l’investissement ESG

Selon Thierry Roncalli, responsable de la recherche quantitative chez Amundi Asset Management, le moment est venu pour les investisseurs d’agir. Nous sommes confrontés à des enjeux mondiaux qui remettent en cause notre modèle économique, comme les changements climatiques, et bien que de nombreux investisseurs aient accueilli l’ESG dans leur stratégie d’investissement, d’autres restent hésitants. La question la plus courante pour les retardataires est peut-être la plus évidente : quel est le lien entre ESG et performance?

Roncalli suggère que les résultats sont mitigés. Jusqu’en 2014, les recherches ont montré que l’ESG pouvait nuire aux performances, mais les données plus récentes sont beaucoup plus positives, montrant une corrélation entre la valeur à long terme et les scores ESG positifs. Une partie du problème est que les scores ESG sont relatifs et non absolus. Par conséquent, lorsque vous les comparez à d’autres indicateurs, comme le score de crédit, ils sont moins cohérents.

Lorsque les investisseurs considèrent ces informations ESG supplémentaires, comme le risque extrafinancier et la gestion des risques à long terme, il existe un lien étroit entre l’ESG et la performance. Message de conclusion de Roncalli à un public de plusieurs centaines de professionnels de l’investissement : « Si nous évoluons collectivement, nous pouvons voir que nous sommes capables de déplacer le marché. »

Ceci est un résumé des sessions plénières de la Conférence de l’AIR 2019. Les diapositives de la conférence et plus d’informations sur certaines sessions sont disponibles ci-dessous :

La conférence de l’AIR 2020 se tiendra à Toronto du 8 au 9 juin. Inscrivez-vous ici pour des mises à jour sur l’inscription, les conférenciers et plus encore! Inscrivez-vous maintenant.

Avertissement
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article reflètent ceux des intervenants et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’endosse, ne recommande ni ne garantit aucune des affirmations des intervenants. Cet article est destiné à fournir des informations générales.

Quel est le principal obstacle dans l’adoption de l’IR? Probablement nous…

Il est tentant de regarder la rapide progression des solutions d’investissement responsable (IR) et de conclure que nous faisons tout ce qu’il faut.

Au Canada, les actifs IR enregistrent effectivement une nette augmentation (+33 % au cours des deux dernières années) et s’établissent aujourd’hui à 2 billions $. Les actifs des fonds communs de placement orientés sur l’IR progressent au même rythme et représentent aujourd’hui plus de 11 G$. De plus, il est quasiment certain que cette croissance se poursuivra au cours des deux prochaines années, selon un rythme modéré à soutenu. Ces excellentes nouvelles, ainsi que d’autres informations tout aussi encourageantes, ont été révélées par le dernier Rapport de tendances de l’investissement responsable publié par l’AIR.

Les praticiens IR que nous sommes peuvent donc se reposer et regarder la vague continuer de grossir. Cette attitude passive ne nous correspond pas vraiment et ne serait de toute façon pas dans notre intérêt. Tant mieux. Les principaux obstacles à une adoption plus large de l’IR persistent effectivement, malgré cette formidable croissance, et particulièrement la crainte d’un rendement inférieur. Tant que nous n’avons pas réglé ce problème, l’IR n’atteindra pas son plein potentiel.

Alors, comment faire pour passer à la vitesse supérieure?

Commençons par observer les différences entre les investisseurs institutionnels et les épargnants individuels dans l’adoption de l’IR. Le marché institutionnel, faisant vraisemblablement fi des préjugés sur le rendement des actifs IR, démontre une tendance extrêmement favorable qui surpasse clairement celle observée pour les investisseurs individuels. En effet, le Rapport de tendances de l’investissement responsable a conclu que les gestionnaires de régimes de retraite et d’autres fonds institutionnels privilégiaient l’IR pour les avantages procurés sur les plans de la maîtrise du risque, du rendement potentiel et du devoir fiduciaire de façon générale.

Sur le marché des particuliers, la progression paraît également soutenue, mais moins généralisée. Cependant, des questions résultent de la déconnexion apparente entre ces épargnants individuels et les conseillers, car ils ont clairement exprimé leur soutien envers les sociétés tenant compte des facteurs ESG dans l’exploitation de leurs activités et ont même déclaré qu’ils s’attendaient pleinement à ce que leur conseiller intègre ces aspects environnementaux sociaux et de gouvernance dans la gestion de leur portefeuille. Pourtant, selon Allianz Global Investors, seulement 14 % des conseillers présentent à leurs clients l’IR de façon proactive lorsqu’ils les rencontrent.

Les doutes habituels entourant les rendements, l’étendue de la gamme de solutions offertes et le prétendu manque d’intérêt de leurs clients – qui n’en parlent pas spontanément – expliqueraient cette réticence des conseillers à miser sur l’IR. Nous savons à quel point tout ceci est inexact. On dirait que toutes ces années où nous nous sommes creusé la tête pour remettre en cause ces idées reçues, en apportant des preuves claires et apparemment irréfutables, n’auraient servi à rien.

En réalité, leurs réticences pourraient avoir une autre cause, qui est de plus en plus souvent évoquée. Malgré le potentiel de l’investissement responsable pour le développement de leur activité, nombre de conseillers ont expliqué qu’ils n’abordaient pas cette question avec leurs clients, car ils ne savaient tout simplement pas comment faire. Comment est-ce possible? Probablement que nous (les fournisseurs et promoteurs de solutions IR) ne les aidons pas.

Tout dépend effectivement de la façon dont nous abordons ce sujet. Habituellement, nous positionnons l’IR par rapport à des valeurs, en expliquant qu’il s’agit « de la chose à faire », ou par rapport à des faits, en démontrant la supériorité de l’IR en matière d’investissement. Les deux approches risquent en réalité d’inhiber plutôt que de favoriser l’adoption.

Lorsque nous nous plaçons sur le plan des valeurs, nous demandons aux conseillers et aux investisseurs de croire à ce que nous croyons. C’est évidemment délicat. Comme tout le monde, ils ont déjà leurs propres croyances, souvent bien enracinées. Si celles-ci ne correspondent pas aux valeurs de l’IR, il y a peu de chances qu’ils changent d’opinion, du moins à court terme.

Lorsque nous nous plaçons sur le plan des faits, le risque de dissociation est encore plus élevé. La question du rendement des placements IR trouve un certain écho parmi les investisseurs institutionnels, mais la plupart des épargnants individuels demeurent persuadés que la catégorie procure une performance inférieure. Ils changeront difficilement d’avis, même si nous leur assénons toutes nos données. Les conseillers qui ont investi pour le compte de leurs clients avec succès (et c’est probablement le cas pour tous grâce au marché haussier dont nous avons bénéficié) ne seront en effet probablement pas très disposés à entendre qu’ils ont fait fausse route depuis le début.

Alors, que faire?

La solution à ce dilemme se trouve dans la façon dont nous structurons la conversation IR. Au lieu de rester sur le quoi ou le comment de l’IR, il vaudrait mieux amorcer la conversation visant les investisseurs en expliquant ce que la démarche peut effectivement leur apporter. Ainsi, on arrive en plein cœur du sujet : les besoins des investisseurs.

Une conversation centrée sur les besoins place les conseillers dans une position beaucoup plus favorable, pour l’IR également. Quel conseiller n’a, par exemple, jamais parlé à un investisseur du besoin de gérer le risque ou de dénicher de nouvelles opportunités de croissance? Il s’agit de besoins universels qui peuvent être comblés de différentes façons grâce aux solutions IR. D’autres besoins naissants peuvent de plus n’être satisfaits que par des solutions IR, comme celui d’avoir un impact positif au-delà du rendement procuré.

Structurer la conversation de manière à placer les besoins du client en priorité permet aussi au conseiller de démontrer une réelle valeur, un aspect non négligeable dans un monde post-MRCC2.

En définitive, le secret pour que l’IR réalise la percée que nous souhaitons tous consiste à réussir la connexion avec notre audience. Nous avons atteint un certain niveau de réussite en abordant l’IR comme nous l’avons fait jusqu’à présent. Est-ce suffisant pour que cette croissance se poursuive ou est-ce qu’un angle d’approche différent pourrait accélérer significativement l’adoption de l’IR?

En recentrant nos conversations sur l’éventail des besoins que les solutions IR peuvent structurellement combler, nous permettrons aux conseillers d’aborder beaucoup plus facilement la question et aurons bien plus de chances de dissiper les préjugés qui entravent une adoption plus généralisée de l’investissement responsable.

Clause de non-responsabilité
Les opinions exprimées aux présentes sont celles de l’auteur et pas nécessairement celles de Placements NEI.

Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

 

Pour en arriver à un portefeuille 100 % d’impact

En 2016, la Fondation Inspirit, une fondation publique qui fait la promotion de l’inclusion et du pluralisme par l’entremise des médias et des arts, du soutien aux jeunes acteurs du changement et de l’investissement d’impact, s’est engagée à avoir un portefeuille 100 % d’impact afin de tirer profit de ses actifs afin de générer des rendements ainsi que des impacts sociaux et environnementaux positifs. Cet engagement a été officialisé dans le cadre de notre Énoncé de politique de placement (EPP), qui indique que nos décisions de placement doivent être guidées par trois principes :

  1. Rendement financier ajusté en fonction du risque
  2. Transition vers un portefeuille faible en carbone
  3. Impact positif via l’alignement à la vision organisationnelle de Inspirit

D’ici 2020, Inspirit devrait atteindre son objectif de détenir un portefeuille 100 % d’impact. Voici l’essentiel de notre démarche :

  1. Complétion d’un audit initial

Au moment de notre engagement à l’égard d’un portefeuille 100 % d’impact, la majeure partie du portefeuille d’Inspirit se trouvait sur les marchés publics, et était géré par trois gestionnaires de placement dont les mandats équilibrés exigeaient qu’ils investissent dans les titres à revenu fixe, les actions canadiennes et les actions mondiales. Afin d’analyser le rendement de nos placements, nous avons mené un audit de notre portefeuille en se basant sur notre EPP mis à jour.

  1. Évaluation des indicateurs de performance

Nous avons ensuite retenu les services du conseiller en placement Proteus pour évaluer le rendement financier à l’aide de quatre indicateurs principaux : rendement net par rapport à l’indice de référence, ratio d’information, ratio d’encaissement des hausses et ratio d’encaissement des baisses. Nous nous sommes également abonnés aux recherches de MSCI afin de comprendre la performance de notre portefeuille sur les plans du carbone et de l’impact. Ces recherches nous ont permis d’évaluer l’exposition de notre portefeuille aux émissions de carbone. L’impact positif de notre portefeuille est évalué selon les cotes relatives aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (« ESG ») et les revenus des produits et services contribuant aux Objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD).

  1. Analyse comparative des indicateurs de rendement

Nous avons ensuite comparé le rendement de notre portefeuille sur les plans financier, du carbone et de l’impact à celui d’indices de référence usuels, principalement l’indice obligataire universel FTSE TMX, l’indice composé S&P/TSX et l’indice Indice MSCI Monde tous pays ($ CA). Pour aller plus loin, nous avons aussi comparé la performance de notre portefeuille à celui de l’indice de référence MSCI Sustainable Impact. Ce dernier affiche de solides résultats financiers et a une faible empreinte carbone (ses placements comptent parmi les plus performants selon les paramètres ESG). De plus, l’indice est doté d’une méthode de sélection qui repère les placements tirant plus de 50 % de leurs revenus de produits et services contribuant aux ODD.

  1. Recherche d’une expertise pertinente

L’analyse a conclu que la performance de notre portefeuille sur les plans financier, du carbone et de l’impact peut être améliorée. Pour ce faire, nous nous sommes engagés à modifier notre approche actuelle – soit un portefeuille équilibré – et à opter pour une approche spécialisée selon les catégories d’actifs. Les données indiquent clairement qu’il est rare que les gestionnaires de placement maintiennent un rendement supérieur soutenu dans de multiples catégories d’actifs. Nous avons établi qu’il était nécessaire de modifier la gestion de portefeuille d’Inspirit confiée, à l’époque, à trois gestionnaires de placement qui, selon leurs mandats équilibrés, investissaient dans différentes catégories d’actifs. Nous avons plutôt opté d’octroyer des mandats spécialisés à des gestionnaires de placement pour des catégories d’actifs précises.

En mai 2018, Inspirit a publié une Demande d’énoncé des intérêts et des qualifications pour solliciter les soumissions de gestionnaires de placement afin de nous aider à satisfaire aux objectifs de notre EPP en ce qui concerne la catégorie des titres à revenu fixe. Nous avons amorcé notre transition vers une approche spécialisée selon les catégories d’actifs en commençant par le revenu fixe puisque cette catégorie d’actifs de notre portefeuille avait un rendement insatisfaisant par rapport à l’indice de référence. Nous avons reçu un grand nombre de soumissions de qualité et nous les avons évaluées selon les cinq catégories principales suivantes :

  1. Société de placement et son engagement envers la diversité, l’équité et l’inclusion – pondération de 20 %
  2. Aperçu du produit proposé, thèse et frais – pondération de 20 %
  3. Performance – rendement financier du produit proposé – pondération de 30 %
  4. Performance du produit proposé sur le plan carbone – pondération de 5 %
  5. Performance – impacts générés par le produit proposé – pondération de 25 %

Après avoir évalué et noté toutes les soumissions, nous avons mené deux séries d’entrevues avant de prendre notre décision finale. Au final, c’est avant plaisir que nous avons choisi Addenda Capital à titre de nouveau gestionnaire et nous avons affecté la totalité de nos titres à revenu fixe publics de notre portefeuille au Fonds revenu fixe d’impact d’Addenda Capital.

Grâce à notre placement dans le Fonds revenu fixe d’impact d’Addenda, plus de 85 % de notre portefeuille est maintenant investi dans des placements d’impact. Ces placements comptent parmi les plus performants selon les paramètres ESG et — fait idéal — tirent au moins 50 % de leurs revenus en contribuant aux Objectifs de développement durable des Nations Unies. 

Portefeuille de placement d’Inspirit – Traditionnel vs Impact  

Nous prévoyons poursuivre la transition visant à transformer notre portefeuille d’investissements traditionnels en un portefeuille entièrement composé d’investissements d’impact et à passer d’une approche de placement équilibrée à une approche fondée sur une expertise de placement spécialisée pour des catégories d’actifs précises. La prochaine étape consistera à faire une Demande d’énoncé des intérêts et des qualifications pour trouver un gestionnaire d’actions mondiales et un gestionnaire d’actions canadiennes capables de satisfaire aux objectifs financiers, de carbone et d’impact énoncés dans notre EPP. Nous prévoyons passer à un portefeuille 100 % d’impact en 2020.

Suivez nos progrès ici.

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Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

Naviguer dans le paysage de l’investissement responsable

Les investisseurs sont confrontés à de nombreuses options lorsqu’ils souhaitent investir de manière responsable. Cependant, pour être sûrs d’obtenir les résultats escomptés, ils doivent d’abord examiner les principes qui sous-tendent chaque choix, en commençant par ce que « responsable » signifie.

Dans les paragraphes suivants, je décrirai deux conceptions très différentes – d’abord, telles qu’elles sont pratiquées par les analystes en investissements, et ensuite selon les valeurs ou le comportement des investisseurs. Je montrerai ensuite où ces deux pôles théoriques commencent à converger. 

Les entreprises d’investissement, qui gèrent des portefeuilles pour le compte de tiers (y compris les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse (FNB)), comptent parmi les plus gros investisseurs. Beaucoup sont signataires du PRI, ou les Principes pour l’investissement responsable soutenus par les Nations Unies, qui sont basés à Londres, en Angleterre.

Les PRI définissent les « investissements responsables » comme l’intégration de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans l’analyse et la sélection des investissements, ainsi que dans des activités de détention telles que l’engagement avec la direction et le vote par procuration lors des assemblées d’actionnaires.

Conformément à la théorie moderne du portefeuille (TMP), qui guide notamment les investisseurs vers des portefeuilles largement diversifiés, l’intégration des facteurs ESG ne limite pas les types de placement envisagés. Il impose plutôt de prendre en compte l’impact que des enjeux ESG importants pourraient avoir sur le profil de risque et de rendement de chaque investissement, au-delà de ce qui peut être disponible dans les états financiers standard. Déterminer quells problèmes ESG sont importants pour une entreprise et comment les mesurer est un domaine émergent, mais qui fait l’objet d’un leadership important, notamment de Mark Carney (gouverneur, Banque d’Angleterre et anciennement Banque du Canada) et Michael Bloomberg (ancien maire de New York). L’intérêt pour les analystes d’intégrer les facteurs ESG est la découverte potentielle de risques caches non apparents dans les états financiers ordinaires et une meilleure chance de surperformance.

L’avantage pour la société, c’est-à-dire la raison pour laquelle cela est considéré comme « responsable », provient des entreprises cotées en bourse qui prêtent une attention particulière aux enjeux ESG qui sont importants pour les analystes financiers, qui communiquent et rendent compte publiquement de ces enjeux et qui, dans de nombreux cas, modifient leur comportement.

La mesure et la transparence conduisent à de meilleurs résultats ESG. L’intégration ESG nécessite également la prise en compte de facteurs ESG importants du point de vue de la propriété des investissements. En votant sur les propositions d’actionnaires qui visent de meilleurs résultats ESG, les investisseurs peuvent améliorer encore les pratiques ESG des entreprises publiques.

Les grands investisseurs peuvent même avoir une chance de s’engager directement avec la direction d’une entreprise sur des questions environnementales, sociales ou de gouvernance, une pratique « en coulisse » qui peut considérablement faire progresser les pratiques ESG des entreprises. La « propriété active » conduit à de meilleurs résultats ESG.

Notamment, la définition de « l’investissement responsable » des PRI n’implique pas de valeurs personnelles ni la sélection d’investissements en fonction d’attributs particuliers : huile à haute teneur en carbone (exclus); énergie éolienne ou solaire à faible émission de carbone (inclus); tabac (exclus); excellentes politiques en matière de diversité (inclus). Cependant, de nombreux investisseurs ont des idées bien arrêtées sur ces questions et d’autres et souhaitent que leurs portefeuilles de placement reflètent ces valeurs. Heureusement, de nombreux fonds communs de placement et FNB sont disposés à s’adapter.

La sélection de portefeuilles pour des attributs particuliers a une longue histoire, enracinée il y a plusieurs décennies dans l’exclusion par les organisations religieuses des actions qui étaient anathèmes à leurs valeurs. Finalement, la pratique a évolué pour devenir ce que l’on appelle souvent « l’investissement socialement responsable » (ISR) ou « l’investissement éthique », ou, lorsqu’elle est orientée vers les questions environnementales, « l’investissement vert ». L’investissement repose alors sur des valeurs personnelles, qui peuvent être différentes pour chaque investisseur. Le filtrage peut aboutir à un portefeuille moins diversifié que le prescrit la TMP, mais dans la pratique, une sélection modeste peut avoir peu d’impact, en particulier à long terme… et des avantages compensateurs (ou plus importants) peuvent en résulter.

La théorie de la finance comportementale montre que le contrôle des choix permet de renforcer la confiance dans les résultats, ce qui peut augmenter les chances de rester investi sur des marches instables. En outre, investir selon des valeurs communes telles que la préoccupation face au réchauffement de la planète peut envoyer un signal social important. Lors de rassemblements sociaux, nous discutons de nos investissements, et les cadres réglementaires et juridiques qui imposent (espérons-le) de meilleures pratiques ESG évoluent au même rythme que nos valeurs sociétales. Les entreprises sont attentives à leur licence sociale et aux valeurs des consommateurs et adaptent ou modifient leurs pratiques ESG en conséquence.

On note que les processus d’intégration ESG basée sur l’analyse et de filtrage basé sur le comportement sont assez différents. Tout comme la finance néoclassique et la finance comportementale coexistent et expliquent différents aspects du marché boursier, elles expliquent également différents aspects de l’investissement « responsable ». Avec les deux approches d’investissement décrites, nous pouvons explorer les points où elles commencent à se chevaucher dans la pratique.

Certaines études montrent que les entreprises qui ont obtenu de bons résultats en matière de mesures ESG ou qui ont montré une amélioration de ces mesures ont surperformé ou présentent un risque moins élevé que leurs pairs. Bien que les résultats passés ne soient pas nécessairement indicatifs des performances futures, les études encouragent une réflexion et des recherches plus poussées. Par exemple, un autre groupe de chercheurs utilise ce type de données pour proposer l’inclusion des enjeux ESG en tant que facteur systémique dans la TMP – montrant dans un modèle théorique robuste que la prise en compte des enjeux ESG est généralement sous-évaluée sur le marché et offre des rendements plus élevés et/ou des risques amoindris.

De nombreux fonds communs de placement et FNB offrent une large sélection de facteurs ESG qui correspondent également à des valeurs ESG communes – une convergence heureuse des comportements et une théorie financière émergente – et de nombreux fonds communs de placement pratiquent également une intégration active des facteurs ESG.

Bien que cet article se soit concentré sur des instruments de placement tels que les fonds communs de placement et les FNB, de nombreux investisseurs détiennent également des actions et des obligations directement. Les investisseurs devraient discuter avec leur conseiller ou réfléchir soigneusement à la meilleure manière d’atteindre leurs objectifs. Veulent-ils investir selon leurs valeurs, ou suivre la TMP et s’appuyer sur l’intégration ESG, ou utiliser un mélange des deux? Si les valeurs font partie de l’équation,la performance d’investissement du filtre est-elle étayée par la recherche, ou a-t’on sacrifié en partie la diversification? Existe-t-il une capacité à intégrer les considérations ESG dans l’analyse des actions et levote par procurations, ou devraient-ils s’appuyer sur l’expertise d’un fonds commun de placement ou d’un FNB?

L’investissement responsable est un domaine en évolution, tant dans la pratique que dans la recherché qui sous-tend ces pratiques. Il a un rôle important à jouer dans l’amélioration de la transparence des entreprises et des résultats environnementaux, sociaux et en matière de gouvernance, et les investisseurs ont un rôle important à jouer pour que leur argent contribue à ces résultats responsables.

Clause de non-responsabilité
Les points de vue et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la position de l’Association pour l’investissement responsable (AIR). L’AIR n’approuve, ne recommande ni ne garantit aucune des revendications formulées par les auteurs. Cet article est conçu comme une information générale et non comme un conseil en investissement. Nous vous recommandons de consulter un conseiller qualifié ou un professionnel en investissement avant de prendre une décision de placement ou liée à un investissement.

4 leçons tirées du cheminement (en cours) d’une fondation vers un portefeuille responsable à 100 %

Comme beaucoup d’autres fondations, la J.W. McConnell Family Foundation gère prudemment sa dotation pour nous permettre de respecter nos priorités en matière de subventions.

Depuis notre création en 1937, notre mission est d’aider les Canadiens à bâtir une société plus inclusive, innovante, durable et résiliente. Nous utilisons l’optique de la transformation des systèmes – l’évolution des politiques et de la culture institutionnelle afin de nous attaquer aux causes profondes des problèmes de société – pour guider notre stratégie et nos investissements. La Fondation dispose d’un fonds de dotation de 650 millions de dollars géré à perpétuité, avec des versements annuels d’environ 4 % pour les œuvres de bienfaisance.

En 2007, nous avons également reconnu que, si nous voulons contribuer de manière significative aux défis sociaux et environnementaux omniprésents, nous devons exploiter toute la gamme de nos actifs, capacités et positionnement uniques, et nous devons travailler en collaboration au sein des secteurs et entre eux.

Créer un portefeuille d’impact

Nous avons commencé notre exploration de l’investissement d’impact, ce qui s’est avéré être une opportunité d’attirer des capitaux privés afin d’améliorer notre impact et de compléter nos objectifs philanthropiques dans le secteur communautaire. À la directive du conseil, nous avons commencé par une allocation de 5 % pour l’investissement d’impact, qui est par la suite passée à 10 %.

Au cours de la dernière décennie, nous avons réalisé des investissements d’impact dans diverses catégories d’actifs (actions publiques, actions privées, titres de créance et garanties) et dans divers secteurs (alimentation durable, logements abordables, arts et culture et développement économique autochtone). Nos investissements d’impact ont permis de faire avancer la mission de la Fondation d’au moins trois façons :

  1. Cibler les investissements qui font progresser les objectifs de notre programme là où des investissements dans des titres de créance, des capitaux propres ou hybrides peuvent amorcer ou accélérer des solutions que les dollars d’origine philanthropique ne peuvent pas engendrer;
  2. Augmenter l’efficacité communautaire en permettant de nouveaux mécanismes de financement pour les organismes de bienfaisance et à but non lucratif; et
  3. Stimuler le développement d’un marché de la finance sociale par le biais d’investissements conjoints dans de nouveaux modèles financiers et avec des investisseurs partageant les mêmes idées.

Les exemples de ce qui précède incluent les fonds de renouvellement qui investissent à un stade précoce dans des entreprises à impact social, le fonds Community Forward qui fournit du capital de prêt à des organismes canadiens de bienfaisance et à but non lucratif de petite et moyenne taille, et CoPower, qui a permis l’accès aux obligations vertes pour les particuliers en utilisant les recettes pour investir dans les projets d’énergie propre et d’efficacité énergétique .

Portefeuille de la J.W. McConnell Family Foundation’s Portfolio*
Total des actifs sous gestion : 651 M$

  • Pourcentage du portefeuille avec filtrage négatif ciblé : 100 %
  • Pourcentage du portefeuille avec une autre stratégie d’IR : 70 %
  • Total des investissements d’impact : 70 M$
  • 26 % avec rendements flexibles
  • 74 % avec rendements au cours du marché

*Données datant du 31 mai 2018

Accroître notre engagement envers l’impact

Au fur et à mesure que notre portefeuille d’investissements d’impact grandissait, nous nous sommes aperçus que l’opportunité de tirer parti de la puissance du capital pour faire avancer le changement social était plus large que nous l’avions initialement prévu. Un premier élargissement de nos frontières a eu lieu lorsque nous avons investi dans NEI, ce qui nous a montré comment il est possible d’avoir un impact intentionnel grâce à des stratégies d’investissement dans des titres de participation. Plus tard, nous avons participé en accordant des subventions et en investissant dans un projet de logement autochtone dans les réserves qui, dans son cheminement vers l’expansion, prévoit une plus grande participation des principaux acteurs du marché financier, et pas seulement des fondations et des gouvernements.

Cet exemple parmi d’autres a conduit à la redéfinition de notre pratique interne en tant que Solutions Finance, que nous définissons comme une approche intégrée du déploiement de capital financier et de l’adaptation de modèles financiers pour catalyser, pérenniser et accélérer la transformation des systèmes. Ce recadrage reconnaît notre rôle d’actionnaire avec un portefeuille diversifié qui peut être aligné sur nos objectifs d’impact, notre rôle de rassembleur pour encourager les collaborations multisectorielles ainsi que notre rôle de subventionnaire soutenant l’innovation des systèmes.

La prochaine phase de notre évolution s’est amorcée avec l’engagement de gérer de manière responsable 100 % de nos actifs au cours des prochaines années. Au fur et à mesure que le marché canadien évolue, avec davantage de capitaux ainsi volontairement investis en ce sens par les investisseurs institutionnels et particuliers de même qu’une plus grande offre de produits, nous sommes optimistes quant aux possibilités d’engagement dans ce domaine. Alors que nous réfléchissons sur notre parcours, nous voudrions souligner quatre leçons tirées de notre expérience qui peuvent être pertinentes pour les détenteurs d’actifs qui ont déjà aligné et déployé leurs actifs pour avoir un impact, ou qui souhaitent le faire.

Leçon 1 : Reconnaître que tous nos investissements ont un impact

Une constatation importante pour tout détenteur d’actif est que tous les investissements de votre portefeuille peuvent être orientés de manière à avoir un impact social et environnemental. Bien que nous n’ayons pas encore la série d’outils requis pour en tenir pleinement compte, y compris les normes de mesure de l’impact, le fait de reconnaître que cette réalité a changé la façon dont nous envisageons nos objectifs et les possibilités de transformer les systèmes à l’aide des finances et de l’investissement. Cela nous a encouragés à utiliser toute la gamme des ressources que nous apportons aux problèmes que nous cherchons à résoudre, ce qui était important, car bon nombre des « problèmes épineux » existants exigent toute une gamme de solutions et diverses formes de capital.

Leçon 2 : Tous les investissements ne sont pas des investissements d’impact

Les investissements d’impact placent « l’intentionnalité » au cœur de leur stratégie. Ils sont destinés à diriger le capital pour résoudre des défis sociaux et environnementaux ciblés. Cependant, il devrait être évident que tous les investissements ne peuvent pas se prêter à cette approche. Cela dit, nous pouvons insister sur des paramètres garantissant que tous nos investissements respectent une norme minimale de réduction des impacts négatifs tout en renforçant progressivement les bonnes pratiques environnementales, sociales, de gouvernance, d’entreprise et de développement durable. Par exemple, nous pouvons prendre part à l’activisme actionnarial avec des entreprises spécifiques qui ont une influence dans les secteurs dans lesquels nous avons des programmes de subventions, ou d’une manière moins engagée, demander des informations spécifiques ou une transparence accrue de nos gestionnaires. De cette manière, nos pratiques d’investissement responsable et durable contribuent également à améliorer les résultats sociaux et environnementaux plus larges de manière complémentaire.

Leçon 3 : Soyez clair sur ce que vous optimisez

Nous déployons un éventail d’approches complémentaires dans notre portefeuille. Par exemple, nous dirigeons certains revenus d’investissements d’impact vers l’amélioration des modalités de crédit ou l’atténuation des risques pour les organismes à but non lucratif et les organismes de bienfaisance, tandis que nous orientons d’autres parties du portefeuille vers des organisations avec une approche ayant fait ses preuves dans un domaine spécifique. En tant que fondation, nous sommes uniques dans notre capacité à prendre des risques grâce à des structures mixtes optimisant à la fois les rendements d’impact et les rendements financiers; cependant, alors que nous cherchons à maximiser notre impact, nous ne sacrifierons pas les rendements financiers là où cela ne convient pas. Nous avons constaté, de même que d’autres, que le compromis entre le rendement financier et le rendement d’impact n’est pas inhérent à tout investissement d’impact; tout dépend de vos objectifs, de vos préférences et de votre flexibilité.

Leçon 4 : L’action collective stimule l’innovation et améliore les résultats

De nombreuses fondations privées et communautaires, ainsi que des investisseurs privés et institutionnels, consacrent également beaucoup de temps et d’argent à la découverte et au soutien d’initiatives communautaires capables de mobiliser ces types de capital pour produire un impact positif. Notre expérience a montré que ces collaborations sont nécessaires pour aider les émetteurs de produits et les initiatives communautaires à atteindre leurs objectifs, qu’il s’agisse de partage d’informations, d’outils, de formation, de réseaux ou de valorisation d’autres actifs institutionnels. La collaboration est également importante lorsque nous pensons à la conception et à la mobilisation d’interventions à grande échelle si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Nous continuerons à progresser dans cette voie et espérons que de nombreux autres investisseurs se joindront à nous pour travailler ensemble au mieux-être de nos sociétés et de notre planète.

Bien comprendre la matérialité du risque carbone dans un portefeuille

Le secteur financier reconnaît de plus en plus que les changements climatiques posent des risques substantiels pour les placements. Les investisseurs sont soucieux de mieux comprendre et de remédier au risque carbone substantiel inhérent à leurs portefeuilles, non seulement pour obtenir de meilleurs rendements sur leurs placements, mais aussi pour tirer parti des perspectives offertes par le passage à une économie à faibles émissions de carbone. En outre, le Groupe de travail sur l’Information Financière relative aux Changements Climatiques (GIFCC) et d’autres organismes de règlementation ont souligné l’importance de renseigner les investisseurs sur les risques financiers associés aux changements climatiques et de favoriser l’adoption d’une approche uniforme dans la gestion de ceux-ci.

Les investisseurs soucieux du risque lié aux changements climatiques de leurs portefeuilles doivent d’abord poser deux questions importantes. A quels risques climatiques le portefeuille est-il exposé? Et quel est le degré d’exposition à ces risques des sociétés incluses dans ce portefeuille?

L’application d’un prisme climatique à l’évaluation des sociétés dans lesquelles on investit permet de mettre en évidence deux types de risques climatiques : les risques de transition (ou risques carbone) et les risques liés aux systèmes climatiques physiques. Selon le secteur et la géographie, ces deux risques pourraient avoir un impact significatif sur les activités d’une société et donc augmenter le niveau de risque associé à un portefeuille ou en réduire le rendement.

Le besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par l’homme et l’évolution vers une économie à faibles émissions de carbone risque de profondément perturber les pratiques, processus, opérations et produits des sociétés. Ces risques, que l’on désigne fréquemment sous le nom de risques de transition, sont attisés par la règlementation, les préférences des clients et par la présence de solutions technologiques faibles en carbone.

Les risques climatiques physiques qui confrontent les entreprises, comme le stress thermique, la sécheresse, les tempêtes, l’élévation du niveau de la mer et les feux de forêt, ou leurs répercussions indirectes comme l’effondrement des écosystèmes, la famine, les maladies et les migrations massives pourraient avoir des conséquences graves sur les sociétés en fonction du degré auquel elles y sont exposées.

On pourrait en conclure que les risques climatiques physiques ne peuvent qu’augmenter à moins que des mesures importantes ne soient prises pour réduire les émissions des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Des mesures visant à réduire brutalement l’émission des gaz à effet de serre ne pourraient qu’augmenter les risques de transition pour les sociétés qui devraient alors s’adapter et survivre à ces contraintes.

L’importance des conséquences du risque de transition sur les titres des sociétés détenus impose de bien comprendre dans quelle mesure ces sociétés sont exposées à ces risques et comment elles les gèrent. L’évaluation des conséquences que les risques de transition peuvent avoir sur une entreprise permet de conclure que ces conséquences sont aussi liées à son secteur d’activité. De plus, les sociétés sont exposées à divers degrés de risque de transition à l’intérieur d’un même secteur d’activité. Par exemple, une société d’exploration gazière et pétrolière est exposée à un bien plus fort risque de transition qu’un fournisseur de services de soins de santé.

Tout cela a des implications importantes sur l’élaboration d’un portefeuille d’investissements. L’analyse sectorielle d’un portefeuille indique qu’une pondération élevée dans des secteurs d’activité à haut risque de transition augmente le risque intrinsèque de ce portefeuille. Cela a aussi des implications sur les types de portefeuilles. Un portefeuille investi dans le secteur de l’énergie présentera foncièrement des risques de carbone plus élevés qu’un portefeuille composé de titres du secteur des soins de santé. Il est intéressant de noter qu’un portefeuille bien diversifié et exposé à tous les secteurs présenterait un risque de carbone plus faible, car les secteurs à faible risque comme le secteur des soins de santé et celui des technologies de l’information (TI) compenseraient les risques de carbone plus élevés découlant des secteurs de l’énergie et de l’électricité. Il est aussi important de prendre conscience des répercussions des styles de portefeuilles, qu’ils soient axés sur la valeur ou sur la croissance, sur le risque de carbone. Les portefeuilles axés sur la valeur tendent typiquement à investir dans les secteurs de l’énergie et de l’électricité, dont le risque carbone est élevé, alors que les portefeuilles axés sur la croissance sont plus exposés aux secteurs à faible risque carbone comme les TI.

En conclusion, les risques climatiques physiques comme les risques de transition auront une influence sur les rendements d’un portefeuille en fonction des titres détenus et il est essentiel d’en faire une analyse prudente et rigoureuse. Il est intéressant de remarquer que ces deux risques offrent une situation inversement proportionnelle : une augmentation du risque de transition entraînerait une réduction du risque climatique physique. Il est primordial de bien comprendre le niveau de risque auquel les secteurs et les sociétés sont exposés pour gérer les risques climatiques des portefeuilles. Cette compréhension permet d’établir les types de titres détenus dans un portefeuille, mais aussi le type et le style du portefeuille.

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